Je suis d'accord avec vous mais à mon avis :
1 - une chose est de se prononcer sur l'adéquation d'une vie personnelle avec le donné révélé suffisante à la sainteté
2 - autre chose est de se prononcer sur l'héroïcité des vertus
Or justement il me semble que, compte-tenu des "insuffisances de la nouvelle procédure" (pour reprendre les termes des abbés Girod et Gleize), l'Eglise ne juge plus que du n°1 et non plus correctement du n°2.
D'autre part, vous posez la question suivante :
Sinon, sans cette "manifestation", où serait la relation avec le Donné Révélé ? Dans quelle mesure l'Eglise serait-elle habilitée à intervenir et à se prononcer sur la qualité de membre de l'Eglise triomphante d'une personne considérée ?
L'Eglise tient qu'il y a un paradis dans lequel les saints jouissent de la vision béatifique. Il y a donc nécessairement un lien avec le Donné Révélé dans le fait d'affirmer qu'une personne est sainte. Mais l'Eglise n'a pas besoin de cette "manifestation" dont vous parlez pour se prononcer car l'Eglise est inspirée par l'Esprit Saint. Un peu comme quand l'Eglise s'appuie sur la seule parole de NSJC pour canoniser le bon larron, sans considérer de quelle manière la vie dudit larron était en adéquation avec le Donné Révélé.
Autrement dit, il me semble que vous faites dépendre le jugement de l'Eglise sur le fait dogmatique "telle personne est sainte" du jugement de l'Eglise sur le fait dogmatique "telle personne a mené une vie en adéquation complète avec le Donné Révélé". Il y a bien entendu une relation entre les deux faits dogmatiques, mais il me semble que l'Eglise est qualifiée pour se prononcer indépendamment sur l'un ou sur l'autre. Ce n'est pas complètement "indépendamment", au sens où si l'Eglise prononce la canonisation, elle prononce par là-même qu'il y a eu une adéquation suffisante avec le Donné Révélé, sinon c'est la négation de la doctrine sur le salut éternel comme récompense d'une vie vertueuse. L'Eglise ne pourrait ainsi pas prononcer d'une part un jugement négatif sur l'adéquation de la vie d'une personne au donnée révélé, et d'autre part un jugement positif sur la participation de cette personne à la vision béatifique. Mais qu'est-ce qui l'empêche de se prononcer sur l'un - la vision béatifique -, sans s'intéresser en détail à l'autre ? Ou bien faites-vous vous aussi dépendre l'infaillibilité de l'Eglise en matière de canonisation de la qualité du procès instruisant la cause ?
Cordialement
Meneau
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