comme un autre liseur, vous déformez mon par Luc Perrin 2012-06-13 10:50:14 |
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propos doublement.
Je vous invite à lire ma réponse à cet autre liseur dans ce même fil.
1) je n'ai jamais nié que le thème de la liberté religieuse a été beaucoup agité, avec surexcitation même, spécialement pendant le Concile. Je suis, figurez-vous, au courant de l'histoire de Vatican II.
Je crois qu'il y a des raisons, mauvaises pour l'essentiel, pour lesquelles Mgr Lefebvre s'est braqué à l'époque avec les Pères de la Minorité : les Espagnols et les Italiens avaient plus de raisons pratiques puisque les liens Église/État y étaient encore assez forts, tout en étant conformes à D.H. d'ailleurs. De même les Colombiens pour prendre les 3 groupes nationaux les plus présents dans le Coetus.
L'apparence d'un ralliement aux thèses du catholicisme libéral a sûrement joué, d'autant que certains évêques et théologiens en rajoutaient, comme récemment l'a fait le cardinal Schwery en donnant une interprétation personnelle et disons le décalée avec le Magistère romain.
La question est : Mgr Lefebvre qui, pratiquement s'est conduit en fonction des règles de comportement édictées par D.H., avait-il raison de monter en épingle cette question ?
Mon analyse personnelle est qu'il se trompait, comme vous vous trompez sur ce sujet. J'en ai donné déjà les raisons historiques, sociales et magistérielles mêmes.
Vous vous gardez bien de répondre, évidemment, à l'absurdité du "rêve syllabusien" - votre thèse et je n'en disconviens pas le "rêve fou" de Mgr Lefebvre comme, semble-t-il, celui de Mgr Tissier de Mallerais - puisque nous savons tous ici que si le pape lisait à Saint-Pierre le Syllabus à haute voix, il y aurait sûrement quelques sourires dans l'assistance, une inquiétude d'ordre médical quant à ses facultés certainement mais que la crise de l'Église resterait ... inchangée même des mois, des années et des décennies après une telle proclamation.
En d'autres termes, le quidam Luc Perrin pense que c'est à tort que des groupes traditionalistes - pas tous, vous notez vous-même des évolutions dont celle de la F.S.V.F. - ont fait une fixation sur D.H. sans prendre en compte que, dans le même temps, le Magistère en donnait une lecture sinon en continuité parfaite, il y a bien évolution c'est là aussi évident, avec Pie IX mais dans la suite de la pratique constante des papes (Pie IX inclus et Pie X plus encore) et des élaborations doctrinales sous Pie XII, ainsi la déclaration de l'A.C.A de 1945.
2) dans son long sermon de la messe de Lille en août 1976 évoque explicitement en une phrase la la question de la revendication de l'État catholique exclusif, en admettant évidemment - il le dit - que cette revendication est irréalisable en 1976, a fortiori en 2012 et sans être devin probablement dans 30 ans, le terme envisagé par Mgr Tissier de Mallerais. A Lille, il dit à propos de "l'État catholique" : "Mais autre chose est que cela ne soit plus possible, autre chose est que nous prenions cela comme principe et que par conséquent nous ne recherchions plus ce règne de Notre-Seigneur Jésus-Christ."
A ce sujet, il fait comme si des "États catholiques", au sens réel du Syllabus, existaient avant Vatican II : ce qui est simplement faux en dehors de la seule Cité du Vatican depuis 1929. La liberté de culte sans coercition policière était le régime juridique même dans des États et cantons dotés de concordats ; l'ex. de l'Argentine, pays de tradition laïque équivalente à la France, ex. qu'il évoque dans un petit paragraphe, sur la question économique, n'est en rien un "État catholique" même après le terrible régime de la junte.
Il cite la dernière lettre alors écrite à Paul VI où il liste les désaccords :
"C’est ce que j’ai dit au Saint-Père dans ma dernière lettre – et je croyais vraiment que c’était la dernière car je ne pensais pas que le Saint-Père m’aurait encore adressé d’autres lettres – je lui ai dit:
« Très Saint Père, rendez-nous le droit public de l’Eglise, c’est-à-dire le règne de Notre-Seigneur Jésus-Christ ; rendez-nous la vraie Bible et non pas une Bible œcuménique, mais la vraie Bible qu’était la Vulgate autrefois et qui a été tant et tant de fois consacrée par des conciles et par des papes ; rendez-nous la vraie messe, une messe hiérarchique, une messe dogmatique qui défend notre foi et qui a été celle de tant et tant de siècles et qui a sanctifié tant de catholiques ; enfin, rendez-nous notre catéchisme suivant le modèle du catéchisme du concile de Trente, car sans un catéchisme précis, que seront nos enfants demain, que seront les générations futures? Elles ne connaîtrons plus la foi catholique, et nous le constatons déjà aujourd’hui. »
Auparavant, dans de longs paragraphes, il évoque la crise du sacerdoce et le fait qu'on ne "dialogue pas avec l'erreur" (dans le domaine religieux ou politique, il cite le communisme). Bref tout ne se ramène pas à cette seule et chimérique revendication d'un statut juridique inaccessible en pratique : 5 autres sont ici exposées.
Je ne crois pas être le seul à penser que ce n'est pas d'abord D.H. qui a poussé Mgr Lefebvre dans une démarche complexe - qui aurait pu déboucher sur un accord autant que sur les sacres sans mandat de 1988 - mais l'événement d'Assise en 1986. Or comme je l'ai rappelé, le choix d'Assise par Jean-Paul II ne relève pas de D.H., pas même de Nostra aetate. Jean-Paul II a dit à des témoins qui l'ont rapporté que "nous risquons de perdre Mgr Lefebvre" en 1986 (cardinal Etchegaray et un autre témoin).
Il est facile de comprendre pourquoi cette cérémonie mettait en cause - dans l'opinion et par son image au moins en dépit des assurances données par Rome - la nature missionnaire de l'Église à laquelle Mgr Lefebvre était justement attaché, comme le Magistère post-conciliaire (cf. Evangelii nuntiandi 1975, la charte de la Nouvelle évangélisation selon Jean-Paul II).
Sur ce dernier point, et à mon très humble avis, les craintes de Mgr Lefebvre étaient fondées et dans notre société mondialisée et hyper-médiatique, les réunions d'Assise ont été une erreur pastorale du point de vue catholique, même si la dernière fut mieux régulée et recadrée en 2011 par Benoît XVI à travers les prières proprement catholiques qui l'ont précédée.
Le brouillage de l'identité catholique et de ce qu'est l'Église et sa mission me semble, très humblement aussi, la véritable cause de cette crise ad intra et en rien le rapport aux États, même si la forme en usage en Alasace-Moselle est sûrement très raisonnable et ce que cherchent D.H. et le Magistère depuis 1965.
ps. je ne pense pas non plus que l'Église catholique ait renoncé à établir ou au moins commencer d'établir le règne social de N.S. Jésus Christ. La doctrine sociale de l'Église avant comme après Gaudium et spes repose sur les mêmes bases, celles de Léon XIII 1891. Partout dans le monde, des millions de catholiques travaillent à cela et il y en a des échos réguliers dans ce Forum catholique même. Vouloir le règne social de N.S.J.C. ne se réduit pas à réclamer le principe de l'État confessionnel catholique exclusif. La vie de Mgr Lefebvre en témoigne au-delà des citations où il fait, à tort à mon sens, cette réduction. Dans la phrase de 1976, citée plus haut, je conteste donc le "par conséquent", une déduction affirmée mais non démontrée.
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