Mon point de vue personnel par Nemo 2016-05-23 16:10:05 |
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Cette discussion m'ayant paru au début un peu surréaliste, je me suis abstenu d'intervenir tout en lisant avec un amusement certain.
Maintenant que c'est un peu décanté, voici quelques opinions et parfois affirmations.
La musique d'église est une chose trop sérieuse pour qu'elle ait été confiée à des amateurs : elle est partie intégrante de la liturgie.
Le chant ecclesiastique est donc affaire d'ecclésiastiques. Le chant est confié à des diacres et à des chantres. Du reste le pontifical romain s'achève par l'ordination (et la dégradation) des chantres (des hommes évidemment) :
Vide, ut quod ore cantas, corde credas, et quod corde credis, operibus comprobes.
Quia quod ore cantasti, corde non credidisti, nec opere implevisti; ideo cantandi officium in Ecclesia Dei a te amovemus.
Comme des situations variées ont parfois rendu difficile de fournir ces chantres, des indults ont vite permis à des laïcs ou à des femmes (parfois les deux) de se substituer en partie aux chantres, de même qu'on a permis à ces laïcs de se revêtir d'un surplis pour remplacer les acolytes à la messe, ou à des femmes de répondre au prêtre en l'absence du servant.
On appelle bien ces moniales chantres dans les couvents, elle régissent le choeur, elles entonnent, mais elles ne sont pas ordonnées pour autant et ne pourraient paraître dans un choeur masculin.
Du reste on doit se garder de mélanger hommes et femmes dans les choeurs liturgiques (si faire se peut) pour des raisons tant esthétiques que liturgiques.
L'exemple de Notre-Dame est particulièrement pathétique.
Le démantèlement de la maîtrise que dirigeait Monsieur Revert a été particulièrement choquant. Les chantres professionnels ont été également congédiés quand on a supprimé l'office canonial, mettant fin à une tradition multi-séculaire déjà bien affaiblie.
La maîtrise portait l'aube plissée sur la soutane, privilège des églises de France. Aujourd'hui est apparue une tenue sans forme, sans aucune référence à la tradition liturgique, d'une couleur à faire vomir tout fidèle à qui il reste un peu de goût.
La réanimatrice liturgique chante dans un micro. On n'utilisait pas de micro à Notre-Dame. Cette voie d'un méchant timbre dominant la foule est intolérable. Et en effet elle n'a même pas l'excuse de conduire la foule. On ne doit jamais chanter dans un micro, jamais.
En ce qui concerne l'orgue, éternel débat. Nous avons nos traditions à Notre-Dame. Elles dérivent des grandes alternances baroques. Le grand orgue n'accompagnait pas mais dominait. L'accompagnement se fait à l'orgue de choeur, et c'est une nouveauté du 19ème siècle. Notre-Dame n'a jamais eu l'ambition dans le kyriale de faire de l'accent tonique. Nous n'avons jamais eu l'ambition de revenir à l'époque de Saint Grégoire qui n'est qu'un court moment dans l'histoire de l'Eglise. Nous préférons sans doute ce qui est lourd, raide et solennel au grégorien chichiteux de certaines scholas qui ont bien failli tuer définitivement nos traditions chorales au début du siècle dernier.
Pour faire simple, toutes les paroisses, rurales en particulier, chantaient le plain-chant sur des antiphonaires issus peut-être de l'édition médicéenne pour la messe, les vêpres et les matines des grandes fêtes jusqu'à ce que les moqueries et le perfectionisme monopolistique de Solesmes fassent disparaître tous les chantres. Chantres qui étaient la plupart du temps maîtres d'école (on apprenait le plain-chant à l'école normale). On sait ce qui est advenu depuis, quelques puristes hautains qui n'ont jamais pu ni su s'imposer et des lutrins désertés partout pour ne jamais renaître.
Je ne répéterai jamais assez combien les spécialistes de l'ictus ont failli à jamais me dégoûter du plain-chant quand j'étais plus jeune. Si l'on devait empêcher de chanter ceux qui ne tiennent pas compte de l'accent tonique, il faudrait déjà fermer la plupart des monastères de l'ordre bénédictin, Solesmes en premier dont la psalmodie est totalement plate.
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