Quand on a plus qu’un argument d’autorité à avancer (l’Eglise a décidé, point final), qui plus est mal employé (l’inerrance signifie absence d’hétérodoxie clairement assumée, pas de l’idoinité et la pertinence d’une réforme, comme le prouve l’affaire du bréviaire de Quinones… encore moins son efficacité pastorale), c’est que clairement sur le fond vous n’avez rien à dire.
Pour vous paraphraser, c'est un peu court. Et même beaucoup.
"
Celui qui vous écoute m'écoute, et celui qui vous rejette me rejette; or celui qui me rejette, rejette celui qui m'a envoyé." Le Christ a
ordonné à ses apôtres et leurs successeurs de faire
cela en mémoire de Lui, leur laissant l'
autorité pour fixer les signes autour des parties immuables qu'Il a Lui-même instituées. Saint Thomas d'Aquin le dit clairement en matière sacramentelle: "
les décisions prises par l'Église sont réglées par le Christ lui-même" (IIIa, Q83 a3), et à plus forte raison si elles engagent
tous les fidèles de rite romain. Il confirme par ailleurs que "
l'autorité (des saints qui ont établi la célébration de la messe)
prouve la convenance de toutes les paroles qui accompagnent ce sacrement" (IIIa, Q83 a4). Certes,
convenance ne signifie pas
irréformabilité, mais vous devez reconnaître que vous placez la barre bien trop bas.
Vous vous émouvez des suppressions que vous énumérez, mais avez-vous seulement cherché à comprendre la raison de ces changements? Où est votre émotion quand il est question en sens contraire d'ajouts pour le moins incongrus? Qu'une des oraisons de l'ancien offertoire provienne tout droit du livre de prière personnel de Charles-le-Chauve - il me souvient avoir lu que d'autres étaient issues de prières eucharistiques (!) d'anciens sacramentaires -, pouvez-vous concevoir que l'Eglise veuille revoir cette copie? Et si le reste était du même accabit?
Le désordre actuel n'est pas tant dû à la réforme qu'à la décadence intellectuelle et morale des prêtres. J'en veux pour preuve que les abus ont commencé bien avant le Concile. C'était le souhait de Benoît XVI de favoriser d'abord le retour au mystère sacré avant même de concevoir quelque réforme liturgique. De même, Grégoire VII et la réforme qui porte son nom va se préoccuper de la liturgie, mais en s'appuyant surtout sur une restauration de l'instruction et des moeurs du clergé afin qu'il puisse connaître et appliquer respectueusement les règles liturgiques. Bref, je plaide personnellement pour l'avènement d'un nouveau Grégoire VII et un retour généralisé au mystère sacré.
L'Eglise est sainte, mais composée de pécheurs. Je suis ignorant en ce qui concerne son implication sur la torture, l'esclavage, etc. mais ce que vous dites du reste est largement exagéré pour peu qu'on s'y penche de plus près. Nous en avions déjà parlé
in illo tempore. Le bréviaire de Quiñones n'apporte pas plus d'eau à votre moulin. En effet, il a été conçu comme une alternative simplifiée - et optionnelle - au Bréviaire romain traditionnel, principalement à usage privé, et n’a jamais été imposé comme norme obligatoire. Les approbations pontificales furent au mieux privées car n'engageant en rien toute l'Eglise latine. En effet, souhaité par Clément VII qui est mort avant sa publication, son successeur Paul III l'a autorisé sans acte officiel de promulgation, par conséquent sans aucune obligation. Les papes suivants l'ont toléré jusqu'à Paul IV qui l'a interdit à l'issue du concile de Trente. On ne peut décemment pas mettre ce bréviaire - en quelque sorte
ad experimentum - sur le même plan qu'une réforme liturgique voulue et ordonnée par l'Eglise latine pour un usage universel - on se comprend - et obligatoire.
Ath