Oblation – Consécration – Communion par Réginald 2025-07-02 08:43:18 |
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Voici quelques réflexions sur l’Offertoire qui, je l’espère, retiendront votre attention et répondront à votre question.
Je vous prie de m’excuser pour la longueur du post : il est le fruit de réflexions que je mène depuis longtemps et que j’ai pris la peine de reproduire ici.
Les trois moments du sacrifice selon saint Thomas d’Aquin
Oblation – Consécration – Communion
Dans la Somme théologique (IIIa, q. 83, a. 4), saint Thomas d’Aquin distingue trois moments essentiels du sacrifice eucharistique :
1. L’oblation
2. La consécration
3. La communion
Il l’exprime ainsi :
« Celui-ci est offert en tant que sacrifice, consacré et mangé en tant que sacrement. Ainsi, en premier lieu, s'accomplit l'oblation ; en deuxième lieu, la consécration de la matière offerte ; en troisième lieu, sa réception. »
Ce passage montre clairement que le sacrifice commence par l’oblation, bien avant la consécration. C’est un principe fondamental de la théologie liturgique : sans oblation, il n’y a pas de sacrifice.
Une structure rituelle présente dès l’Antiquité
Cette structure tripartite trouve un écho dans les rituels antiques, notamment dans l’Iliade (chant I, v. 446-474). Le sacrifice grec comprenait déjà plusieurs étapes :
• L’oblation : L’animal était conduit en procession à l’autel. Les participants prenaient des grains d’orge. L’animal était aspergé d’eau pour marquer symboliquement son consentement, tandis que le prêtre prononçait la prière.
• L’immolation : L’animal était mis à mort, son sang versé sur l’autel, au milieu de cris rituels.
• La communion : On brûlait les parties grasses (cuisses) sur l’autel, après les avoir aspergées de vin. Les organes internes étaient partagés, puis venait le banquet sacrificiel.
Oblation et sacrifice : une distinction capitale
Saint Thomas précise ailleurs (IIa IIae, q. 85, a. 3, ad 3) :
« Le sacrifice proprement dit s’accomplit lorsqu’on fait quelque chose sur les biens offerts à Dieu (…), par exemple la fraction, la manducation ou la bénédiction du pain.
En revanche, l’oblation désigne l’acte d’offrir à Dieu, même sans transformation : on peut faire une oblation de pain ou d’argent.
Ainsi, tout sacrifice est une oblation, mais toute oblation n’est pas un sacrifice. »
Autrement dit, l’oblation précède le sacrifice, car elle destine à Dieu ce qui va être consacré. Dans la messe, cela signifie que le pain et le vin doivent d’abord être séparés de leur usage profane et offerts à Dieu avant d’être transformés en Corps et Sang du Christ.
Le sens liturgique du mot oblats
Ces éléments sont appelés par la liturgie les oblats — traduction du latin oblata, participe du verbe offero (« offrir »). Ce terme désigne précisément le pain et le vin présentés sur l’autel, comme en témoigne la prière du Te igitur au début du Canon :
« Haec dona, haec munera, haec sancta sacrificia illibata… »
« Ces dons, ces présents, ces saintes et immaculées offrandes… »
Cette redondance souligne que ces termes, rigoureusement synonymes, désignent les éléments déjà offerts, mais non encore consacrés. Une formule similaire se retrouve à l’Unde et memores, où l'on désigne cette fois les dons consacrés, prolongeant ainsi le mouvement de l’offrande dans l’acte sacrificiel.
L’offertoire : acte inaugural du sacrifice
Saint Thomas ajoute (IIIa, q. 83, a. 4) :
« Deux actes accompagnent l’oblation :
– la louange du peuple, par le chant, qui exprime la joie de ceux qui offrent ;
– la prière du prêtre, qui demande que l’oblation du peuple soit agréée par Dieu. »
Dans l’Église ancienne, cette oblation prenait la forme d’une procession des offrandes : les fidèles apportaient eux-mêmes le pain et le vin destinés à devenir le Corps et le Sang du Christ. Ce geste symbolisait la participation du peuple dans l’acte d’offrir. C’est à ce moment que les éléments étaient soustraits à leur usage ordinaire pour être consacrés à Dieu.
Dès la fin du IIᵉ siècle, cette pratique se renforce. Avec saint Irénée, se manifeste une vision positive de la matière : la création devient le support du salut. J. Jungmann le souligne :
« Le mouvement vers Dieu par lequel sont offerts le corps et le sang du Seigneur commence aussi à se communiquer aux offrandes matérielles ; ces offrandes prennent place dans l’action liturgique. »
L’expression liturgique de l’oblation
Ce développement culmine au Moyen Âge avec des prières précises du missel. Parmi elles, la plus significative :
Veni, sanctificator, omnipotens aeterne Deus, et benedic hoc sacrificium tuo sancto nomini praeparatum.
« Venez, sanctificateur, Dieu tout-puissant et éternel, et bénissez ce sacrifice préparé pour votre saint nom. »
Cette prière désigne déjà le pain et le vin comme sacrificium praeparatum, sacrifice en préparation.
Des prières comme Suscipe, sancte Pater ou Offerimus tibi ont parfois été critiquées pour évoquer une « hostie immaculée » avant la consécration. Mais elles expriment non un fait accompli, mais une intention d’offrande orientée vers la consécration à venir.
Cette dynamique s’achève dans la Secrète, qui relie l’offrande des éléments à leur transformation eucharistique. Exemple (Ve dimanche après la Pentecôte) :
Propitiáre, Dómine, supplicatiónibus nostris : et has oblatiónes famulórum famularúmque tuárum benígnus assúme ; ut, quod sínguli obtulérunt ad honórem nóminis tui, cunctis profíciat ad salútem.
« Soyez propice, Seigneur, à nos supplications, et recevez avec bonté ces offrandes de vos serviteurs ; afin que ce que chacun a offert pour l'honneur de votre nom profite au salut de tous. »
La double consécration : représentation de la Passion et donc de l’immolation passée
La consécration du pain et du vin est nécessaire pour représenter la séparation réelle du Corps et du Sang, c’est-à-dire l’immolation du Christ sur la Croix. Pie XII, dans Mediator Dei, écrit :
« Par la transsubstantiation du pain au Corps et du vin au Sang du Christ, les espèces symbolisent la séparation violente du Corps et du Sang.
Ainsi, la mémoire de sa mort réelle sur le Calvaire est renouvelée à chaque sacrifice de l’autel, où Jésus-Christ est réellement en état de victime. »
Saint Thomas le confirme (IIIa, q. 80, a. 12, ad 3) :
« La représentation de la Passion du Seigneur se réalise dans la consécration elle-même : on ne doit pas consacrer le Corps sans le Sang. »
Ainsi se déploie le mystère eucharistique en trois temps unifiés :
• L’oblation consacre l’intention d’offrir à Dieu,
• la consécration accomplit le sacrifice par la Présence réelle du Christ immolé,
• et la communion en distribue les fruits de salut à ceux qui y participent avec foi.
Et comme le note avec justesse le cardinal Journet :
« On pourra rapporter l’Offertoire et les prières d’offrande principalement au Père ; le drame sacrificiel est l’action propre du Fils ; l’effusion de grâces de la communion sera attribuée à l’Esprit Saint. »
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