Si le dialogue censure l'annonce, alors à quoi sert-il ? par Scrutator Sapientiæ 2012-02-05 11:08:49 |
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Bonjour et bon dimanche, le torrentiel
Si le dialogue interreligieux, (désormais impératif) censure l'annonce extra ecclésiale (devenue facultative ?), de la seule vraie religion, en tant que seule vraie religion, au bénéfice et à destination des non chrétiens, alors à quoi sert-il ?
Si Dieu, Père, Fils, Esprit, a droit de cité dans l'Eglise,
- ce n'est pas pour être imposé, par alinéation, asservissement, embrigadement, endoctrinement, coercition, dictature religieuse,
mais
- c'est pour être annoncé, proclamé, précisé, rappelé, par ceux qui en ont la charge, par le témoignage MAIS AUSSI par l'enseignement, y compris en direction des non chrétiens en général, croyants ou non.
On peut souvent, on doit parfois, me reprocher d'être un peu trop compliqué, même si, en l'occurrence, ce n'est pas moi qui suis compliqué, c'est la réalité qui nous environne et que j'essaie d'appréhender, avec d'autres et moins bien qu'eux, bien sûr, qui est complexe.
En revanche, je crois que l'on ne peut pas me reprocher d'être nuancé ; je ne diabolise pas l'ensemble du Concile, ni l'ensemble du Magistère de Jean XXIII, Paul VI, Jean-Paul II, Benoît XVI, et je suis prêt à en reconnaître les mérites mais aussi les limites, qui ne découlent pas tant de mon appréciation personnelle, ni même d'une rupture totale avec le Magistère antérieur, que, au minimum, d'une "continuité dysfonctionnelle" avec lui.
Le Concile Vatican II aurait pu être avant tout un Concile au service de la réaffirmation de l'autorité, de l'unicité et de la véracité de la Parole du seul vrai Dieu ; Dieu a permis qu'il soit, a minima, "notamment" un Concile au service de l'affirmation de l'autonomie, de l'authenticité et de la légitimité de la sincérité de la conscience de l'homme (inerrante ? infaillible ?), en matière religieuse.
Je constate qu'un parti-pris asymétrique, placé sous le signe de la bienveillance sans vigilance, a donné naissance, non seulement à un dispositif doctrinal magistériel, mais aussi à une dynamique pastorale relationnelle, qui ressemblent fréquemment à de l'auto-censure confessionnelle diplomatique, sinon philantropique ou publicitaire.
Par ailleurs, il ne s'agit pas de tout dire, mais de dire l'essentiel, or l'essentiel est le même, pour les catholiques comme pour les non catholiques ; quand on fait silence sur l'essentiel, quant on le tait, régulièrement, par "charité" ou par "prudence", (qui peut-être, dans certains cas, justifiée) il y a banalisation, puis légitimation, par imprégnation ou inculcation méthodique et progressive, par sédimentation doctrinale et pastorale, d'une certaine forme de TEPIDITE, dans le cadre du dialogue avec les représentants responsables, ou adeptes, des religions non chrétiennes.
Vous ne le savez peut-être pas, mais c'est en lisant la Revue Thomiste, et non en lisant telle ou telle publication de la FSSPX, que j'ai appris et compris dans quelle mesure il y a eu extrapolation, sollicitation interprétative, détournement de sens, au Concile, d'une expression telle que "les semences du verbe", afin de faire de cette expression l'un des principaux fondements "traditionnels" de la conception, la moins "explicitement annonciatrice" possible, du dialogue interreligieux.
C'est pour toutes ces raisons que je ne suis pas d'accord avec vous, quand vous écrivez "était-il vraiment nécessaire qu'il redise ce que tous savaient déjà ?" : renseignez-vous, écoutez, regardez, observez autour de vous :
- ce que presque tous "savent", aujourd'hui, c'est que toutes les religions se valent ;
- ce que des croyants non chrétiens, qui sont considérés comme des non chrétiens extrémistes ou des intégristes, "savent", aujourd'hui, c'est que leur religion est la seule vraie religion ;
- ce que des croyants chrétiens, catholiques, orthodoxes ou protestants, qui sont considérés comme des nostalgiques ou des passéistes, savent, sans guillemets, aujourd'hui comme hier et demain, c'est que la religion de Jésus-Christ est la seule vraie religion.
Autre désaccord : je ne suis pas accusateur de mes frères, je suis dénonciateur de leurs silences, ce qui n'est pas du tout la même chose ; si j'étais accusateur de tel ou tel frère, je l'accuserai en permanence et /ou in personam, ce qui n'est pas mon cas ; en d'autres termes, ce qui m'intéresse, c'est ce que l'on prend bien soin de dire, ce que l'on prend grand soin de taire, pas avant tout le fait que ce soit tel ou tel qui le dise ou le taise.
Vraiment merci infiniment pour votre message, qui me donne l'occasion de clarifier ma position sur cette question qui me tient vraiment à coeur.
Un non catholique tel que Régis DEBRAY aurait le droit de dire du dialogue interreligieux qu'il est (entre autres choses) : "cette invention hypocrite et lénifiante de la fatigue d’être soi" et un catholique aurait le devoir de dire le contraire, ou le devoir de taire le fait que le dialogue interreligieux, c'est, à tout le moins en puissance et en tendance, Laodicée à Vatican II ?
Je vous remercie pour votre compréhension, au contact de la tonalité de mon message, qui n'est pas due, je vous l'assure, à une éventuelle intransigeance contre des personnes, et je vous souhaite un bon dimanche.
Scrutator.
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