Tout d'abord, il semble que l'abbé Girod va à l'encontre de ce que vous affirmez péremptoirement dans ce fil, à savoir que les canonisations ne sont pas infaillibles :
Si l’infaillibilité d’une canonisation ne constitue pas un article de foi, il s’agit d’une sentence quasi-unanime des théologiens et <strong>bien téméraire serait celui qui la contredirait.</strong>
Je résume ensuite le propos de l'abbé:
- Insuffisance de la procédure
- Retour au collégianisme
- Changement de la notion de sainteté.
Les deux premiers arguments sont complètement inopérants : la procédure est là pour aider à le pape à se prononcer, pas pour trancher. A la rigueur, on pourrait envisager le cas d'une canonisation outrepassant l'avis de la commission, ou même pas de commission du tout. Quant au retour au collégianisme, elle est purement le fruit de l'imagination féconde de l'abbé Gleize interprété par l'abbé Girod:
: le pape laisse aux évêques le soin de <strong>juger immédiatement de la cause des saints </strong>et se réserve seulement le pouvoir de confirmer le jugement des Ordinaires
Comment peut-on, sans manquer de souffle, affirmer une pareille ânerie quand la formule même de canonisation, qui est rappelons le l'un des trois éléments déterminants pour juger de la validité d'un canonisation (les deux autres étant que le sujet de la canonisation a bien le pouvoir de canoniser (donc qu'il est bien pape) et que l'objet est bien un humain, le pape n'ayant pas la possibilité de canoniser son chien), est la suivante:
« En l’honneur de la Très Sainte Trinité, pour l’exaltation de la foi catholique, avec l’autorité de notre Seigneur Jésus Christ, des saints Apôtres Pierre et Paul et la Nôtre, après avoir réfléchi longuement, en invoquant de nombreuses fois l’aide divine et après avoir écouté l’avis de nombreux frères dans l’épiscopat, nous déclarons et définissons Saint le bienheureux Josémaria Escriva de Balaguer et nous l’inscrivons dans le Catalogue des Saints, et nous établissons qu’il soit honoré avec dévotion parmi les saints dans toute l’Église. Au nom du Père, et du Fils, et du Saint-Esprit ».
Mais, que diable, plutôt que d'extrapoler, de supputer, de supposer contre toute vertu de prudence, revenez aux textes, messieurs les abbés! Comment peut-on décemment affirmer que le pape ne décide pas de la canonisation quant lui même, solennellement, affirme "déclarer", et "définir"? Et de surcroît "après avoir réfléchi longuement, invoquant de nombreuses fois l’aide divine et après avoir écouté l’avis de nombreux frères dans l’épiscopat", ce qui devrait en soi balayer d'un revers de manche votre premier argument!
Quant au troisième argument, il est assez intéressant. En effet, il conviendrait de préciser si le changement de notion de la sainteté est un changement de la doctrine catholique en elle même, telle qu'enseignée et devant être crue par tous et partout, ou juste d'une variation de la notion de sainteté de la part du sujet de la canonisation. Si la doctrine a varié, alors la variation provient d'un antipape, et ses successeurs ne sont pas pape tant qu'ils ne renient pas les erreurs de leurs prédécesseurs, l'Eglise ne pouvant ni se tromper, ni nous tromper. Si au contraire on tient que le pape puisse avoir lui même un jugement altéré de la notion de sainteté, il nous faut une preuve tangible pour ça. Or, la seule preuve recevable serait alors la formule de promulgation qui aurait varié. Est-ce le cas? Examinons la formule de canonisation de sainte Bernadette:
« En l'honneur de la Très Sainte et Indivisible Trinité, pour l'exaltation de la foi catholique et pour l'accroissement de la religion chrétienne, par l'autorité de Notre Seigneur Jésus Christ, des bienheureux apôtres Pierre et Paul et la Notre, après une mûre délibération et ayant souvent imploré le secours divin, de l'avis de Nos vénérables frères les cardinaux de la Sainte Église Romaine, les Patriarches, les Archevêques et Évêques, Nous déclarons et définissons Sainte la bienheureuse Marie-Bernard Soubirous et l'inscrivons dans le catalogue des Saints, statuant que sa mémoire sera pieusement célébrée dans l'Église universelle le 16 avril de chaque année, jour de sa naissance au ciel. Au nom du Père, du Fils et du Saint-Esprit».
Aucune variation substantielle.
Messieurs les piédistes, plutôt que de fossoyer la doctrine catholique afin de l'orienter telle qu'elle arrange vos petites affaires, je vous conseille plutôt, soit de faire profil bas, et de reconnaitre par exemple, comme je l'ai déjà entendu, qu'il y a là un mystère, soit de franchir franchement le pas et d'invoquer le défaut d'autorité. Parce que là, c'est assez pitoyable.