L'après-Concile ne s'explique pas que par le Concile des médias. par Scrutator Sapientiæ 2013-02-17 09:12:05 |
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Bonjour et bon dimanche, Chelot.
1. Encore une fois, si Concile des médias il y a eu, il faudra que l'on m'explique pourquoi on ne s'est pas donné les moyens "intra-ecclésiaux", au moment puis en aval du Concile, d'y résister, d'obliger à y résister, ou de permettre d'y résister, davantage, au sein-même de l'Eglise.
2. J'ai conservé le souvenir de sessions de formation, ou plutôt de recyclage, de rééducation intellectuelle des prêtres, qui étaient organisées dans plusieurs diocèses, dans les année 1960 ou 1970, non par les médias audio-visuels, mais par les diocèses eux-mêmes, et qui vantaient les mérites des sciences humaines et sociales contemporaines, à la lumière de Marx et de Freud, au moment même où, à l'Université, quelques enseignants, encore peu nombreux, commençaient à s'affranchir de ces mêmes lumières, les uns pour les dépasser sur leur gauche, les autres pour se recentrer sur leur droite.
3. Or, je ne pense pas que les organisateurs de ces sessions de recyclage aient jamais eu l'extrémité d'une arme à feu, utilisée par les médias contemporains, en contact avec leur tempe, et je ne pense donc pas qu'ils aient été obligés de tenter de rééduquer leur clergé au contact et au moyen de ces lumières là.
4. Et, dans les textes mêmes de Vatican II, on trouve bien plus d'appels à la bienveillance que d'appels à la vigilance, en ce qui concerne les sciences humaines et sociales contemporaines, alors qu'elles sont en partie, non accidentellement mais intentionnellement, une tentative d'affranchissement "scientifique", vis-à-vis de la vision chrétienne de Dieu, de l'homme et du monde, de la nature, de l'histoire, et de la société, si l'on considère l'état d'esprit d'une partie des fondateurs de ces mêmes sciences, au XIX° siècle.
5. Je prendrai un autre exemple, en ce qui concerne la notion de Tradition vivante :
- vous et moi savons bien que la Tradition vivante n'a de sens, dans le cadre d'une solidarité cognitive, culturelle, doctrinale, pastorale, dogmatique, liturgique, entre les générations de catholiques, au sein même de l'Eglise, que si elle est connue et comprise, sinon toujours sous la même forme, du moins toujours par le même fond, en étant reçue par les uns et transmise pour les autres, de la manière la plus fidèle à ses fondements, à son contenu ;
- mais vous et moi savons aussi quel usage a été fait de la notion de Tradition vivante, par bien des évêques qui, que je sache, n'étaient victimes ni de chantages, ni de menaces, mais seulement de séductions et de tentations, provenant notamment de la sphère médiatique (laquelle a parfois "le dos large") et qui ont cru et fait croire que cette notion était synonyme de Tradition changeante et mouvante, au gré des vents du monde, à condition que la voilure du navire ne soit sensible qu'aux vents l'attirant toujours plus vers bâbord.
6. Qu'est-ce qui a empêché les Pères du Concile de mettre en forme davantage d'appels à la vigilance, de mises en garde préventives et protectrices, dans les textes du Concile, contre les séductions et tentations horizontalistes et humanitaristes qui provenaient en partie des médias contemporains non catholiques, mais qui provenaient aussi de certains théologiens contemporains catholiques ?
7. Qu'est-ce qui leur a interdit de le faire, sinon un état d'esprit, collectif et dominant, à tout le moins épiscopal et théologien, selon lequel, dès la tenue du Concile, il ne fallait presque plus rien dire, presque plus rien faire, qui eut été de nature à déplaire aux chrétiens non catholiques, aux croyants non chrétiens, au monde moderne ?
8. Je suis convaincu qu'à l'origine de tout cela il y a, non avant tout ni seulement la soumission des clercs à un Concile des médias, mais une conception biaisée, dévoyée, des relations entre le service dû à la charité et le service dû à la vérité ; en gros, depuis le Concile, mais à partir d'une vision philosophique ou théologique intra-ecclésiale antérieure, on s'est mis en tête et on a mis dans l'esprit des catholiques la vision selon laquelle, par exemple, si on dit à quelqu'un qu'il est dans l'erreur en matière religieuse, on manque de charité à son égard, on a une attitude intransigeante, et non évangélique.
9. Le devoir m'appelle ; je me trompe peut-être, mais pour c'est cela, le fond de toute cette affaire : l'idée, démobilisante et dévitalisante, selon laquelle une certaine forme d'auto-censure diplomatique, pastorale, ou relationnelle, vis-à-vis des non catholiques, est plus authentiquement chrétienne qu'un certain type de profession de foi théologale, qui respecte les personnes dans l'erreur, mais pas les convictions erronées, qui annonce la vérité et qui se bat pour elle, et qui combat et dénonce les erreurs, y compris en matière religieuse.
10. Relisez DH et NA, et vous verrez si cette idée est vraiment absente du Concile des Pères et si elle n'a été présente que dans le Concile des médias.
Bon dimanche et à bientôt.
Scrutator.
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