"La Classe du Concile" par Candidus 2018-11-19 15:08:37 |
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Un article éclairant, mais combien déprimant, est paru dans le National Catholic Register, l'équivalent américain de feu Témoignage Chrétien. Il traite de 70 séminaristes provenant de plusieurs diocèses américains qui furent envoyés à Rome, au North American College, quelques jours avant l'ouverture du Concile, pour suivre les cours de théologie de l'Université Pontificale Grégorienne. Durant toute la durée du Concile, ces séminaristes jouissaient du privilège de pouvoir assister aux séances conciliaires.
52 ans après leur ordination en 1966, les 20 survivants de ce groupe, encore en assez bonne santé pour le faire, se sont réunis à Chicago durant 4 jours. Ils se désignent eux-même comme "la Classe du Concile".
Quelques chiffres tout d'abord :
Sur les 70 séminaristes partis à Rome en 1962, 55 ont été ordonnés.
Sur les 55 ordonnés, 31 n'ont pas persévéré, soit ils ont défroqué, soit ils ont été réduits à l'état laïc. Plus de la moitié de "la Classe du Concile" donc !
Quel était leur état d'esprit en 1962 et quel est-il aujourd'hui ?
En 1962, ils espéraient que le célibat ecclésiastique serait aboli et que la contraception serait autorisée. Grande déception pour eux.
Et aujourd'hui ? Le ton est donné par le sujet de plaisanterie qui a égayé ces journées de retrouvailles :
"Un article partagé par Joe Reid au sujet de la vieille notion théologique selon laquelle un "changement ontologique" se réalise par l'ordination sacerdotale, est devenu un sujet constant de plaisanteries durant les quatre jours passés ensemble. La Classe n'a jamais gobé cette notion, ils en ont bien ri, et ont pris plaisir à la démolir."
Un sentiment fait l'unanimité de ces vétérans du Concile : la reconnaissance envers le Pape François :
"Quand François est arrivé, ce fut comme un retour à 1966. C'était comme la sortie d'un long tunnel obscur... une brise de vent frais [...] A la fin du pontificat de Jean-Paul II et aussi durant celui de Benoît, nous avons formé un cercle de chariots [allusion aux indiens et aux cow-boys durant la conquête de l'Ouest] afin de nous protéger. Nous étions contre le Monde. On a vu dès son élection que François avait une manière totalement différente de considérer la réalité."
L'ombre d'un regret apparaît cependant, mais vite tempéré : "La seule chose que [François] ne comprend pas encore, c'est la place de la femme dans l'Eglise", mais "on reste pleins d'espoir".
Ce que ne nous dit pas cet article, évidemment, c'est comment ces prêtres et ex-prêtres gèrent le contraste entre le choix initial de vouer leur vie à la transcendance et ce qu'ils sont devenus : des hommes empêtrés dans l'immanence du monde moderne. La dichotomie est telle que l'on se demande comment ils peuvent se convaincre d'avoir réussi leur vie.
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