Semences du Verbe par FerdinandP 2012-07-12 22:04:34 |
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Cher Scrutator, pour vos lire, il faut du temps et de la réflexion... Que voulez-vous dire et quelles sont vos interrogations ?
A priori, de vos longues citations et gloses, je souhaite me concentrer sur la question des "semences du Verbe" qui semble vous perturber.
L'origine patristique des semences du verbe :
Dès le prologue de St Jean, nous savons que le Verbe "au commencement était avec Dieu et le monde a été fait par Lui et rien de ce qui a été fait n'a été fait sans Lui". ce qui est interprété à la fois comme le Verbe facteur de toutes choses, mais aussi le Verbe présent en toutes choses. Ce qui fait écrire à saint Athanase : "Présent dans toute la création, le Verbe reste extérieur a tout selon l'essence, mais il est en tout par ses puissances, ordonnant toutes choses et développant partout vers toutes choses sa providence, vivifiant chacun des êtres et tous les êtres a la fois" (L'incarnation du Verbe)
On peut aussi se tourner vers St Paul : "Le Dieu qui a fait le monde, étant le Seigneur du ciel et de la terre… n’est pas loin de chacun de nous, car c’est en lui que nous avons la vie, le mouvement et l’être" (Actes, XVII, 28).
Pour les Pères, trois exemples :
Saint Justin estime dans sa Première Apologie que "tout ce qui a été exprimé de beau par quiconque nous appartient à nous chrétiens" et ailleurs, il estime que les philosophes païens "pouvaient voir la vérité confusément grâce à la semence du verbe déposée en eux par nature". (mais la plénitude de la vérité ne vient que par la grâce, bien entendu)
Seconde Apologie 8 : "Les Stoïciens ont établi en morale des principes justes : les poètes en ont exposé aussi, car la semence du Verbe est innée dans tout le genre humain... Rien d'étonnant, si les démons, convaincus de cette malice, inspirent plus de haine encore non plus contre ceux qui participent partiellement à ce Verbe répandu partout, mais contre ceux qui ont la connaissance et l'intuition parfaite de tout le Verbe, qui est le Christ... Tous les principes justes que les philosophes et les législateurs ont découverts et exprimés, ils les doivent à ce qu'ils ont trouvé et contemplé partiellement le Verbe."
13 : "Ce n'est pas que la doctrine de Platon soit étrangère à celle du Christ, mais elle ne lui est pas en tout semblable, non plus que celle des autres, Stoïciens, poètes ou écrivains. Chacun d'eux en effet a vu du Verbe divin disséminé dans le monde ce qui était en rapport avec sa nature, et a pu exprimer ainsi une vérité partielle ; mais en se contredisant eux-mêmes dans les points essentiels, ils montrent qu'ils n'ont pas une science supérieure et une connaissance irréfutable. Tout ce qu'ils ont enseigné de bon nous appartient, à nous chrétiens."
Saint Irénée dans son Adversus Haereses traite longuement de l'Incarnation du Verbe : "Le Christ a mélangé et uni l'homme à Dieu. Car si ce n'est pas un homme qui avait vaincu l'ennemi de l'homme, l'ennemi n'aurait pas été vaincu en justice. mais ce n'était pas Dieu qui avait octroyé le salut, nous ne l'aurions pas reçu de façon stable. Et si chaque homme n'avait pas été uni à Dieu, il n'aurait pas pu recevoir l'incorruptibilité en partage".
Clément d'Alexandrie va encore très loin concernant la philosophie grecque : "si de façon générale toutes les choses bonnes et utiles à la vie viennent à nous de Dieu, la philosophie plus encore est donnée aux Grecs comme une alliance propre à eux, étant un échelon de la philosophie du Christ." (Stromates, I 28, 1)
Revenons à Saint Paul (actes, 17 23) qui dit aux Athéniens :
"En parcourant votre ville et en considérant les objets de votre dévotion, j'ai même découvert un autel avec cette inscription : Au dieu inconnu ! Celui que vous révérez sans le connaître, je viens vous l'annoncer".
Saint Paul annonce le vrai Dieu qu'il reconnaît au milieu du culte idolâtrique rendu par les Athéniens à Zeus, Héra, Athéna, Arès et les autres ! Il ne dit pas que tout ce culte est diabolique et qu'il faut se tourner vers le vrai Dieu : non, le vrai Dieu a déjà son autel au milieu de la religion mythologique !
Enfin, il faut sans doute revenir à la parabole du Semeur (synoptiques) où la semence du verbe est semée partout... Il n'y pas d'endroit qui semble exclu a priori du semis, en revanche elle ne pousse vraiment que dans la bonne terre même si elle peut lever au milieu des ronces et des épines...
Ainsi, je ne vois pas ce qui vous surprend dans cette notion de Semences du Verbe, connue depuis la parabole du Semeur et largement commentée. Jean-Paul II a bien raison de renvoyer aux Pères et vous auriez pu aisément faire vous-même le travail d'aller chercher le texte de Redemptor Hominis car la note 67 donne les références que j'ai citées notamment chez St Justin martyr :
67. Cf. Saint Justin, I Apologia, 46, 1-4; II Apologia, 7 (8), 1-42; 10, 1-3; 13, 3-4: Florilegium Patristicum, 11, Bonn 1911, pp. 81, 125, 129, 133; Clement of Alexandria, Stromata, 1, 19, 91 and 94: Sources Chretiennes, 30, pp. 117-118; 119-120; Vatican Council II: Decree on the Church's Missionary Activity Ad Gentes, 11: AAS 58 (1966) 960; Dogmatic Constitution on the Church ""Lumen Gentium," 17: AAS 57 (1965) 21
il se trouve qu'il se livre à une formulation qui ressemble davantage à une approximation, à une extrapolation, voire à une exagération, du fait d'une interprétation subjective et tendancieuse, qu'à une explicitation objective et rigoureuse, surtout quand il évoque "l'ancienne doctrine formulée par les Pères de l'Eglise, selon laquelle il est nécessaire de reconnaître «les semences du Verbe» présentes et agissantes dans les diverses religions."
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