Cela va sans dire en effet par N.M. 2013-10-02 09:44:05 |
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Bien sûr que "l'héroïcité des vertus n'est pas une condition nécessaire pour jouir de la vie éternelle". A aucun moment je n'ai soutenu cela et nous sommes tous les deux bien d'accord là-dessus.
La seule question qui - me semble-t-il - se pose est la suivante : dans quelle mesure l'Eglise, qui ne peut se prononcer que relativement au Donné Révélé (soit directement, soit indirectement), serait-elle habilitée à se prononcer sur le fait qu'une personne est entrée dans la gloire du ciel, lors même que la vie sur terre de cette même personne n'a pas manifesté extérieurement une conformation (vertueuse) à la Loi évangélique ?
Ce n'est pas là inventer une condition à l'infaillibilité des canonisations. C'est revenir à la nature même de ce qu'est le "pouvoir déclaratif" dans l'Eglise (pour reprendre une expression de Journet).
Est-ce que, pour une personne donnée, la qualité de saint du ciel ressortit directement du Donné Révélé ? Cela peut être le cas (exemple en effet du Bon Larron : le Christ l'a révélé). Mais la qualité de saint du ciel d'un François de Sales ou d'une Jeanne de Chantal (par exemple), ce ne sont pas des vérités révélées.
Ce sont des faits dogmatiques.
Mais pour être des faits dogmatiques attestables par l'Eglise, il faut que leur sainteté ait été manifeste dans leur vie terrestre. Sinon où donc y a-t-il matière à attester une relation entre cette vie et le Donné Révélé ?
L'Eglise n'a pas mission de nous révéler que telle personne est effectivement au ciel. Elle a pour mission de conserver (infailliblement) le Donné Révélé, d'attester (infailliblement) que telle proposition en fait ou non partie, et d'attester également (toujours infailliblement) que telle proposition ou telle réalité factuelle est ou non conforme au Donné Révélé.
Dans le cas d'une canonisation, la réalité factuelle qui est en relation avec le Donné Révélé, c'est la vie terrestre d'une personne.
Sauf à recevoir des lumières particulières sur le jugement particulier dont cette même personne a été l'objet une fois entrée dans l'Eternité. Mais ce jugement particulier individuel n'appartient pas à la Révélation publique laissée en dépôt à l'Eglise. Donc, pour le coup, si l'Eglise se prononçait uniquement là-dessus, elle ne serait plus la conservatrice du dépôt de la Révélation, mais elle produirait une autre révélation (et même autant de révélations que d'élus) - ce qui serait impensable. A moins que l'Eglise ne prononce un jugement prudentiel sur une révélation privée (du type : telle personne est entrée au ciel). Mais une canonisation, ce n'est pas cela.
Evidemment il y a l'exception du type Bon Larron. Mais là précisément, il ne s'agit plus d'un fait dogmatique. Il s'agit d'une vérité qui appartient formellement (et même explicitement) au Donné Révélé. Donc cela n'a rien à voir avec le cas qui nous occupe.
Sous réserve d'un avis meilleur.
Et merci pour votre réponse et vos interventions en général (toujours stimulantes).
Juste une remarque supplémentaire : l'Eglise n'est pas inspirée par l'Esprit-Saint ; l'Eglise est (infailliblement) assistée par l'Esprit-Saint. L'inspiration renvoie à l'idée d'une parole révélante (les prophètes et les apôtres étaient inspirés). La Révélation est close avec les apôtres. La succession apostolique - l'Eglise post-apostolique (pour parler comme Journet) - est non plus révélante, mais conservante ; non plus inspirée, mais assistée.
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