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Idées reçues (et fausses) sur la tradition liturgique byzantine
par Ludwik 2025-10-10 07:36:20
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Ce post est initialement une réponse à Candidus.
Mais il est très loin du thème initial du fil (les primats de l’Église ukrainienne).
Donc je préfère créer un nouveau fil (est-ce permis ?)

Le post de Candidus (ici)
m’a fait de la peine : c’est un condensé d’idées reçues, toutes aussi fausses les unes que les autres.
Il ne perçoit à aucun moment qu’un rite, une tradition, a une unité intrinsèque, et pense que les « briques » qui le constituent sont interchangeables avec des éléments d’autres rites et traditions. Plus moderniste, tu meurs.

Ce post de Candidus rend très triste : il explique clairement que les catholiques byzantins ne sont pas des catholiques à part entière, car ils ont erré dans le schisme.
Ce qui, pour l’Église ukrainienne, est une reprise du discours moscovite hétérodoxe. (Revoir ici.)

S’y ajoute une méconnaissance complète des pratiques byzantines, interprétées à l’aune d’un néo-traditionalisme latin — typiquement la confusion entre pain béni (tradition qui existait chez vous il y a encore quelques dizaines d’années) et Eucharistie.

1) Il faut distinguer latinisation et influences

La latinisation, néfaste et condamnée, désigne quelque chose de très précis :
il s’agit de l’hybridation d’un rite, de l’ajout ou de la suppression d’éléments dans une liturgie, une organisation canonique ou une tradition disciplinaire propre.

Candidus parlait ici plutôt d’influences réciproques, ce qui est tout à fait autre chose.
Et les influences sont multiples : aucun monde n’est clos.

Les exemples d’influences croisées, y compris avec les Églises séparées, sont extrêmement nombreux.
Au hasard :
- la renaissance du sermon en Moscovie au XVIIᵉ siècle, sous influence grecque et latine ;
- la création de séminaires dans l’Église moscovite : influence latine si forte qu’on y enseignait en latin — Pierre Mohyla (illustre métropolite de Kiev) ayant lui-même étudié chez les jésuites ;
- la réforme liturgique de l’Église moscovite au XVIIᵉ siècle : influence latine majeure, transmise par Kiev. La Moscovie, ayant absorbé la Ruthénie, décida d’unifier la pratique liturgique et de refaire les traductions des textes sacrés afin de revendiquer plus aisément l’héritage de Kiev. Ce « hold-up historique » provoqua le schisme des vieux-croyants et fit couler des fleuves de sang ;

- plus intéressant pour vous : la création de branches byzantines d’ordres latins dans l’Église ukrainienne, par le métropolite André Scheptitsky lui-même — que Candidus accusait pourtant de modernisme parce qu’il délatinisait ! Il avait bien compris toute la richesse des ordres monastiques latins.

2) Ne pas confondre Églises gréco-catholiques et Églises dites orthodoxes

Ces dernières ne sont pas représentatives d’une tradition byzantine « pure et sans tache » :
elles ont, elles aussi, été soumises à de nombreuses influences, notamment protestantes, et ont parfois adopté des partis pris théologiques en opposition à l’Église catholique.

3) L’iconographie dans l’Église latine

L’« arrivée » — ou plutôt le retour — de l’iconographie dans l’Église latine relève bien davantage d’une réappropriation d’un patrimoine disparu depuis la période gothique (voire romane), que d’une importation d’éléments exogènes. (même si le médium de ce retour est l'Eglise d'orient)

L’Église d’Orient a conservé, avec des nuances, un art sacré propre (iconographie, architecture, musique liturgique…), tandis que l’Église latine a suivi les styles de l’art et de l’architecture profanes, en les « christianisant ».

Ainsi, lorsque le monde profane construisit des palais de la culture en béton brut, l’Église latine fit de même pour ses églises — ce qui serait impensable en Orient, où il existe un art sacré spécifique.

De même, une image religieuse latine n’est qu’une image profane à sujet religieux : Raphaël peut peindre une Madone, mais ce ne sera jamais une véritable icône de la Théotokos, au sens théologique du terme. C’est simplement une jolie femme appelée « Madone ».

Rappelons que l’Église latine a signé le VIIᵉ concile œcuménique (Nicée II, 787) sur le culte des images,
mais n’en applique aucun des canons relatifs à la théologie de l’icône.

Cela fait bien longtemps que l’Église latine erre sur ce point… et les ravages sont terribles.
Ce n’est pas pour rien que la liturgie est devenue ancillaire de la pastorale chez vous !

4) La procession des saintes espèces et la théologie de l’arcane

La procession des saintes espèces, courante en Occident, est inconcevable en Orient — non par manque de respect, mais en raison de la théologie de l’arcane (disciplina arcani), c’est-à-dire le caractère mystérieux et réservé des réalités sacrées.

Ce thème devrait être très actuel chez vous, et pourtant il est rarement évoqué (un peu en Pologne).

Où est passée votre théologie de l’arcane ?
Vous avez abattu vos jubés, fait disparaître la dimension cosmique de la messe (du moins la partie visible pour les fidèles),
et maintenant vous construisez des églises ressemblant à des salles des fêtes,
et vous voudriez m’expliquer que vos pratiques sont un enrichissement ??

Vous avez fait disparaître l’arcane, rompant avec toutes les traditions apostoliques, bien avant Vatican II...
Vous ne vous posez jamais de questions sur les causes de votre crise ???
Non, bien sûr : ce sont les orientaux qui ont besoin d’être enrichis. Lamentable.

5) À propos de votre anecdote dans une église orthodoxe roumaine

Je passe sur le fait de passer derrière l’iconostase : c’est interdit partout !
Sauf le jour du baptême des garçons, et bien sûr pour le service de la liturgie.
De plus, pour passer derrière l’iconostase, il faut être en état de grâce, etc.
Bref, le prêtre qui vous a fait « visiter » l’église n’est pas très respectueux des canons.

Maintenant, sur le « pain pour les malades » qu’il vous a présenté :
permettez-moi un doute raisonnable. Je ne connais pas assez l’Église orthodoxe roumaine, mais il est d’usage dans cette Église — comme dans la plupart des Églises orthodoxes — que le prêtre consomme intégralement les saintes espèces après la communion.
Il n’y a donc pas de « restes » de la sainte Eucharistie.

Le pain qu’on vous a montré était très probablement destiné aux malades, mais non consacré : il s’agit de pain béni, dont l’usage varie selon les traditions locales.
En d’autres termes, c’est un sacramental, pas le Corps du Christ.

Pour les mourants, et pour les liturgies où il n’y a pas de consécration, les saints Dons sont consacrés (en général une fois par an), soigneusement séchés et conservés dans une sorte de petit tabernacle.

6) Le respect envers les saintes espèces

Le soin que prend le prêtre, après la communion, pour ne laisser aucune parcelle du Corps ou du Sang du Christ sur ses doigts, est tout à fait comparable à ce qui se fait dans le rite latin.
Les génuflexions et prosternations répétées après la consécration sont également parlantes.

Et s’il arrive qu’un fragment eucharistique tombe à terre, la liturgie est immédiatement interrompue, et commence un rite spécifique de purification, au moins aussi significatif — et plus développé — que dans le rite latin.

Cela montre bien l’incongruité de l’affirmation selon laquelle l’Eucharistie ne serait pas un objet d’adoration.

     

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 Idées reçues (et fausses) sur la tradition liturgique byzantine par Ludwik  (2025-10-10 07:36:20)
      Influences entre Orient et Occident par Signo  (2025-10-10 16:03:10)
          Je ne suis pas spécialiste non plus par Ludwik  (2025-10-10 17:01:16)
              Effectivement… par Signo  (2025-10-10 18:18:09)
          jubé : "exact équivalent" non mais assez proche par Luc Perrin  (2025-10-10 21:58:23)
              Les Jubés : une dizaine restent en France par Glycéra  (2025-10-11 21:00:10)
                  Cela exprime un besoin tellement vital que... par Candidus  (2025-10-12 16:23:24)
                  Merci très intéressant par Signo  (2025-10-13 10:56:56)
              Justement par Signo  (2025-10-12 20:01:19)
                  voici ce qu'indique Wikipedia au sujet de la place par Luc Perrin  (2025-10-12 22:17:35)
                      Une remarque par Signo  (2025-10-12 22:50:42)
                          Faux par abbé F.H.  (2025-10-13 08:15:05)
                              Ah par Signo  (2025-10-13 10:27:00)
                          précision d'auteur et réflexion plus large par Luc Perrin  (2025-10-13 12:41:41)
                              En fait par Signo  (2025-10-13 15:39:47)
              La poutre de gloire : est-ce l'origine des jubés ? par Glycéra  (2025-10-13 11:23:37)
                  Merci Glycéra ! par Jean-Paul PARFU  (2025-10-13 16:07:28)


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