Saint Jean XXIII : son lien avec le Concile de Trente par Chicoutimi 2015-05-20 03:46:51 |
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Dans sa biographie sur "Jean XXIII", Paul Dreyfus décrit la belle et pieuse agonie du bon et saint Pape comme suit :
« (…) Vendredi 24 mai, le pape Jean XXIII est toujours en vie. […] Il arrête son regard sur les images pieuses qui ornent les murs de sa chambre.
« Je suis ici dans l’obéissance, dit-il. J’ai devant moi mon âme, mon sacerdoce, l’Église universelle. Je suis tranquille dans les mains de Dieu. »
Il désigne successivement le crucifix, la Vierge, saint Charles Borromée, saint Grégoire Barbarigo, saint Jean Ribera, saint Joseph, saint Marc, saint François de Sales, les deux saints Jean, le Baptiste et l’Évangéliste.
« Ce sont tous mes amis », dit-il.
Après un moment de silence, il poursuit :
« Étant d’humble condition, je sens fortement le lien qui m’unit à la tradition du concile de Trente. Elle se résume en peu de mots : communion parfaite du pape et des évêques avec le clergé et le peuple, service des fidèles, enseignement du catéchisme, œuvres de miséricorde, justice sociale. Je suis reconnaissant aux prêtres selon l’ancien moule, aux curés qui m’ont donné de remarquables exemples de vertu, à mes parents, à mon oncle maternel Zaverio, mon premier éducateur… »
Une fois de plus, le lendemain, samedi 25 mai, Jean XXIII tient à recevoir ses collaborateurs directs […] Il se fait lire, par son secrétaire, le chapitre 48 du livre III de l’Imitation de Jésus-Christ : « De l’éternité bienheureuse et des misères de cette vie. » Rien ne l’inquiète plus.
« Le Seigneur sait que je suis malade, dit-il. La barque n’en continuera pas moins à fendre l’eau. Voilà une preuve que le rocher, invisible mais présent, c’est lui : le Christ… Et ces manifestations, autour d’un pauvre vieillard, ne sont-elles pas des signes des temps ? Au début du siècle, la Rome officielle ignora l’agonie de Léon XIII, et je me souviens que, tout jeune séminariste, tandis que j’allais à pas pressés vers le Vatican pour recueillir des nouvelles du pape malade, j’entendais dans la rue, en traversant les vieux quartiers, certaines expressions irrespectueuses et insolentes… Oh! les temps ont changé en mieux! »
[…]
« Ce lit est un autel », commence Jean XXIII, répétant ce qu’il a déjà dit, huit jours plus tôt, en la fête de l’Ascension. « L’autel veut une victime : me voici prêt. J’offre ma vie pour l’Église, la continuation du concile œcuménique, la paix du monde, l’union des chrétiens. »
« Le secret de mon sacerdoce se trouve dans le crucifix que j’ai voulu placer en face de mon lit. Il me regarde et il me parle. Dans nos longues et fréquentes conversations nocturnes, la pensée de la rédemption du monde m’est apparue plus urgente que jamais. Et alias oves habeo quae non sunt ex haec ovili. J’ai d’autres brebis qui ne sont pas de ce troupeau. »
« Ces bras étendus disent qu’Il est mort pour tous; oui, pour tous : personne n’est rejeté de son amour, de son pardon. »
« Mais c’est particulièrement l’Unum sint [‘’Qu’ils soient un’’] que le Christ a laissé en testament à son Église. La sanctification du clergé et du peuple, la catéchèse des chrétiens, la prédication de l’Évangile au monde entier sont donc le devoir principal du pape et des évêques. »
« J’ai eu la suprême chance, poursuit-il, de naître dans une famille chrétienne, modeste et pauvre, mais vivant dans la crainte de Dieu; et d’être appelé à la prêtrise dès l’enfance : je n’ai pensé à rien d’autre, je n’ai rien désiré d’autre. »
[…]
À cinq heures trente, le dimanche 2 juin, fête de la Pentecôte, le cardinal-secrétaire d’État célèbre la messe. Peu après, don Loris relit au pape l’introït et l’épître du jour. (…) Avant l’aube du lundi de Pentecôte, 3 juin, vers trois heures du matin, Jean XXIII répète à plusieurs reprises : « Seigneur, vous savez que je vous aime! »
[…]
Vers dix-sept heures, une foule immense s’est rassemblée, sur la place Saint-Pierre, où le cardinal Traglia commence à célébrer la messe des malades. Dans la chambre du pape, où Mgr Cavagna, son confesseur, récite les prières des agonisants, parvient l’écho assourdi des répons de la foule, sur la place. Vers dix-neuf heures trente, la messe se termine. Dans la pénombre de la pièce, on entend distinctement l’officiant chanter l’Ite missa est.
Le pape a comme un sursaut. Sa respiration devient un râle à peine perceptible. Il ferme doucement les yeux. Soudain, à dix-neuf heures quarante-cinq, à l’instant précis où s’achève la messe, le léger râle cesse.
Don Louis Capovilla, selon les consigne qu’il a reçues, récite aussitôt, avec tous les assistants, le Te Deum, le Magnificat, puis le De profundis.
Jean XXIII repose dans la paix. » (p. 391-406)
Source : Paul Dreyfus, Jean XXIII, Éditions Fayard, 1979, 486 pages.
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