Abattoir, boucherie, viscères et cuisine. par Rémi 2025-01-26 11:16:53 |
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Ces mots pourraient lapidairement donner une idée de la très dérangeante étrangeté qu'aurait pour nous le cœur des cultes grecs antiques : les sacrifices d'animaux.
"Le sacrifice grec, ce n'est pas une abstraction ! ", rappelle par aimable litote le professeur Pirenne-Delforge dans son remarquable cours au Collège de France, que je vous invite à entendre à partir de 24mn30, le passage est savoureux. A vrai dire le cycle tout entier est passionnant, comme d'ailleurs ses enseignements des autres années et c'est un plaisir constant d'écouter cette dame.
Ajoutez à cela le bruit, c'est à dire les mugissements angoissés et autres cris de terreur, de souffrance (au mieux on étourdit à la masse) et d'agonie des animaux mais aussi la musique et les psalmodies rituelles bien éloignées de notre moderne tonalité proprette mais à la rigueur à rapprocher de certaines expérimentations contemporaines, l'étrangeté des instruments en plus (non les aulos par exemple, il y en a de nombreuses sortes, ne sont pas de doucereuses flutes doubles, mais des instruments à anches avec ce que cela peut impliquer de stridence lorsqu'il s'agit de jouer une musique qui échappe complètement à nos codes. L'ensemble Atrium Musicae avait en 1979 proposé au disque, chez Harmonia Mundi, une tentative de restitution ou de reconstitution de musiques de la Grèce antique qui donne peut-être quelque idée de la chose) .
Et, sous l'heureux soleil méditerranéen, gardons en tête cet aspect, l'odeur. L'encens bien sûr. Et celle des animaux vivants rassemblés, oiseaux et volailles, caprins, ovins et bovins, puis celle du sang des bêtes coulant chaud, l'odeur de leur merde, de leur bile, de leurs tripes fumantes répandues (ah ! Les marbres immaculés des temples magnifiques ... ) , de leurs chairs crues ou en train de cuire ou de leurs entrailles carbonisées, car c'est bien du fumet (forcément ... ) des viandes que se repaissent les dieux, avec une prédilection pour celui des viscères (Héra par exemple se satisfait beaucoup de vésicules biliaires cramées ... ) , entrailles qu'on ne manque pas non plus de bien manipuler et d'examiner à fins d 'augures et de divination.
Le bruit, l'odeur, la mort, le dépeçage, la découpe, les fumées noires et grasses, les mouches, la consommation (littéralement sur place ou à emporter ! ) , tout un spectacle cultuel toujours sanglant et à peu près incessant, public, à l'intérieur des sanctuaires comme sur leurs degrés et qui bien sûr nous est donc, heureusement, devenu complètement et profondément étranger, eh bien l'homme du XXIè siècle il devient fou, a fortiori s'il est citadin.
Bon Dimanche et bon appétit, donc, chers amis liseurs.
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