Le problème n'est pas dans la liberté de l'acte de Foi par Meneau 2015-05-22 10:01:18 |
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Mais dans la liberté religieuse au for externe public, prétendûment droit naturel fondé sur la Révélation.
Je cite Abel; source ici
La faille est que Dignitatis Humanæ, sur le point précis du droit à la liberté religieuse, s’oppose à Quanta Cura de Pie IX.
Je vous transcris une courte note préparée pour les moines de Solesmes voici une vingtaine d’années.
Cette opposition concerne la liberté religieuse. Plus exactement l’existence d’un droit à la liberté religieuse au for externe et public, l’existence d’un droit à professer publiquement la religion de son choix.
Il s’agit donc du droit civil en matière religieuse.
La religion catholique romaine est la seule vraie religion ; en raison de sa mission divine, elle a un droit imprescriptible à la liberté civile pour tout ce qui concerne cette mission. Le point donc où existe l’opposition est la liberté de l’exercice public des fausses religions et des faux cultes.
On doit donc éliminer ce qui n’est pas en question :
– la liberté de l’acte de foi ;
– le devoir de chercher la vérité religieuse et d’y adhérer ;
– l’obligation découlant de la conscience erronée ;
– la liberté de l’Église catholique ;
– l’éventuel devoir de l’État de tolérer en certains cas les faux cultes pour éviter des maux plus grands (devoir qui ne fonde en rien un droit corrélatif chez les sujets).
Il ne s’agit pas non plus, dans la présente note, d’expliquer ou de justifier l’enseignement de Pie IX ; il s’agit simplement de constater et de recevoir les condamnations qu’il porte, condamnations de faux principes sociaux considérés en eux-mêmes, indépendamment de leur contexte philosophique (rationalisme, naturalisme) ou historique (individualisme).
Il s’agit de constater que Dignitatis humanæ enseigne comme étant un droit naturel ce que Quanta Cura condamne comme découlant d’un principe contraire à la Révélation divine : ce qui est strictement incompatible.
Enfin, avant de manifester cette opposition, je crois utile de préciser qu’autre chose est de ne pas voir le lien, la continuité ou la cohérence entre deux enseignements, et autre chose est de voir une incompatibilité radicale entre eux.
Dans le premier cas, s’il s’agit d’enseignements qui relèvent de la foi, s’applique le Credo ut intellegam. Dans le second cas, il est impossible à l’intelligence humaine, avec la meilleure bonne volonté du monde, d’adhérer vraiment et simultanément à deux propositions contradictoires ou contraires.
Dernière précision. Il faut recevoir les textes du Magistère selon leur sens obvie, qui parfois peut être technique ou difficile, et non pas selon des sens « tirés par les cheveux » pour les rendre compatibles avec d’autres.
S’il faut un ouvrage de 300 pages pour étirer un texte dans un sens, étirer l’autre dans le sens opposé, et trouver des cas particuliers pour affirmer hautement qu’il y a identité, continuité et compatibilité, alors que les sens premiers et clairs se refusent à ces contorsions, c’est qu’il y a un grave problème dans lequel la foi (qui s’exerce par l’intelligence naturelle) ne trouve pas son compte.
Les textes.
I. Quanta Cura.
« De plus, contre la doctrine de la Sainte Écriture, de l'Église et des saints Pères, ils affirment sans hésitation que :
« la meilleure condition de la société est celle où on ne reconnaît pas au pouvoir le devoir de réprimer par des peines légales les violations de la loi catholique, si ce n'est dans la mesure où la tranquillité publique le demande. [A]
En conséquence de cette idée tout à fait fausse du gouvernement des sociétés, ils ne craignent pas de soutenir cette opinion erronée, funeste au maximum pour l'Église catholique et le salut des âmes, que Notre Prédécesseur Grégoire XVI, d'heureuse mémoire, qualifiait de « délire » :
« La liberté de conscience et des cultes est un droit propre à chaque homme. [B]
« Ce droit doit être proclamé et garanti par la loi dans toute société bien organisée. [C] »
J’appelle [A], [B] et [c] trois propositions condamnées. En voici le texte latin :
[A] Optimam esse conditionem societatis, in qua imperio non agnoscitur officium coercendi sancitis pœnis violatores catholicæ religionis, nisi quatenus pax publica postulet.
[B] Libertatem conscientiæ et cultuum esse proprium cujuscumque hominis jus...
[C] quod lege proclamari et asseri debet in omni recte constituta societate.
La proposition [A] est condamnée pour elle-même et déclarée absolument (omnino) fausse : ce n’est donc pas en raison du naturalisme u de l’individualisme de ceux qui la professaient en 1864 qu’elle est réprouvée ; même chose pour les proposition [B] et [C], qualifiées ensemble d’opinion erronée.
II. Dignitatis Humanæ.
Voici le § 2 :
« Le Concile du Vatican déclare que la personne humaine a droit à la liberté religieuse [B’].
« Cette liberté consiste en ce que tous les hommes doivent être soustraits à toute contrainte de la part tant des individus que des groupes sociaux et de quelque pouvoir humain que ce soit, de telle sorte que
« en matière religieuse nul ne soit forcé d’agir contre sa conscience, ni empêché d’agir, dans de justes limites, selon sa conscience, en privé comme en public, seul ou associé à d’autres [A’].
« Il déclare en outre que le droit à la liberté religieuse a son fondement dans la dignité même de la personne humaine telle que l’ont fait connaître la parole de Dieu et la raison elle-même.
« Ce droit de la personne humaine à la liberté religieuse dans l’ordre juridique de la société doit être reconnu de telle manière qu’il constitue un droit civil [C’]. »
J’ai appelé [B’], [A’] et [C’] trois principes présentés comme universels, indépendants des circonstances, puisque fondés dans la nature même de l’homme sous le rapport de sa dignité. Dans la proposition [A’], ce qui est en cause est : « empêché d’agir... en public... ».
[A’] Ita quidem ut in re religiosa neque aliquis cogatur ad agendum contra suam conscientiam neque impediatur, quominus juxta suam conscientiam agat privatim et publice, vel solus vel aliis consociatus, intra debitos limites.
[B’] Haec Vaticana synodus declarat personam humanam jus habere ad libertatem religiosam.
[C’] Hoc jus personæ humanæ ad libertatem religiosam in juridica societatis ordinatione ita est agnoscendum, ut jus civile evadat.
Le contenu des justes limites de [A’] est donné au § 7 : il s’agit des exigences de la paix et de la moralité publiques. Cela coïncide avec la tranquillité publique dont fait mention Quanta Cura, mais de toutes les façons cela relève de l’application du droit, qui est affirmé pour lui-même.
L’opposition
D’une part, les propositions [B] et [C] condamnées par Quanta Cura sont équivalentes aux propositions [B’] et [C’] enseignées par Dignitatis Humanæ.
D’autre part, la proposition [A] condamnée par Quanta Cura est nécessairement impliquée par la proposition [A’] enseignée par Vatican II : et donc la condamnation de [A] entraîne celle de [A].
Je rappelle qu’il s’agit de la liberté religieuse au for externe public : est-elle oui ou non un droit naturel ? Ce droit doit-il être légalement reconnu dans la société civile ?
La simple lecture des propositions [B] et [B’], [C] et [C’] suffit pour voir les équivalences respectives.
L’enchaînement entre [A’] et [A] s’établit ainsi :
Si en matière religieuse nul ne doit être empêché d’agir en public selon sa conscience (dans de justes limites) [A’],
alors le pouvoir public ne doit pas réprimer par des peines légales les violateurs de la loi catholique (si ce n’est dans la mesure où la tranquillité publique le demande).
Il s’ensuit que la condition de la société où l’on ne reconnaît pas au pouvoir la charge de réprimer par des peines légales les violateurs de la loi catholique (si ce n’est...) est meilleure que la condition de la société où l’on reconnaît au pouvoir une telle charge,
ce qui revient à dire que la meilleure condition de la société est celle où l’on ne reconnaît pas au pouvoir la charge de réprimer par la sanction des peines les violateurs de la loi catholique (si ce n’est...) [A].
Il est d’ailleurs bien clair que si la liberté religieuse est un droit naturel, la meilleure condition de la société est celle où l’on ne reconnaît pas au pouvoir la charge de violer ce droit naturel !
Donc [A’] entraîne nécessairement [A], et la condamnation de [A] entraîne celle de [A’].
Quanta Cura et Dignitatis Humanæ sont radicalement incompatibles.
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