Peut-on ne pas digérer l'histoire? par le torrentiel 2012-02-04 17:10:09 |
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Cher Jean-Paul Parfu,
Ce que vous faites a l'avantage de la cohérence intellectuelle: replacer le désaccord Rome-FSSPX dans une longue continuité historique qui a cours depuis la réforme et se prolonge dans la Révolution française.
Vous êtes contre-révolutionnaire et cela est respectable.
Pour autant:
1. Est-ce une position tenable que celle d'estimer qu'à partir d'une certaine marche de l'histoire, celle-ci n'est plus en phase avec ce que Dieu veut pour le devenir de l'Eglise?
2. L'histoire n'est-elle pas dans tout son développement permise par la Providence et, en même temps, dans tout son développement, rabattue par la Providence à n'être que l'expression de l'imperfection humaine, dominée par "le prince de ce monde"?
3. Partant de là, comment peut-on vivre sa condition humaine dans cette histoire?
4. D'autant plus si l'on constate qu'un quart au moins de l'ère chrétienne, pour reprendre votre décompte et les cinq siècles qui nous séparent de la Réforme, a suivi globalement le même mouvement historique allant vers une certaine émancipation de l'homme s'écartant de plus en plus d'un consentement personnel et structurel ou social à un Ordre divin (dit naturel), à croire qu'il y aurait comme un "sens de l'histoire".
5. Ce constat étant dressé et admis, peut-on accepter d'assumer l'histoire humaine loin de l'eglise, qui semble préférer pour sa part y participer, étant entendu qu'après avoir refusé de faire droit à la constitution civile du clergé et aux prêtres jureurs, elle s'est fort bien accommodée du nouveau régime politique en place et a signé le concordat que lui offrait le premier consul, manière de dire que le ralliement a commencé, non pas avec Léon XIII, mais dès le Concordat...
6. En refusant de signer maintenant, dans l'occasion historique qui peut paraître la plus favorable, la FSSPX ne risque-t-elle pas de vivre une post-chrétienté hors de l'eglise et de se condamner ainsi à une absence de salut historique?
7. A moins qu'elle ne postule, pari risqué, qu'un miracle ne vienne inverser ce "sens de l'histoire".
8. Plus globalement, ne peut-on pas dire que le christianisme pèche, du point de vue de sa viabilité existentielle, non seulement par apolitisme, mais par anhistoricisme, dans la mesure où, entre l'Ascension du seigneur et sa Parousie, est vécue une période historique de latence et d'attente, où les conditions historiques réelles risquent fort de passer pour n'avoir pas d'importance, "tout étant accompli" en principe et en puissance?
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