J'entends vos arguments par Signo 2016-04-01 19:11:53 |
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mais vous devez savoir que je n'ai pas toujours eu les positions que j'ai actuellement. Il y a quelques années, moi aussi j'aimais ce decorum, ces chasubles raides, cet apparat lourd et étouffant. Cela me changeait de la misère liturgique à laquelle j'assistai dans les paroisses "ordinaires". Mais j'en suis revenu progressivement, au fur et à mesure où j'approfondissais ma compréhension de la liturgie.
En fait, il faut comprendre que toutes les époques ne se valent pas en matière liturgique. Il y a des époques, non pas "pures", mais du moins où l'on avait à peu près le sens de l'essentiel: la période romane, et dans une certaine mesure le gothique. Et puis il y a des époques de rupture, suivies par des périodes de décadence. Michel Onfray -athée mais très intelligent- l'explique très bien dans la fameuse vidéo qui circule en ce moment dans laquelle il parle de la liturgie traditionnelle. Le baroque correspond très clairement à une période de décadence. Je dis cela, mais cela ne m'empêche pas d'apprécier par ailleurs le baroque (parce que j'en comprends les principes). Simplement, à la différence de beaucoup, j'essaie de ne pas laisser mes goûts personnels polluer la vérité.
Je me souviens d'un office liturgique auquel j'avais assisté dans une grande église en Bavière, office célébré avec toutes les splendeurs du baroque: ornements, musique avec orchestre jouant des pièces du XVIIIe siècle etc. C'était magnifique... mais ce n'était pas liturgique, bien plus de l'ordre du concert!
D'ailleurs, nos contemporains ne s'y trompent pas: le baroque aujourd'hui est complètement démodé, les gens -qui pour la plupart ne le comprennent pas- le trouvent trop surchargé. Le classique est considéré comme trop froid et guindé. Mais le gothique et le roman sont des styles indémodables, parce qu'ils sont intemporels: la preuve, c'est qu'on n'a fait au XIXe siècle que des "néo" -néo-roman, néo-gothique-, comme si, après avoir épuisé la décadence jusqu'à son terme ultime -le rococo-, on ne trouvait rien de mieux à faire que de revenir -avec plus ou moins de succès d'ailleurs- à l'esthétique médiévale, dont on sentait bien qu'elle constituait une sorte d'âge d'or perdu de la chrétienté...
Pour ce qui est encore de nos contemporains, allez une fois discuter avec des fidèles en paroisse ordinaire, ou avec des vieux prêtres, ou allez grenouiller comme je l'ai fait du côté de la foule des aigris et des déçus de l'Eglise qui gravitent du côté de Golias: vous verrez que c'est cet apparat plus pompeux et lourdeau que priant qui les révulse dans la liturgie traditionnelle. Mettre en oeuvre ce decorum de manière outrancière comme le fait, par exemple, l'ICRSP, c'est rendre la foi traditionnelle inaudible, ridiculiser la liturgie et donner des arguments faciles aux ennemis de la foi. Tout cela pour satisfaire les penchants au sentimentalisme et à la nostalgie d'un petit milieu autiste pour qui l'époque des princes-archévêques et des abbés de cour, ou bien la Restauration monarchique de Charles X étaient des âges d'or de l'histoire du catholicisme, alors qu'au contraire ces époques se démarquent par l'obscurcissement certain du vrai sens de la liturgie...
Quel gâchis!
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