Principe de non-contradiction par Gaius 2021-02-13 14:51:36 |
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Le principe de non-contradiction est fréquemment invoqué pour juger de ce que l'Eglise aurait le droit ou non d'enseigner voire en déduire d'étranges conséquences sur des sièges vacants ou des papes éclipsés. J’ai été (horresco referens) l'un de ces jeunes impertinents qui perturbaient les catéchèses modernistes à coups de « Quanta cura vs Dignitatis Humanae » et concluaient péremptoires que « L’Eglise ne peut se contredire ». Certains futurs « una cum Paulo » de ma connaissance martelaient alors que toute la crise de l'Eglise se résumait au fait que les progressistes ne voulaient admettre que « 2+ 2 = 4» en théologie également. Quand on voit la para-église d’opérette où les a conduits leur logique implacable ainsi que les prophéties extravagantes auxquelles ils se cramponnent contre toute évidence, l’on ne peut que conclure que décidément Dieu a bien de l’humour.
Car Dieu semble se rire de notre logique étriquée. Il se révèle à nous par quatre récits qui, tout en ayant « Dieu pour auteur » se révèlent sur bien des points difficilement conciliables entre eux, en tous cas pour qui s'en tient à une vision absolue du principe de non-contradiction. Que l'on songe parmi tant d'autres à la généalogie du Christ (Mt 1, 1-17 vs Lc 3 23-38), au récit de la dernière Cène (synoptiques vs Jn 13 à 17), à la mort de Judas (Mt 27, 5 vs Ac 1, 18) ou au comportement des Larrons (Mt 27, 38 et 44 et Mc 15, 27 et 32 vs Lc 23, 39-43; des sites entiers sont consacrés à ces « contradictions »). Beaucoup ont sué sang et eau pour tenter de les surmonter, au prix de contorsions parfois étonnantes (comme celle de Judas qui, après s'être pendu, tombe la tête en avant). Les exégètes catholiques contemporains admettent ces divergences et y voient non seulement un indice d'authenticité (les évangélistes ne se sont pas "copiés" les uns les autres) mais aussi le signe d’une réalité spirituelle qui dépasse infiniment notre pauvre entendement. « Chacun à sa manière propre voulaient non pas tant raconter des histoires qu'écrire une histoire, une histoire réelle qui a eu lieu, certainement une histoire interprétée et comprise selon la parole de Dieu ». (Benoit XVI).
Quoi d'étonnant d'ailleurs que Dieu se manifeste par des signes apparemment contradictoires. Dès le premier jour il fait jaillir la lumière, à la fois onde et corpuscule. Il crée les particules dont la physique actuelle nous apprend que chacune pourrait être localisée en plusieurs endroits simultanément et changer de comportement lorsqu'on l'observe (pour les intéressés, voir l'expérience fascinante de la double fente de Young/Feynman, qui ne serait plus une simple expérience de pensée mais aurait été matérialisée récemment ; je ne prétends à aucune compétence scientifique, me contentant de ce que des vulgarisateurs compétents mettent à notre disposition). Les théories physiques ne sont pas la réalité; uniquement des modèles destinés à expliquer et prédire les phénomènes observables et qui évoluent sans cesse. Toujours est-il que notre connaissance de l'univers créé par Dieu s'accommode de moins à moins de la logique élémentaire à laquelle certains voudraient réduire la théologie.
Une devinette pour terminer: Considéréré comme contraire à l'Evangile, j'ai été condamné par plusieurs conciles et par de nombreux papes durant au-moins 15 siècles. Soutenir ma légitimité a même été jugé hérétique par un pape du XIVe. Autorisé par les révolutionnaires dès 1789, j'entre peu à peu dans les moeurs mais je suis encore un péché à la fin du XIXe. Je suis aujourd'hui autorisé voire encouragé par l'Eglise dans de justes limites et pratiqué quotidiennement par de nombreux catholiques. Je ne suis par la liberté religieuse. Quis sum?
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