NN.SS. Sheptytsky et Slipij, pas si traditionnels qu'on pourrait le croire par Candidus 2025-10-09 12:06:24 |
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Il est étonnant de voir certains milieux catholiques latins traditionalistes se réclamer de la mémoire du métropolite Andrey Sheptytsky et du cardinal Josyf Slipij comme de modèles de résistance au modernisme. Cette admiration sincère, s’appuie sur la fidélité héroïque à Rome des deux prélats et sur leur défense de la foi dans des circonstances tragiques. Pourtant, elle néglige une dimension essentielle de leur œuvre : tous deux furent des réformateurs profondément engagés dans la délatinisation et la réorientation byzantine de l’Église grecque-catholique ukrainienne (EGCU) — des réformes en nette opposition avec les convictions liturgiques des traditionalistes latins et ukrainiens.
Sous le long épiscopat de Sheptytsky (1901-1944), l’Église ukrainienne a connu un vaste mouvement de purification rituelle : suppression progressive des dévotions et pratiques d’origine latine (rosaires intégrés à la liturgie, bénédictions à la manière romaine, stations de carême, etc.), retour à la structure propre du rite byzantin et restauration de la théologie orientale. Si Mgr Sheptytsky est demeuré attaché à l'usage du slavon dans la liturgie, il a aussi encouragé l'usage de l'ukrainien, voyant dans la langue vernaculaire un moyen de revitaliser la foi populaire. Sa vision d’une Église pleinement orientale, fidèle à sa tradition propre, s’inscrivait déjà à rebours de l’esprit « romanisant » cher au milieu traditionaliste.
Son successeur, le cardinal Josyf Slipij (1944-1984), a continué ce processus avec encore plus de détermination. Exilé à Rome après dix-huit ans de goulag, il a fait de la restauration de l’identité byzantine et ukrainienne de son Église un principe directeur. Dans la diaspora, il a soutenu la traduction intégrale des textes liturgiques en ukrainien et a encouragé leur emploi dans la Divine Liturgie, alors même que certains clercs préféraient le slavon, ce qui a conduit à la disparition complète de son usage liturgique.
Ainsi, présenter Sheptytsky et Slipij comme des figures de la « Tradition » dans un sens latin est une méprise historique. Ces deux prélats ont travaillé à débarrasser leur Église des ornementations latines dans le domaine liturgique et ont promu l'usage du vernaculaire au détriment du slavon (l'équivalent du latin pour nous), ils ont aussi promu une théologie s'éloignant de la matrice scolastique. Là où certains catholiques traditionalistes voient dans le slavon, dans les usages latins, et dans la tradition scolastique un gage d’orthodoxie, Sheptytsky et Slipij y voyaient au contraire une déformation de leur héritage et un obstacle à l’authenticité de leurs traditions. C'est ainsi qu'aujourd'hui, la branche traditionaliste de l'Eglise grecque catholique, la Fraternité Saint Josaphat, soutenue par la FSSPX qui ordonne ses sujets, condamne les réformes mises en oeuvre par ces deux prélats, surtout par Mgr Slipij. Ce serait intéressant qu'un représentant de la Fraternité Saint Josaphat puisse partager avec nous ses vues sur toutes ces questions. Je me prends à rêver d'un retour des Rendez-vous du Forum, qui ne semblent pas avoir survécu au lapin (en tout les cas à ce qui y ressemblait beaucoup), posé par le Cardinal Burke.
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