La grande confusion du sacramentalisme par Peregrinus 2026-04-24 15:08:55 |
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Même si certaines formules sont critiquables, l’abbé Pagliarani me semble avoir raison sur le fond de cette question ecclésiologique.
Le sacramentalisme ecclésiologique est devenu l’une des causes doctrinales structurelles du chaos dans l’Église. C’est d’ailleurs si vrai qu’après le Concile, où la distinction des pouvoirs d’ordre et de juridiction avait été passée sous silence au profit de la conception unitaire de la puissance ecclésiastique, l’Église en publiant le nouveau Code de droit canon n’a pas eu d’autre choix que de réintroduire la distinction classique, et même de la conserver comme principe structurant du droit canon, au grand mécontentement des novateurs sacramentalistes à la manière de Mgr Corecco.
L’ecclésiologie postconciliaire tenant cependant en faveur du sacramentalisme, le droit canon a été privé de son enracinement naturel dans la théologie, ce qui pourrait avoir contribué à le dévitaliser.
Il y a des précédents historiques, certes hors de l’unité, mais qui méritent d’être médités : la thèse sacramentaliste est l’un des fondements de l’ecclésiologie des constitutionnels pendant la Révolution française. Pour Charrier de La Roche, évêque intrus de la Seine-Inférieure, notamment, la distinction entre ordre et juridiction est une pure distinction de raison ; la juridiction est reçue par l’imposition des mains avec le caractère épiscopal ou sacerdotal. On retrouve une doctrine comparable chez Le Coz, métropolitain intrus de l’Ille-et-Vilaine, qui estime qu’il n’y a fondamentalement dans l’Église pas d’autres offices que les degrés du sacrement de l’ordre. De telles doctrines tendent invariablement à renverser la hiérarchie, et ce n’est pas un hasard – même si bien sûr il ne s’agit pas d’une cause unique, le schisme et le contexte politique y étant aussi pour beaucoup – si l’Église constitutionnelle a été constamment en proie à l’anarchie. On peut noter d’ailleurs qu’un certain nombre d’ecclésiastiques d’après le Concile, le savant et regretté abbé Plongeron en tête, ne dissimulaient pas leur sympathie pour les Grégoire, Le Coz, Reymond, etc., en qui ils voyaient des précurseurs des réformes de leurs temps.
Quant à la pratique de l’Église ancienne, on ne saurait l’alléguer en faveur du sacramentalisme. L’Église ancienne ignorait les ordinations vagues, c’est pourquoi elle communiquait toujours la mission en même temps que l’ordre, ce qui ne signifie pas pour autant que la distinction entre les deux pouvoirs soit dénuée de toute pertinence. Du reste, l’antiquité chrétienne nous montre elle-même que la juridiction et l’ordre ne se confondent pas. Dès le IIIe siècle – et sans doute dès le temps des Pères apostoliques – le presbytère gouvernait les Églises pendant la vacance, comme l’a fait plus tard le chapitre de la cathédrale qui lui a succédé : or ni le presbytère, ni le chapitre, ne possèdent le pouvoir d’ordre épiscopal. Les translations, les démissions, les coadjuteurs prouvent surabondamment que l’on peut séparer le caractère et la juridiction épiscopale. Lisez Bolgeni (L’Episcopato ossia Della podestà di governare la Chiesa, 1789, partie 1, notamment p. 149-152) et vous verrez que l’argumentation est historique et patristique, et qu’elle est bien loin d’ignorer les premiers siècles de l’Église.
Que depuis le milieu du XIXe siècle un certain ultramontanisme soit allé beaucoup trop loin est une chose : mais le risque est grand, en prétendant le corriger, de manquer de discernement et de tomber dans des erreurs encore plus graves, qui ne feront qu’ajouter la confusion à la confusion.
Dans le contexte actuel il est particulièrement urgent de réaffirmer, contre la tendance systématique de la « nouvelle théologie » à la confusion de ce qui était auparavant clair, les notions classiques et traditionnelles qui distinguent pour mieux unir.
Peregrinus
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