Situation bien comprise et bien décrite. par Scrutator Sapientiæ 2012-02-04 00:49:09 |
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Bonsoir Philippilus,
Vous avez raison à un triple titre :
"Tout repose maintenant (ou plutôt : plus que jamais) entre les mains du Pape".
"Aucun intermédiaire ne pourra de lui même franchir la marche demandée par Mgr Fellay" : un intermédiaire n'aurait ni l'autorité institutionnelle, ni l'autorité intellectuelle qui sont requises.
"La diffusion publique de ces détails par Mgr Fellay montre aussi qu'une phase se termine" : à huit mois du cinquantième anniversaire de l'ouverture du Concile Vatican II, il va de soi qu'un "heureux achèvement" d'ici là paraît difficilement envisageable.
Plus inquiétant, me semble-t-il : il y a ici un double effet de contraste :
I.
- d'un côté, plus de plasticité, à tout le moins apparente, qu'auparavant, dans la relation au Concile, ou à l'idée que l'on s'en fait, à Rome, une idée qui n'est manifestement plus tout à fait la même qu'il y a cinquante ans ;
- de l'autre côté, toujours autant de rigidité, certainement efficace, quand il s'agit de défendre la Tradition et de se défendre contre le Renouveau, mais dont on touche du doigt les limites, dès qu'il s'agit ou quand il s'agit de changer de registre, pour pouvoir se préparer soi-même et préparer ses ouailles à la conclusion d'un accord.
II. on prendra la mesure du décalage, préoccupant ou symptomatique,
- entre le discours romain officiel, qui demeure attaché à l'autorité officielle du Concile, en tant que composante du Magistère ecclésial,
- et "des propos de curie" tout à fait minimisateurs de l'importance ou de l'influence effectives du Concile, sans que l'on puisse savoir si ces propos sont représentatifs et significatifs d'une mutation climatique vaticane préalable à une décision de Benoît XVI.
Quelques remarques rapides avant d'aller dormir :
- l'histoire repasse rarement les plats, et ne les repasse jamais, quand elle le fait, à la même température ;
- Benoît XVI, que l'on me pardonne, n'est pas éternel, et rien ne dit que la FSSPX retrouvera rapidement un Souverain pontife aussi bien disposé à l'égard de la Tradition, en général, et de ceux qui la défendent ou la promeuvent, en particulier.
- Comme je l'ai déjà écrit ailleurs, je me demande si tout cela n'est pas résumable par le titre d'un ouvrage d'André FONTAINE consacré à la détente, en d'autres termes aux relations entre Moscou et Washington, entre 1961 et 1980 (en fait, entre 1963 et 1979, mais c'est une autre histoire). Le titre de cet ouvrage : "Un seul lit pour deux rêves"...
a 1) Benoît XVI a peut-être cru que la FSSPX allait rentrer dans le rang doctrinal "rénovateur" en échange d'un accord pastoral "traditionnel".
b 1) Et la FSSPX a peut-être cru que Benoît XVI allait, urbi et orbi, prononcer un discours de repentance, compte tenu de toutes les ambiguités doctrinales et de toutes les anomalies pastorales qui ont été commises depuis un demi-siècle, au nom du Concile et de sa mise en oeuvre.
a 2) Or, la FSSPX se déconsidèrerait à tout jamais, à ses propres yeux, en tout cas, si elle acceptait de renoncer à la spécificité de son positionnement doctrinal, en échange d'une régularisation de sa situation dans l'Eglise institution.
b 2) Et Benoît XVI ne peut pas sérieusement aller en direction de ce qui serait perçu comme un redoublement dans l'ordre de l'oxymore, et qui serait également perçu comme étant un passage, quelque peu cavalier, de son herméneutique du renouveau dans la continuité à une herméneutique de la transmission dans la continuité que j'appelle, pour ma part, de mes voeux, mais en pensant davantage au Concile de Trente qu'à celui de Vatican II...
- Tout cela me rappelle aussi le résultat des négociations israélo-palestiniennes, au Proche-Orient : ces négociations ont duré quelques décennies, et il y a eu des claquements de portes, avant et après certaines retrouvailles, mais avec le succès final que l'on sait.
- Une chose est sûre : dans le contexte français, c'est une absence d'accord, et non un accord, qui constituerait une source de satisfaction, ou en tout cas de soulagement, pour bien des adversaires de la FSSPX, même s'il est probable que la FSSPX n'acceptera(it) q'un cadre statutaire qui la maintiendrait à l'abri des contre-mesures confraternelles du "Comptoir électrique français".
- Apparemment, l'argument d'autorité institutionnelle de l'Eglise a été opposé davantage, sur la fin, à la FSSPX, que l'argument d'autorité intellectuelle du Concile ; on aimerait parfois qu'un argument d'autorité de même nature disciplinaire soit objecté aux catholiques humanitaristes, qui instrumentalisent l'application et l'approbation du Concile pour aller en direction, en réalité, d'un dépassement, pour ne pas dire d'un gauchissement, de la lettre même du Concile, aussi équivoque, iréniste, imparfaite, imprécise ou incomplète soit-elle.
- C'est cette asymétrie, en réalité, qui est la plus choquante, depuis bientôt un demi-siècle : critiquer le Concile avec des arguments et à visage découvert continue à être considéré, dans le meilleur des cas, comme un acte d'indiscipline caractérisé, inacceptable ou inadmissible, tandis que "savonner la planche" du Concile, sous les pieds de l'Eglise, semble continuer à être considéré comme l'expression d'une marge d'appréciation légitime, avec des "abus" ou des "excès" plus ou moins supportables ou tolérables, dans le cadre de la mise en oeuvre du Concile, compte tenu de la compatibilité a priori existant entre celui-ci et la manifestation de la diversité des aspirations et des situations locales...
Bonne nuit.
Scrutator.
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