La nostalgie d'une demi-décennie ne peut fonder un renouveau solide. par Scrutator Sapientiæ 2013-02-14 23:18:22 |
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Bonsoir à tous.
1. Je crois que nous sommes témoins d'un grand moment de nostalgie, exprimée par le Pape Benoît XVI, vis-à-vis du Concile et de son époque, alors qu'il arrive à l'heure des bilans et des regrets, au soir de sa propre vie, au terme d'un demi-siècle et d'un pontificat, et alors que nous sommes encore au milieu du premier quart du XXI° siècle et au commencement du troisième millénaire.
2. Je suis convaincu que la fidélité n'est pas la nostalgie, et que, en l'occurrence, nous sommes en présence d'une fidélité à un Magistère conciliaire qui est "recouverte" ou "subjectivée" par de la nostalgie, vis-à-vis de la demi-décennie qui a été marquée par la préparation puis par le déroulement du Concile.
3. Nous sommes nombreux, vous êtes plusieurs, à remarquer, à juste titre et en substance, ce qui suit.
A. Depuis longtemps, l'on nous parle de la nécessité de faire en sorte qu'à désormais cinquante années, d'approximations ou d'infidélités post-conciliaires, succèdent la prise en compte et la mise en oeuvre du véritable enseignement du Concile, des véritables intentions et intuitions du Concile, et du véritable renouveau conciliaire, dans la continuité, vis-à-vis de la Tradition de l'Eglise.
B. Dans le contexte européen occidental, on est en droit de se demander si ce n'est pas le Concile lui-même qui porte en lui une impossibilité de le prendre pleinement en compte, de le mettre pleinement en oeuvre, en allant à la fois dans le sens du renouveau et dans celui de la continuité, et sans commettre d'approximations ni d'infidélités, que ce soit en matière dogmatique ou en matière liturgique.
C. Vatican II n'est pas réductible à un moment, mais il y a eu un moment Vatican II, quelque part entre 1961 et 1966, un moment d'affranchissement épiscopal et théologique, intellectuel et psychologique, vis-à-vis du Magistère et surtout de la pastorale pontificale immédiatement antérieurs à l'annonce du Concile par Jean XXIII.
D. Je peux comprendre que Benoît XVI exprime et ressente une certaine nostalgie, vis-à-vis de cette époque ; je peux comprendre que cette nostalgie l'amène à idéaliser cette époque, ou à considérer que cette époque a débouché sur la formalisation puis la dissimulation d'un trésor, qui sera enfin fécond, quand il ne sera plus caché aux catholiques, par tel ou tel obstacle ou paravent spirituel, propagé par la sphère médiatique, mais aussi relayé dans l'Eglise elle-même.
E. J'ai déjà un peu plus de mal à comprendre la cohérence entre ce discours et son expérience personnelle des cinquante dernières années ; car enfin, c'est ainsi : depuis l'année 1962-1963, le temps a fait son oeuvre, et plus personne ne peut faire comme si c'était seulement pour des raisons exogènes ou extrinsèques, par rapport au Concile lui-même, que la prise en compte et la mise en oeuvre de Vatican II en sont là où elles en sont, et sont devenues ce qu'elles sont aujourd'hui, le plus souvent, au sein même de l'Eglise catholique.
F. J'ai encore plus de mal à comprendre pourquoi Benoît XVI s'exprime, ou, en tout cas, donne l'impression de s'exprimer, exactement comme s'il était absolument impératif que son successeur, quel qu'il soit, manifeste une fidélité profonde et durable, explicite et manifeste, non seulement vis-à-vis du Concile, mais aussi vis-à-vis d'un certain type de positionnement post-conciliaire, caractérisé par l'approfondissement et l'élargissement d'un certain recentrage, mais sans que ce recentrage débouche pour autant sur des incantations ou des velléités de restauration d'un positionnement ante-conciliaire.
4. Serions-nous en présence du moins négociable de tous les points non négociables ? J'ose espérer que non, et je l'espère pour le bien de l'Eglise :
a) que l'on me cite une seule novation conciliaire qui ait, de jure, la valeur d'un dogme officiel ;
b) que l'on me cite une seule novation conciliaire qui n'ait pas, de facto, la valeur d'un dogme effectif.
5. Il devient urgent et il sera libérateur, et, je le crois, en un sens, reconstructeur, de sortir de cette situation, invraisemblable, pour qui veut bien y réfléchir : une Eglise catholique qui persiste, depuis le sommet de sa hiérarchie, à s'accrocher à un corpus dont la demi-décennie de mise en forme a chronologiquement précédé, et, en tout cas en partie, axiologiquement préparé, plusieurs décennies de mise en oeuvre, qui, encore une fois, dans le contexte européen occidental, sont placées sous le signe du plus dangereux mouvement de décatholicisation interne que l'Eglise catholique ait connu, depuis le début du XVI° siècle.
6. Il me semble que la nostalgie d'une demi-décennie ne peut pas fonder un renouveau solide, durable, profond, fécond, tourné vers le présent REEL et vers l'avenir REEL.
7. Il me semble également que la tendance à la dissimulation ou à la minimisation du fait que l'après-Concile doit une partie non négligeable de sa "déraison d'être", à une partie non négligeable du Concile lui-même, relève en partie de l'aveuglement rétrospectif, plus ou moins conscient et volontaire.
8. C'est vrai que cet attachement démesuré et nostalgique au Concile Vatican II et à toutes les novations qu'il véhicule rappelle de plus en plus l'attachement démesuré à la construction européenne et au couple franco-allemand :
- on sait que ces dispositifs portent en eux des dynamiques de plus en plus problématiques, sur les plans philosophique, économique, démocratique, ou diplomatique ;
- on sait que la construction européenne est synonyme de vassalisation, et non d'indépendance, du continent européen, vis-à-vis du suzerain américain, et que le couple franco-allemand est un ménage asymétrique, depuis la chute du mur de Berlin ;
mais on continue d'y croire, ou de faire semblant d'y croire, et on continue d'exhorter les peuples et les jeunes à y croire, ou à faire semblant d'y croire.
9. Il me semble qu'il crève pourtant les yeux, notamment depuis l'élection de Benoît XVI, que moins l'Eglise catholique, dans sa réalité pensée, priée, vécue, conservée et diffusée, partagée et propagée, est "conciliaire", dans l'acception "gaudium-et-spiste" du terme, et plus on y (re)trouve des hommes et des femmes, des prêtres et des évêques, qui expriment à nouveau leur fierté, non dominatrice ni triomphaliste, et leur joie, ni angéliste, ni iréniste, ni utopiste, d'être et d'agir, en tant que catholiques, pour la gloire de Dieu et le salut du monde.
Merci beaucoup pour toute remarque ou suggestion, au contact de ce texte, non parce qu'il aurait quelque valeur que ce soit, mais parce que, peut-être que plus que d'habitude, j'ai laissé parler mon coeur, au risque de dire des choses qui ne sont pas tout à fait justes.
Je vous souhaite à tous une bonne nuit.
Scrutator.
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