Duel Arnaud Dumouch/Abbé Pagès par Candidus 2021-07-07 14:22:10 |
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Le fil sur Mgr Léonard et les diplômes d’Arnaud Dumouch m'a conduit a visionner sur YouTube la disputatio entre A. Dumouch et l'abbé Pagès. Une belle joute oratoire qui s'est faite dans un respect mutuel et une courtoisie que l'on aimerait rencontrer plus souvent lors des débats, y compris sur le forum.
Je me suis surtout intéressé à un aspect de leur discussion : la définition de la mort. La mort est-elle un moment plus ou moins instantané ou un processus qui peut durer plusieurs minutes voire jusqu'à deux heures et qui offrirait à l'âme une dernière opportunité pour se convertir, "se tourner vers" la miséricorde de son Rédempteur ?
Qui d'entre nous ne s'est pas inquiété du salut d'un être cher décédé apparemment éloigné de Dieu, dans des circonstances qui rendaient "chronologiquement" difficiles son repentir ?
Nous connaissons l'anecdote du Saint Curé d'Ars réconfortant l'épouse d'un suicidé en lui révélant qu'entre le pont et l'eau, son mari avait eu le temps de se repentir. Un suicide par noyade laisse effectivement à l'âme quelques instants pour se tourner vers son rédempteur, mais il existe des circonstances de mort où cela ne peut être le cas. Un suicide par arme à feu par exemple. Faut-il alors désespérer du salut de ces personnes ?
Le différend entre A. Dumouch et l'abbé Pagès trouve son origine dans une divergence sur la définition de la mort. Les scolastiques que défend l'abbé Pagès définissent la mort comme la séparation de l'âme et du corps. Dumouch en invoquant des bases bibliques, patristiques et scientifiques propose de définir la mort comme le processus progressif de cette séparation. Ces deux définitions ne me paraissent pas inconciliables, même si Dumouch soutient ensuite une théorie de l’illumination finale qui postule que durant le processus de mort, avant donc le jugement particulier, l'humanité glorieuse du Christ, accompagnée des saints et des anges, se révèle à chaque âme pour lui offrir une nouvelle possibilité de salut. Cet aspect de sa thèse me paraît problématique et controversé, je le laisse donc de côté.
En ce qui concerne la première partie de la réflexion de Dumouch (la mort n'est pas instantanée), celle-ci ne me semble pas une idée si nouvelle ; tous les prêtres savent qu'ils peuvent administrer l'extrême-onction sous condition jusqu'à deux heures après l'arrêt des fonctions vitales d'un fidèle décédé. L'Eglise a donc toujours admis qu'entre la cessation de la vie et la séparation COMPLÈTE et EFFECTIVE du corps et de l'âme, un certain laps de temps peut s'écouler. Dans quel état se trouve alors l'âme du défunt ? Est-elle consciente ? Peut-elle "mériter", se repentir ? La réponse est oui puisque l'âme est encore susceptible de recevoir un sacrement et cela semble confirmé par les récits d'expérience de mort imminente (EMI).
Les EMI semblent indiquer que l'âme, dès la cessation des fonctions vitales, commence à se détacher du corps mais que cela se fait progressivement. Pendant un moment, ces personnes sont en mesure d'observer et d’écouter ce qui se passe autour de leur corps et dans leur environnement immédiat ; des sourds ou des aveugles de naissance sont capables d'entendre et de voir ceux qui les entourent, puis de décrire cette expérience après leur retour à la vie. Si l'état d'EMI se poursuit, il advient ce déplacement souvent relaté à travers un tunnel, en direction d'une intense lumière qui irradie l'amour, et c'est à ce moment qu'un événement physique (réanimation cardio pulmonaire) ou spirituel, précipite le retour à la vie physique.
Essayons de faire coïncider cette scène avec ce que nous dit l'Eglise de la mort et du jugement particulier qui la suit nécessairement et immédiatement : l'âme humaine se détache et sort de son corps puis elle est mise en présence de son Créateur, le Dieu d'Amour, devant lequel sa vie est pesée, jaugée, à l’étalon de l'amour. Puis l'âme reçoit sa sentence : ciel, purgatoire ou enfer.
Ce qui m'intéresse c'est le moment où l'âme se détache et sort de son corps. Un processus nécessairement progressif puisque l'Eglise envisage qu'il dure jusqu'à deux heures après l'arrêt cardiaque et/ou de l'activité électrique cérébrale.
A la lumière des éléments mis en évidence par Dumouch et par les EMI, je pense que l'on peut envisager que pendant le processus de séparation, une personne puisse encore se repentir par un acte de contrition parfaite et obtenir sa justification.
Je trouve cette pensée consolante pour tous ceux qui ont perdu un être cher qui a vécu jusqu'à sa mort éloigné de Dieu. Cette conviction constitue un puissant encouragement à prier pour des défunts apparemment morts sans repentance, afin que dans les minutes (voire jusqu'à deux heures) qu'a duré la séparation de leur corps et de leur âme, alors qu'ils étaient délivrés des souffrances physiques et du stress de l'agonie et qu'ils jouissaient d'une plus grande lucidité, ils se soient tournés résolument vers la miséricorde de leur Rédempteur.
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