Le chant liturgique par les femmes par Balbula 2016-05-17 07:07:49 |
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Ce n'est ni une nouveauté ni une incongruité que le chant d'église soit exécuté par des femmes. Saint Augustin rapporte avoir été fort ému d'entendre, avant sa conversion, le chant ambrosien alterné par les hommes et les femmes. Au Moyen-Age, les monastères de femmes étaient encore plus nombreux que ceux d'hommes et on y chantait tout autant. Les mélodies de sainte Hildegarde, les écrits de sainte Gertrude et de tant d'autres ne laissent aucun doute là-dessus.
Quant je faisais mes recherches de doctorat sur le chant post-grégorien, j'avais lu dans une source sérieuse (il me semble que c'étaient des archives ou des ouvrages du début du XXe siècle, mais malheureusement, comme ce n'était pas le sujet de ma recherche, je n'ai pas gardé les références en note) que c'était Dom Pothier qui avait été chargé par saint Pie X de rédiger le Motu proprio « Tra le sollecitudini ». Peu au fait de ce qui se passait ailleurs, ce moine avait écrit cette remarque au sujet du chant des femmes en fonction des souhaits de réforme de son monastère de Solesmes. Au lendemain de la parution du Motu proprio, les bureaux du Vatican furent inondés de courrier provenant des maisons religieuses féminines demandant avec stupeur ce qu'elles devaient comprendre de cet entrefilet : « les femmes étant incapables de cet office ne peuvent être admises à faire partie du chœur ou de la maîtrise ». Pour quelle raison obscure devenaient-elles tout à coup incapables de chanter la messe et devaient-elles cesser de chanter le propre (et le commun bien sûr, car à vous lire, on se demande si vous le considérez aussi comme l'apanage des hommes et des chantres) alors qu'elles l'avaient toujours fait ? Le Pape aurait alors reconnu la bourde écrite par Dom Pothier et aurait rectifié en disant aux Supérieures de continuer à chanter le propre de la messe, mais sans amender le Motu Proprio.
Le Pape était un peu mal placé, car les moines de Solesmes avaient pris une grande influence dans la réforme du chant liturgique et ce Motu proprio était un pavé dans la mare de bien des musiciens d'église de l'époque, autant pour ceux qui avaient adopté des coutumes mondaines, que pour les anciens chantres attachés au plain-chant, que pour des savants musicologues qui n'arrivaient pas aux mêmes conclusions que les moines de Solesmes dans leurs études sur les mêmes manuscrits. Il faut bien noter que saint Pie X avait demandé à tous de continuer leurs recherches et que la première édition vaticane, publiée à la va-vite parce qu'on désirait mettre en place une certaine réforme, n'était pas considérée comme définitive.
Par la suite, Pie XII a précisé, dans l'Encyclique « Musicae Sacrae Disciplina » : « Là où il n'est pas possible d'avoir de Scholae cantorum ni de réunir un nombre convenable de petits chanteurs, on concédera qu'un groupe d'hommes et de femmes ou jeunes filles, placé en dehors du chœur dans un endroit réservé à cette fonction seulement, puisse chanter les textes liturgiques de la messe solennelle, pourvu que les hommes soient tout à fait séparés des femmes et jeunes filles et qu'on évite tout inconvénient ; la conscience des Ordinaires étant engagée sur ce point ». C'était en 1955. Ce qui se faisait couramment à l'époque (séparer les hommes des femmes dans l'église) est devenu totalement incongru dans les conditions où la messe est maintenant célébrée. Et je pense que la conscience des Ordinaires a eu bien d'autres chats à fouetter depuis ...
Pour ma part, je préfère entendre un chœur entraîné chanter la messe, qu'il soit formé d'hommes, de femmes ou des deux. Malheureusement, j'ai remarqué assez souvent que les chœurs d'hommes étaient moins assidus à répéter ensemble et qu'ils ne se gênaient pas de chanter la messe sans préparation. Certains défauts de voix sont également plus fréquents chez les hommes non formés (syllabes hachées, « h » devant chaque voyelle, respiration bruyante, intonations douteuses, ports-de voix, chant « chacun pour soi », différences de tempo, etc.). Comme il est difficile (voire impossible) pour une femme de pouvoir chanter le grégorien dans les milieux tradis bornés par des gens comme vous, celles qui osent le faire sont en général compétentes.
Balbula, très fière des félicitations que l'abbé Berg a prodigué ce dimanche au chœur qu'elle dirige, formé d'hommes et de femmes. Il a dit que si nous étions la plus petite paroisse de la FSSP en Amérique du Nord, nous étions une des meilleures pour la musique et le service d'autel.
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