Sur ces différents cas par Signo 2026-04-25 01:22:18 |
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Une chose est de dire qu’une certaine juridiction puisse être confiée à un non-évêque, ce que je ne nie pas, autre chose est de dire que l’épiscopat ne contient pas, en lui-même, une aptitude à exercer la fonction de gouvernement.
Ma première remarque sur les exemples historiques était effectivement mal posée: la véritable question c’est le lien intrinsèque entre consécration épiscopale et fonction de gouvernement.
Analysons tout de même les exemples donnés:
1. La juridiction d’un abbé, en dépit de ce que laisse entendre l’usage liturgique (contestable) des pontificalia, est d’une nature différente de la juridiction épiscopale. Un abbé n’incardine pas de prêtres, n’ordonne pas, normalement ne nomme pas de curé, etc. La juridiction de l’abbé s’étend sur une communauté religieuse et par extension sur les territoires qui lui appartiennent. De fait la puissance de certaines abbayes a conduit historiquement certains abbés à exercer des fonctions d’évêque, mais ce sont là des contingences historiques liées à un contexte précis et non à la nature permanente de la fonction abbatiale.
2. Un administrateur apostolique par définition n’exerce qu’une juridiction temporaire, du fait d’une vacance d’un siège ou de l’absence d’évêque. Il n’exerce pas de juridiction sui generis, permanente, mais une juridiction provisoire, de suppléance. Dans les pays de mission, l’Eglise a toujours pris soin, dès que possible, de constituer un clergé indigène et un épiscopat autochtone. Précisément parce qu’elle avait conscience que l’évêque est nécessaire pour gouverner l’Eglise selon la volonté du Christ.
3. Lorsqu’un évêque délégue tout ou partie de ses fonctions à un vicaire général, c’est toujours l’évêque qui gouverne, par la médiation certes d’un autre, mais cet autre n’aurait aucune juridiction propre s’il ne l’avait reçu par délégation d’un évêque. Mauvais exemple.
Je suis tout de même assez étonné d’avoir ici à rappeler des choses aussi basiques. Au fond, on se demande, en lisant certaines interventions, à quoi sert encore l’évêque. Si on va au bout de cette logique, on pourrait quasiment abolir l’épiscopat diocésain, et le remplacer par des laïcs, ou de simples prêtres pour diriger les diocèses, en recevant une délégation de juridiction directement de Rome. On conserverait une poignée d’évêques auxiliaires volants pour distribuer lors de tournées les sacrements relevant de l’ordre épiscopal, et ce serait tout. Les vaches seraient bien gardées. Pas certain toutefois que l’Eglise y gagnerait en catholicité.
J’invite tous ceux que ce sujet fondamental intéresse (la crise de l’épiscopat est l’un des éléments les plus graves de la crise de l’Eglise) à lire un très intéressant article de Louis Bouyer intitulé L’Evêque dans l’Eglise. Dans cet article, le théologien rappelle ce qu’est l’épiscopat catholique dans sa plénitude traditionnelle, analyse l’histoire des multiples déviations et appauvrissements de la compréhension de cette fonction essentielle de la vie de l’Eglise, et propose des pistes très concrètes de renouveau. Je dispose de la version PDF, je peux l’envoyer à ce qui le demandent.
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