Un père de Chéméré dialogue avec un chrétien copte par Signo 2026-02-13 23:53:16 |
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Entretien assez intéressant entre un religieux de la Fraternité Saint Vincent Ferrier et un prêtre de l’Eglise copte, à visionner ici.
Toujours impressionné de voir à quel point l’Occident chrétien s’est considérablement éloigné de l’ancienne tradition ascétique chrétienne, en particulier concernant le jeûne, dont le sens profond semble avoir été complètement perdu chez nous et se retrouve donc réduit à portion congrue. Alors que la plupart des Églises d’Orient jeûnent une grande partie de l’année, les deux petits jours prescrits dans l’Eglise latine d’aujourd’hui relèvent franchement du ridicule.
Même dans nos milieux prétendument « traditionnels », l’observance n’est absolument pas sérieuse et aucun repère clair n’est enseigné. J’y vois l’expression d’une forme de tiédeur, d’une sécularisation des mentalités jusque dans les milieux très pratiquants, et peut-être aussi une conséquence d’une approche excessivement juridique du jeûne qui a caractérisé déjà depuis plusieurs siècles notre pratique occidentale. Alors qu’une prescription fondée sur la tradition constitue un appel à la fois souple et exigeant, l’approche juridicisante, par sa rigidité, abouti inévitablement à multiplier les dérogations, exceptions, etc, et donc débouche sur une pratique laxiste, et surtout, sur une perte du sens profond et spirituel du jeûne.
Pourtant il me semble que les repères concernant le jeûne donnés par la tradition sont clairs:
- le jeûne consiste à ne rien manger ni boire (sauf l’eau et ses dérivés) durant toute la journée; cela signifie qu’il ne peut être rompu qu’après la fin du jour et que donc l’unique repas ne peut être pris qu’après vêpres; dans le dernier Club des hommes en noir, j’apprends que cette règle, en plus d’être celle prescrite dans la Règle de S. Benoît, est aussi une prescription du concile de Chalcédoine (Ve siècle), mais est sans doute encore plus ancienne; la petite collation supplémentaire dont on parle souvent est un adoucissement que l’on peut tolérer dans certains cas mais qui n’a pas vocation à se systématiser.
- durant le Carême, le jeûne est prescrit tous les jours sauf dimanches et jours de fête; a minima, il faudrait au moins jeûner les mercredi et vendredi, jours identifiés comme particulièrement associés dans la tradition à la Croix et donc à la pénitence;
- l’abstinence de viande est requise durant tout le Carême, fêtes et dimanches compris.
- évidemment, la constante recherche de la pureté du cœur, de l’humilité, de l’amour du prochain, la persévérance dans la prière (liturgique aussi bien que personnelle) et la miséricorde envers les pauvres à travers l’aumône sont indissociables d’un jeûne authentiquement évangélique.
Ce sont ces repères là qui devraient être enseignées dans nos paroisses, chapelles ou prieurés. Les saines pratiques ascétiques, enseignées et authentifiées par l’expérience des siècles, font aussi partie de la Tradition, au même titre que la liturgie traditionnelle qui d’ailleurs y fait référence constamment durant le propre du Carême, à travers les hymnes, les collectes, etc.
Par ailleurs, le jeûne n’est pas qu’une expérience individuelle : certes il relève de l’intériorité et ne doit pas faire l’objet d’une exhibition ostentatoire; mais il est aussi une pratique sociale et communautaire, et donc ecclésiale, à laquelle on se livre en suivant les rythmes de la liturgie, qui est toujours une expérience communautaire.
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