Cet hymne de l'Épiphanie me donne plutôt raison.
En effet, on ne fait pas ici l'éloge de l'eau contenue dans les jarres, mais du fait qu'elle a été changée en vin :
"cette eau rougit dans les urnes (de Cana) ; obéissant au Rédempteur, elle change de nature, et s’écoule en flots de vin.".
Pour l'eau de l'Épiphanie, c'est la même chose. Ce n'est pas l'eau que l'on amène pour être bénite qui est efficace, mais bien l'eau qui a été bénite selon un rituel très riche de sens et de profondeur.
Pour la petite anecdote, j'ai assisté en janvier 2015 à la bénédiction - selon la forme extraordinaire du rite romain - de l'Eau de l'Épiphanie. Une célébration magnifique; cela a duré certainement au moins une demi-heure. Outre les litanies des saints, et plusieurs prières, l'exorcisme de Saint Michel Archange est carrément récité sur l'eau ! Les jours suivants, le prêtre vient bénir les maisons avec cette eau qui est d'une puissance extraordinaire (en raison de la bénédiction de l'Église).
Dans son livre
Le combat avancé de l'Église, Mgr Tournyol du Clos (un exorciste qui a été l'un des premiers prêtres à se joindre à la FSSP) affirme même ce qui suit :
"On a remarqué que pour accompagner l'exorcisme de lieux sacrés qui avaient été maléficiés, l'eau grégorienne et l'eau de l'Épiphanie s'avéraient plus efficaces que l'eau bénite ordinaire."
Ce qu'il faut comprendre c'est que l'eau (que ce soit celle de Cana ou celle qui sera bénite à l'Épiphanie) n'a pas de puissance efficace tant que le Christ ne lui a pas donné une efficacité par son intervention. Par exemple, si vous preniez de l'eau dans le robinet et que vous tentiez d'aller chasser le démon, ce dernier vous rirait certainement en pleine figure. Par contre, utilisez de l'eau de l'Épiphanie et vous le verrez alors fuir.
Dans les deux cas, c'est vers le "bon vin" et vers "l'eau dûment bénite" qu'il faut fixer notre regard, pas sur l'eau à l'état brute. Dans les deux cas, c'est à partir de la créature eau que le Christ a opéré une "transformation", et cette "transformation" prouve, justement, que l'eau ne peut pas nous nettoyer, ni nous donner la vraie vie, si elle n'a pas été "touchée" par le Christ.