Malentendu et confusion: la messe, sacrifice ou repas? par Signo 2018-06-29 00:59:03 |
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Il me semble qu'il y a beaucoup de confusion et de malentendus chez les uns et chez les autres.
D'un côté, on a les tradis qui disent: "la messe n'est pas un repas, c'est un sacrifice".
De l'autre, on a les progressistes qui disent: "la messe n'est pas un sacrifice, c'est un repas".
Or les deux "catégories" en tenant de telles oppositions prouvent que ni les uns ni les autres ne comprennent quoique ce soit à la liturgie. Mieux: les uns et les autres sont hérétiques, puisque l'hérésie vient étymologiquement d'un terme grec qui signifie choisir entre deux notions que l'on croit opposées alors qu'elles sont complémentaires et indissociables.
En effet, toute la théologie catholique la plus traditionnelle nous enseigne que la messe est un sacrifice et un repas. Mieux: elle est un sacrifice puisqu'elle est un repas, et elle est un repas du fait même de son caractère sacrificiel. Relisez par exemple les oeuvres du P. Bouyer, un théologien parfaitement traditionnel qui explique très bien cela.
Vous dites: la messe n'est pas un repas de fête. C'est faux. La messe est un repas de fête, ou plus précisément un repas de noces. Heureux les invités au festin des noces de l'Agneau. Ce que les progressistes ne comprennent pas, c'est qu'il s'agit, non pas d'un repas ordinaire ou d'un repas mondain, mais d'un festin sacré, un banquet mystique, le festin des noces de l'Eglise-Epouse unie au Christ à travers la communion eucharistique.
La Tradition catholique et plus généralement chrétienne jusqu'aux dérives de l'époque moderne (qui commence au XVIe siècle) a toujours vu le lien profond, et en même temps la nécessaire distinction entre le sacrifice eucharistique et le repas ordinaire. Par exemple, dans les monastères, chaque repas est un moment solennel qui débute et s'achève par des prières chantées, et s'effectue en silence; les moines pour aller au réfectoire mettent le même vêtement que pour aller à l'office. Pourquoi? Tout simplement parce que dans la mentalité traditionnelle, tous les aspects de la vie (la politique avec le sacre des rois, le travail, la conjugalité avec le mariage... et donc aussi l'acte de se nourrir) appartiennent au domaine du sacré. Le profane n'existe pas: ce que nous appelons aujourd'hui dans notre mentalité moderne "profane", ce n'est rien de plus que du sacré... profané. Donc le repas, même purement "alimentaire" est un acte sacré, et même tout particulièrement puisque manger est indispensable à la vie (d'où la pratique du benedicite). Ce n'est pas un hasard si le Christ a choisi la forme d'un repas pour perpétuer sa présence à travers les siècles.
Le problème des tradis est qu'ils veulent enfermer le sacré dans le chœur des églises en croyant le "protéger" de l'envahissement du profane, et le problème des progressistes -ce qui est une erreur encore pire-, est qu'ils veulent laisser le profane envahir ce qui est sacré par excellence, à savoir le culte divin. La réalité est qu'il faut que le sacré jaillisse de ce qui est l'espace Sacré par excellence, le Saint des saints, c'est à dire la présence de Dieu dans nos tabernacles, pour "inonder" toute réalité humaine, et faire en sorte que chaque acte de l'homme devienne "liturgique". Evidemment, pour que cela soit possible, encore faut-il que le sacré soit respecté dans nos liturgies... d'où l'usage d'une langue sacrée, de vêtements sacrés, de symboles, d'ornements, de signes sacrés.
Mais quelqu'un qui dirait que la messe n'est pas un repas est à mon sens au bord de l'hérésie.
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