Il est bien évident Lycobates que le sédévacantisme ne date pas d'aujourd'hui, mais de l'époque Jean XXIII et Paul VI et que s'il n'y a plus de papes depuis octobre 1958, je le réaffirme, la succession apostolique a été interrompue et il n’y a donc plus d'Eglise aujourd'hui !
Accordons-nous sur les termes à utiliser, cher Maître !
Succession apostolique, juridiction, visibilité de l’Eglise, liée à sa catholicité et à l'unité de régime.
Il s’agit de ça n’est-ce pas ?
Il est certain qu’il y aura toujours une hiérarchie légitime et que l’Eglise doit être visible, une et catholique jusqu’à la fin des temps. On est bien d’accord.
Quelques points seulement ce soir:
La succession apostolique peut être matérielle (comme chez les schismatiques orientaux, qui occupent des sièges historiques et ont gardé des ordres valides) ou formelle (si en plus elle est assortie d’une juridiction validement exercée).
Elle peut donc se référer à la validité des ordres et à la licéité de leur application, par la juridiction (en général ordinaire).
La potestas ordinis (le pouvoir sacramentel des ordres) ne se perd pas en soi par le schisme ou l’hérésie, même si beaucoup d’hérétiques ou schismatiques au cours du temps ont perdu la succession apostolique (on le voit autour de nous), parce qu’ils ont changé de façon significative leur théologie et pratique sacramentelles pour les ordres et sont ainsi devenus une communauté de laïcs.
La potestas jurisdictionis (le pouvoir de juridiction), c’est à dire l’aptitude et le droit d’utiliser les ordres reçus de manière légitime, peut être ordinaire ou extraordinaire.
Juridiction ordinaire et hérésie formelle et notoire sont incompatibles. Mais l’Eglise peut suppléer, et de fait, il en est ainsi dans beaucoup de cas, dans le cas d’une erreur commune par exemple. Entre en jeu alors la juridiction extraordinaire.
Donc : prenons votre cas de figure ("s'il n'y a plus de papes depuis octobre 1958") cela ne veut pas dire pour autant "qu’il n’y a plus d’Eglise" : vous voulez dire sans doute : qu’il n’y a plus d’hiérarchie visible et légitime.
Car la succession apostolique n’est pas interrompue quant à la potestas ordinis (il existe d’évêques validement consacrés) ;
elle n’est pas non plus interrompue quant à la potestas jurisdictionis : il existe d’évêques nommés par un pape [un exemple : il y a en ce jour 12 évêques en vie nommés par le pape Pie XII], qui jouissent de juridiction ordinaire ou, s’ils l’avaient perdue par un crime notoire et formel contre la Foi, de juridiction extraordinaire ad hoc, c.-à-d. plus de façon permanente, mais chaque fois qu’ils posent un acte pour lequel une juridiction serait nécessaire;
et, enfin, il existe d’évêques ne pas nommés par un pape [soit qu’ils s’opposent à un pape légitime et croyant de bonne foi qu’il ne l’est pas ; soit qu’ils sont nommés ou confirmés (pour les orientaux) par un pape non légitime en croyant de bonne foi qu’il l’est] qui peuvent jouir légitimement d’une juridiction extraordinaire ad hoc (supposée la validité de leurs ordres).
Quant à la visibilité et la catholicité, il faut bien la comprendre.
Est-ce que l’Eglise était visible, est-ce qu'elle était "catholique" dans le sens étymologique, en Chine l’an 300 ? en Californie, l’an 1450 ? en Afrique centrale, l’an 1600 ? à Mactar ou Eléphantine, l’an 80 ?
Est-ce qu’elle l’est, en admettant le cas de figure susmentionné, à Paris en 2013 ?
La Foi nous enseigne que la réponse à toutes ces questions est nécessairement OUI, même si ni le Chinois de l’an 300, ni l’Indien californien de l’an 1450, ni le noir centrafricain de l’an 1600, ni le Numide ou l’Egyptien de l’an 80, et j’ajoute, ni vous ni moi à Paris en 2013, en admettant le cas de figure susmentionné, étaient ou sont en mesure de l’indiquer avec précision.
Comment expliquer ?
La visibilité ne doit pas toujours et partout et pour tout le monde être factuelle ou absolue, mais il suffit quelquefois qu’elle soit virtuelle ou morale, de même il suffit (avec Melchor Cano, De locis, IV,6,ad 13, dans l'édition de Salamanque de 1563 à la p. 160, suivi par Bellarmin, De Eccl. IV,7), notamment pour la fin des temps, une catholicité morale de l'Eglise, c.-à-d. que l'Eglise devenue réduite est identifiable avec celle qui a existé partout dans le passé, une catholicité donc qui perdure, mais de façon morale: "satis est, Ecclesiam semel in totum mundum esse fusam, ut etiamnum vere catholica dicatur".
Comparer Saint-Luc 18,8!
N’oublions pas que la vie de l’Eglise, l’histoire du Corps mystique, est comme celle du Christ-même, dont elle est l’image, Chef et Membres, comme un cycle qui s’ouvre, se développe et se referme.
Il y a les trente ans de vie cachée, il y a la vie publique, et il y a la semaine sainte, la Passion, avec les trois jours au tombeau.
L’Ecriture nous relate le désarroi des disciples. En quelque sorte les échanges sur ce forum en sont le reflet.