Si vous lisez mon texte, c'est que vous êtes bien curieux ou ouvert...
La liturgie et singulièrement la messe (les messes !) ont une Histoire, comme la manière dont l'Eglise (singulier pour simplifier...) a voulu corriger les déviances et "éduquer".
Comme si nous naissions programmés pour être des chartreux et des êtres aussi éthérés et lunaires que Blanche de Mortsauf...
Un Dictionnaire du fouet et de la fessée vient de paraître.
Sous-titre : corriger et punir.
Ce qu'on a adoré faire dans l'Eglise et qu'on aime bien faire (moi aussi...).
On apprend par exemple, sous la plume de la grande spécialiste de Versailles, Pascale Mormiche :
À dix ans, Louis XV devait traduire en latin, à titre de punition, la phrase « Quoique le Roi ait souvent promis qu’il modérerait sa colère, elle le domine si fort qu’elle le porte à frapper même ceux qu’il aime ».
J'en aurais été incapable, et aujourd'hui encore sans dictionnaire et grammaire...
Il y a des articles, que l'on peut croire sérieux en raison des auteurs, qui ne sont pas du tout à la gloire du catholicisme, même sans l'aborder avec un regard de 2022.
Le tabassage en règle des enfants en 2022, qui est légion sur terre et donc en France, était pratiqué sans vergogne au nom de la correction fraternelle et de la charité par bien des clercs et des parents... L'Evangile à toutes les sauces. Dans ma rue passe souvent une voisine en déambulateur, qui fut maman à 15 ans, et qui fut confiée à cette congrégation de religieuses dont la presse parle de nos jours. On la traitait d'objet satanique (les mâles ont davantage d'excuses...), on lui serrait la poitrine dans des habits très serrés, on la faisait travailler huit heures par jour sans la payer, le confesseur se faisait très précis, on fabriquait des robots sans aucune miséricorde. Et ces pauvres enfants. Faut-il parler de ces orphelinats et des maisons religieuses accueillant des "filles-mères" en Irlande ? Avec les charniers qui vont avec pour les foetus et les bébés ? Il n'y avait pas les contraceptifs pour ces filles souvent très jeunes et naïves, utilisées par leur maître, le bon bourgeois parisien ou le bon duc...
Les mauvais traitements dans les lieux réguliers sont aussi vieux que le monachisme, mais cela laisse peu de sources aux historiens. La Pénitencerie apostolique révèle à partir du XVe s. les moines qui demandent l'absolution du crime de leur abbé... Aujourd'hui, on demande aux abbés de se démettre...
Les enfants oblats à Cluny ou les pueri dans les chapitres cathédraux ne devaient pas toujours passer des moments salvifiques... Et qui donnerait aujourd'hui son enfant de 7/8 ans à une communauté ? C'est bien la preuve qu'il y a un ethos catholique qui a changé et qui peut changer, jusque dans les rangs les plus conservateurs et réactionnaires.
Dieu sait si je trouve mauvais Le nom de la rose, mais ce film donne une idée de ce qu'étaient parfois et ce que sont aussi de nos jours les communautés monastiques et religieuses. La cohabitation n'a rien à voir avec celle d'une entreprise, car le soir on dort chez soi et on ne vit pas 24 h/24 avec les mêmes personnes. Les maisons de retraite de prêtres n'ont rien de plus "calmes" que les autres, pour ceux qui en ont connus autrement que par une visite tous les ans. Et les couvents de religieuses ! Et les élections de supérieurs généraux (parfois cassées), du pape...
Je ne sais si des prêtres très traditionnalistes conseillent encore la flagellation ou de se jeter dans l'eau glacée pour contrer les tentations de la chair, comme st Colomban le pratiquait. Ce dernier s'adressait à une élite, pas au tout venant auquel j'appartiens. Les peines tarifées...
Quand une archive indique que tel moine fut emprisonné car il était incorrigible et en proie à tous les travers, l'historien critique sait qu'il ne faut jamais croire une telle source. On connaît les personnes brisées par un système et qui n'avait rien d'incorrigible. Et l'Eglise est aussi un système. Je ne l'aurais pas écrit il y a quelques années, mais la curie romaine d'hier et d'aujourd'hui, les visites apostoliques à géométrie variable, le vicaire général de Vannes qui détourne des centaines de milliers d'euros pour coucher (et qui est encore prêtre je crois !), les pères Philippe, Maciel et Six qui ont pu grenouiller toute leur vie de prédateur tout en ayant Marie ou le progrès à la bouche, les bisous mystiques de Georges de Nantes, les prêtres qui se suicident (certains évêques pourraient reprendre l'expression de Chirac), les exfiltrations d'évêque auxiliaire...
Je pense à la grosse torgnole envoyée par un père dans une église traditionnelle à une gamine qui regardait derrière elle durant le Canon. Et le desservant lui a donné raison quand je lui en ai parlé. Mes enfants, in pectore, ont parfaitement fait le rapport entre ce mode d'éducation et le moment sacré entre tous. Ils n'ont pas jugé cette gamine mauvaise, mais le père, aux cheveux courts d'ailleurs.
Avant le concile, j'ai dix histoires de curés en tête, uniquement dans les villages autour du mien, de curés humiliant un enfant ou une femme, en pleine messe.
Vers 1910, une gamine est allée durant la semaine sainte à pieds (10 km) au bourg voisin avec sa mère pour avoir une belle paire de chaussures pour Pâques, pour remplacer les sabots. Le dimanche, le curé exige que la gamine se mette à genoux dans la nef, devant tout le monde, avec la mère, car elles ont manqué un office de la semaine sainte. Le curé avait refusé de donner l'absolution aux deux. Personne n'a moufeté. Cette dame, qui mourut à presque cent ans, me l'a dit. Elle n'a plus jamais remis les pieds à l'église, ni ses parents, pourtant émigrés italiens. L'humiliation avait été trop forte pour ses parents parlant mal le Français et cela n'avait rien d'évangélique.
Un psy pourra dire que certaines macérations pouvaient relever autant du masochisme (le mal qui fait du bien) que de l'expiation douloureuse à des fins supérieures... Ne pas se laver pour faire plaisir à Dieu... Et l'hygiène a aussi une histoire. Je ne fais pas dans l'anachronisme. Pourquoi donc les cisterciens ont-ils demandé dès le début des veilleuses dans leurs dortoirs ? Hein ? Certains convers étaient fatigués de leur journée, mais pas tous les moines de choeur... Les descriptions du sexe de la femme comme cloaque et comme trou par lequel sortent des serpents et des crapeaux, côtoient des hymnes à la pureté virginale de Marie... Pas très glorieux et je ne crois pas qu'on puisse encore lire en 2022, autrement qu'en historien, la première catégorie. Et que je sache, on n'a jamais vu de serpent sortir d'un sexe féminin. Ces moines devaient être mis en garde. Il faut lire aussi les peines tarifées du monachisme irlandais exporté en Europe ! Ceux qui font Compostelle par tranches chaque année et avec des chaussures sont très en-deça du minimum minimorum.
Je sors encore pour le plaisir tel prêtre professeur d'une école d'une capitale africaine il y a dix ans. Il tabasse à mort une enfant (qu'avait-il pu lui faire auparavant ?). L'école catholique l'aurait gardé si les financeurs français ne s'y étaient pas opposés. La justice, comme nous vingt ans auparavant en France, ne s'en est pas mêlée. Les parents ont été dédommagés par des animaux et des céréales.
XA nous demandait de citer des tabous dans notre religion il y a quelque temps. C'était une excellente idée.
L'homosexualité active et même consentante en milieu masculin en est un, de toute évidence. A Rome et ailleurs, sans avoir besoin du militant Martel.
Je fréquente les monastères, je les étudie et je lis les moines de toutes les époques (pour éviter que des aveugles apologètes me taxent de protestants).
Le B.A.-BA est de se savoir membre d'une Eglise sainte, mais faite de pécheurs.
Diderot n'a pas écrit que des bêtises dans sa religieuse. Et il suffirait de lire un peu les romans des XVIIIe-XXe s., les historiens des religieuses comme Dominique Dinet. Ces huis clos laissent peu de sources, mais nous pouvons connaître ces lieux aujourd'hui qui laissent malgré tout passer quelques échos qui n'ont rien d'angéliques. Pourquoi Kergonan et St-Benoît, pour ne parler que d'eux, peinent tant à s'accorder sur un abbé ?! Et pourquoi le dernier abbé de Kergonan, débarqué mais redevenu supérieur d'une communauté, donne des leçons de mamours actuellement à François dans Famille chrétienne au lieu de se taire ?!
Je ne vise pas que le clergé, mais tous ceux qui ont été et sont catholiques.
Quand on lit "les Amitiés particulières" de Peyrefitte, on sait que, même s'il s'agit d'un roman, cela fut très largement vécu par lui dans sa jeunesse. Les chantages de prêtres enseignants avec des enfants confiés par de bonnes familles, les confessions dans les bureaux ou chambres de prêtres (un comble bien anté-conciliaire !), les milieux clos asséchants, les brimades entre enfants qui savaient pourtant servir la messe à la perfection...
Jean-Paul II avait une belle expression pour parler de l'Eglise comme experte en humanité. Celle-ci est d'abord noire, avant d'être lumineuse ou hypocrite dans nos rangs... J'ai toujours refusé de donner la communion malgré de multiples pressions de prêtres, car je sais que je suis un pauvre type à tous égards et que mes mains n'ont pas été marquées par un évêque. A chaque fois que je vois des laïcs le faire, même avec l'autorisation d'un prêtre impeccable, je me dis que la Présence réelle est très loin. J'ai sans doute tort... Je vais aller me fouetter en récitant un livre de saint Madiran.
