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ce qu'en pense le théologien SOLARI pour La Vie
par Cristo 2022-07-01 13:00:46
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si comme le dit l'auteur : "parce que l’eucharistie (sacrement et célébration) se présente comme un don gratuit (...), aucun rite ne peut épuiser cette donation (cf. § 24)", alors il faut f.. la paix aux catholiques attachés à la forme dite extra, non ?
Je reconnais que j'ai tenté de retirer une perle, une vraie, noyée dans le gloubiboulga de cet article comme dans celui de "Desiderio".



« Desiderio desideravi », un renversement copernicien

[Tribune] Le pape a adressé mercredi 29 juin une lettre apostolique avec des pistes de réflexion sur la liturgie, un an après le Motu proprio « Traditionis Custodes ». Grégory Solari, philosophe et théologien, directeur des éditions Ad Solem a lu « J’ai désiré d’un grand désir ».

Par Grégory Solari, philosophe et théologien
Publié le 30/06/2022


Que retenir de la Lettre apostolique du pape François sur la formation liturgique ? Plusieurs choses, mais avant tout le titre : Desiderio desideravi – « J’ai désiré d’un grand désir manger cette Pâque avec vous avant de souffrir » (Lc 22, 15).


Ce qui se trouve d’emblée souligné, c’est le renversement de perspective que requiert une authentique intelligence du Mystère pascal. Et donc aussi de l’Église « qui naît de l’eucharistie » (Jean-Paul II). Je me limiterai à ce renversement dans cette analyse, car il me semble constituer l’apport (théologique, mais pas seulement) majeur de cette Lettre apostolique, dont le champ dépasse celui de la querelle liturgique provoquée par Traditionis Custodes.

Pour le dire rapidement : ce que dessine François, c’est le contour d’une « liturgie fondamentale », et son réquisit épistémologique (une intelligence « symbolique », cf. Desiderio desideravi, § 42-46).
Crise liturgique, crise de la raison

Qu’implique ce renversement « copernicien » ? Ceci : parce que l’eucharistie (sacrement et célébration) se présente comme un don gratuit – et il faut ajouter tout de suite : comme un don continuel, gratuit, toujours en excès par rapport à sa réception –, aucun rite ne peut épuiser cette donation (cf. § 24).

Aucune raison ne peut en limiter la signification. Aucune condition ne peut circonscrire le champ de sa manifestation. Aucun dispositif canonique ne légitime sa revendication. C’est librement, souverainement, gratuitement que Jésus se donne à son Église – qu’il a voulu et veut se donner à nous dans la double manducation de sa Parole et de sa Chair.

Il s’agit donc en premier lieu de recevoir ce don, dans la forme que lui donne l’Église (cf. § 3-9). Il ne faut pas passer trop vite sur cette ouverture de la Lettre apostolique. L’argument du désir du Christ (génitif objectif) n’est pas un artifice rhétorique. C’est un argument théologique. Il ne requiert rien moins qu’une conversion de l’intelligence : c’est à partir de l’acte d’amour du Christ que la liturgie découvre son sens et sa fonction (cf. § 25). Ce qui sous-entend que la crise liturgique est en réalité une crise de la raison dans son rapport au Mystère du Christ.
A lire aussi : Motu proprio : tour de vis sur la messe en latin
L'impossibilité d'être chrétien

Dans cette perspective, la liturgie se présente d’abord comme une attitude : une manière d’être, d’agir, non pas en opposition au monde mais différente de lui : la liturgie nous apprend à agir « autrement », avec la différence qu’introduit le baptême, à savoir comme « d’autres Christ ». Pour reprendre une formule de François, la liturgie nous apprend « l’art » de vivre en chrétien (dimension existentielle, cf. § 41).

Non pas comme des militants, mais comme des baptisés. Non pas dans la revendication de droits dérivant de notre « identité » (chrétienne) mais dans la dépossession de tout ce qui défigure l’icône du Christ en nous, ou de ce qui la recouvre d’images produites par nos propres projections. Un mouvement de conversion à reprendre inlassablement. Car nous savons bien qu’il est impossible d’être chrétien.

Et c’est cette impossibilité qui justifie l’existence de la liturgie : la célébration dominicale comme le cycle de l’année liturgique. Nous ne sommes chrétiens que dans ce mouvement asymptotique. Nous ne sommes chrétiens que dans la « répétition » du Mystère pascal qui nous conforme à Jésus (cf. § 63-65). Nous ne sommes chrétiens que dans le désir que comble et en même temps avive la rencontre du Christ qui nous désire, lui, avant nous. Si nous allons à la messe, c’est parce que son désir nous a toujours déjà rejoints (cf. § 20). Nous venons poussés par son désir : « J’ai désiré d’un grand désir manger cette Pâque avec vous avant de souffrir ».
L’initiative d’amour du Christ

Ce qui veut dire que nous ne faisons rien sinon répondre à son amour. Cette réponse, la liturgie formalisée par l’Église nous donne des mots pour l’exprimer. Et aussi des gestes, des expressions – tout l’univers de la ritualité (ce qu’on appelle la « lex orandi »). Ce qu’il faut bien voir, c’est qu’avec le renversement qu’implique le primat redonné à l’initiative d’amour du Christ (et qui se marque dans le titre de la Lettre apostolique), François déplace le critère de vérité de la liturgie : la lex orandi exprime et se trouve régulée par la lex credendi, mais cette régulation obéit moins à un critère épistémologique (conformité du rite et du dogme) qu’au dessein d’amour du Père – ce que saint Paul appelle le « Mystère » du Christ (Mysterion en grec).

Or c’est très exactement cette perspective qu’a recouvrée Vatican II (formellement, dans Sacrosanctum concilium, concrètement, dans le Missel de Paul VI) : le Mystère du Christ comme expression indépassable de l’amour du Père pour tous les hommes (cf. § 37 et 41).

Comme le rappelle François, ce Mystère constitue le « principe » de la réforme liturgique (cf. § 61). Il ne s’agit pas de remplacer une « explication » théologique de la liturgie par une autre. Il s’agit de reconduire la liturgie à son « principe » : « l’amour du Christ qui dépasse toute raison » (Ep 3, 19). Son essence, au fond, consiste à nous exposer à ce regard d’amour sur nous, ou, comme le dit John Henry Newman : « à nous préparer au face-à-face avec le Christ ».
Faire de nous des hommes et des femmes de désirs

Au paragraphe 57 François écrit que célébrer « l’Eucharistie, c’est être plongé dans la fournaise de l’amour de Dieu. Lorsqu’il nous sera donné de comprendre cette réalité, ou même simplement d’en avoir l’intuition, nous n’aurons certainement plus besoin d’un Directoire qui nous imposerait le comportement adéquat. Si nous en avons besoin, c’est à cause de la dureté de notre cœur. La norme la plus élevée, et donc la plus exigeante, est la réalité même de la célébration eucharistique, qui sélectionne les mots, les gestes, les sentiments qui nous feront comprendre si notre usage de ceux-ci est ou non à la hauteur de la réalité qu’ils servent. Il est évident que cela ne s’improvise pas. C’est un art [qui] demande un entretien assidu du feu de l’amour du Seigneur qu’il est venu allumer sur la terre (cf. Lc 12, 49) ».

On comprend dans cette perspective pourquoi, comme l’affirme le pape, aucun « retour » à la forme préconciliaire n’est possible. Pourquoi aussi le refus « par principe » de célébrer avec le missel de Paul VI implique davantage qu’une réserve de nature ecclésiologique (cf. § 31). Pourquoi enfin la Lettre apostolique consacre peu de lignes à la querelle liturgique autour du rite tridentin.
A lire aussi : En paroisse, la nouvelle traduction du missel bouscule les habitudes

Ce qui est en jeu, au plus profond, c’est la charité – l’amour de Dieu avant l’attachement à une forme célébratoire, aussi belle soit-elle. Ce qui doit brûler dans la « fournaise de l’amour de Dieu », ce sont nos projections, nos faux dieux, nos désirs insuffisants. Nos idoles finalement. Il y a quelque chose de la radicalité du regard d’Ignace après son expérience de Manrèse dans celui que François porte sur la liturgie, tempéré, mais à peine, par la douceur de François d’Assise. À quoi sert la liturgie ? À faire de nous des hommes et des femmes de désirs – mieux : à prendre conscience que depuis toujours nous sommes désirés par Dieu.


Par Grégory Solari, philosophe et théologien

https://www.lavie.fr/christianisme/eglise/desiderio-desideravi-un-renversement-copernicien-83165.php

     

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                      bien sûr Église "latine" n'est pas le seul rit romain par Luc Perrin  (2022-07-01 11:01:03)
                          La forme utilisée par les 3 Ordinariats ... par Ion  (2022-07-01 12:28:38)
                              donc pour Ion il n'y a qu'un rit pour l'Église romaine : pourtant par Luc Perrin  (2022-07-01 14:26:05)
                                  Il y a bien sûr ... par Ion  (2022-07-01 18:23:28)
       Ah, et les rites orientaux ?... par Sacerdos simplex  (2022-06-29 13:30:00)
          Comme il y a de la dentelle... par Athanase  (2022-06-29 15:31:55)
      Jolie rédaction par ptk  (2022-06-29 13:54:16)
      Je ne lirai pas. Et pourquoi jamais de Paul VI en latin ?! par JVJ  (2022-06-29 14:19:35)
          Paul VI en latin par Nemo  (2022-06-29 20:25:40)
              Oui, oui, je vous connais... par JVJ  (2022-06-29 22:00:24)
              Question hyper pointue par Candidus  (2022-07-01 07:01:22)
                  Canon en Français par Nemo  (2022-07-01 08:49:55)
                      Précisions par Ion  (2022-07-01 10:09:25)
                          C'est inexact : en 1965, préface en latin par Alexandre  (2022-07-03 23:06:57)
                      Ma question était autre par Candidus  (2022-07-04 00:59:11)
                  26 novembre 1967 par Alexandre  (2022-07-04 00:28:00)
      Les mots "messe, saint sacrifice de la messe" par AVV-VVK  (2022-06-29 14:47:32)
          Tiens donc par Regnum Galliae  (2022-06-29 18:57:50)
          Pas tout à fait exact par ptk  (2022-06-29 19:39:54)
      « 45. Comment pouvons-nous redevenir capables de symboles ? » par Gaspard  (2022-06-29 16:01:50)
          Alors, en fait, si, un peu quand même par Polydamas  (2022-06-29 21:02:26)
      Il peut par Lenormand  (2022-06-29 18:04:10)
      C’est intéressant par Vincent F  (2022-06-29 19:00:36)
          Pareil, je vous rejoins par Polydamas  (2022-06-29 19:33:04)
              Intéressant par Nemo  (2022-07-01 12:55:55)
      Qui a lu en entier ? par Nemo  (2022-06-29 20:32:55)
          Il faut une reponse par Marc B.  (2022-06-29 21:50:22)
      Romano Guardini : "Klempnerarbeit" par Candidus  (2022-06-29 23:26:00)
          Vous rappelez-vous de la source ? par Polydamas  (2022-06-29 23:38:11)
              Source par Candidus  (2022-06-30 00:15:28)
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