Expérience contre expérience par Signo 2026-08-06 00:41:16 |
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Le problème de votre discours, comme tous ceux qui défendent le nouveau rite, est qu’ils défendent un « novus ordo » idéal qui n’a aucun rapport avec la réalité concrète du rite célébré. Vous comparez deux missels et en concluez qu’il y a continuité. Mais la liturgie ne se réduit pas à un missel. La liturgie est d’abord une expérience de vie, communiquant une vérité de vie, une vérité totale qui conduit vers la vie. Elle est le canal qui conduit jusqu’à nous le souffle apostolique et c’est pourquoi elle ne souffre aucune rupture.
Mais même dans le détail les changements sont ahurissants. La Septuagésime date de l’époque des Pères (VIIe siècle). Quasiment tous les rites traditionnels ont une période de préparation au Carême. Supprimée.
L’épiclèse « Veni Sanctificator » de l’offertoire, supprimée dans le nouveau rite. Les Orientaux nous le reprochent, comme le reconnaissait récemment un dominicain de Bordeaux (au passage, on insiste pas assez sur le caractère paradoxalement anti-oecuménique de cette réforme, qui a détruit beaucoup de choses que l’on avait en commun avec les Églises schismatiques orientales).
Je ne parle pas de l’invraisemblable suppression de l’octave de Pentecôte (que l’Eglise antique considérait comme la deuxième solennité de l’année juste derrière Pâques!), totalement injustifiable et choquante.
La messe face au peuple, que la PGMR ne prescrit pas mais qui de fait s’est imposée avec le nouveau rite, qui dont en fait partie de fait, pratique intrinsèquement mauvaise, quasiment diabolique, qui consiste en apparence à perdre le sens profond du symbolisme cosmique, en réalité qui l’inverse, enfermant la communauté sur elle-même comme le disait Ratzinger, réduisant le célébrant à un mauvais prestidigitateur qui donne l’impression d’avoir « quelque chose à vendre », qui réduit les prières adressées à Dieu à une récitation purement formelle de formules convenues, qui détruit littéralement la dimension eschatologique de la messe, qui amoindrit la notion de sacrifice… pratique vraiment odieuse, aujourd’hui devenue de facto obligatoire dans le nouveau rite, bien que les personnalités les plus célèbres et les plus compétentes du XXe siècle se soient élevées avec force contre cette aberration (Ratzinger, Bouyer, Claudel, Gamber et tant d’autres).
Et que dire de la mutilation ou la disparition de 70% (!) des collectes, de la destruction de la liturgie des défunts, du désastreux « mot d’accueil » que la PGMR permet de faire dire par un laïc (!), du feu vert donné à la disparition du grégorien, en dépit des directives pourtant claires du concile (élément qui a lui tout seul suffit à faire du nouveau rite une mauvaise paraliturgie, en rupture totale avec tous les autres rites chrétiens d’Orient et d’Occident), que dire de l’inouïe suppression des matines et donc des sublimes offices des Ténèbres du Triduum pascal, chef d’œuvre non seulement de la liturgie latine mais de toute la civilisation occidentale, qui a inspiré tant de musiciens renommés…
Mais au delà de tout cela, c’est toute une atmosphère de sacré, de mystère, de spiritualité profonde s’exprimant par le symbolisme et le hiératisme, que les rites latin traditionnels avaient en commun avec les rites de l’Orient, qui a été irrémédiablement détruite… cette réforme est un désastre absolu.
Vous évoquez l’obstacle que peut constituer le latin mais c’est un élément clairement secondaire. On aurait pu permettre de célébrer le rite traditionnel en vernaculaire au moins partiellement (pour les oraisons etc). Il y a un fétichisme des tradis et plus globalement des milieux conservateurs sur le latin que je ne m’explique pas. S’il faut maintenir au moins partiellement le latin, c’est non pas parce que ce serait une « langue sacrée » (il n’y a pas de langue sacrée dans le christianisme, seulement des langues liturgiques et s’il y en avait une ce ne serait pas le latin), mais surtout pour des raisons pratiques: l’abandonner totalement ce serait perdre le patrimoine choral grégorien qui est inestimable et que nous sommes incapables pour l’instant de remplacer de manière satisfaisante.
Vous nous parlez du rite romain comme d’un « rite universel » mais par définition le rite romain n’est pas universel, c’est à l’origine le rite de l’Eglise de Rome, étendu progressivement et tardivement à l’Occident uniquement et toujours à côté d’autres rites latins, jamais de manière exclusive.
Enfin j’en profite pour dire que non, le rite traditionnel n’est pas obligatoire, et que la question actuelle est plutôt que c’est le nouveau rite que l’on veut nous imposer malgré tout ce que je viens d’écrire. J’ajoute également que le missel de S. Pie V est généralement mal célébré par les tradis séculiers, dans un esprit anti liturgique et une pompe lourdingue qui en déforme la nature pour n’en montrer souvent qu’une grotesque caricature. Je comprends donc tout à fait que cette caricature suscite des difficultés voire de la révulsion.
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