À propos du Cardinal Dechamps par Vianney 2016-01-22 16:03:43 |
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La bibliothèque Saint Libère a publié, à côté d’autres ouvrages de l’auteur, une biographie parue peu de temps après sa mort, mais je n’ai pas encore eu l’occasion d’en prendre connaissance.
Pour ce que j’en sais, le Cardinal Victor Dechamps venait de loin. Né dans une famille catholique flamande, ses parents lui avaient néanmoins choisi pour parrain un oncle, Isidore Plaisant, qui était libre-penseur, franc-maçon et même futur grand-maître de la franc-maçonnerie à Bruxelles (R.P. Becqué, Le cardinal Dechamps, t. I, p. 32) ! C’est même à ce personnage peu recommandable qu’ils avaient confié Victor et son frère aîné Adolphe pour leur apprendre le droit : si j’ai bien compris, ces partisans de l’indépendance reprochaient aux universités belges leur trop grande soumission au régime hollandais alors en vigueur en Belgique.
Comme c’était à prévoir, le résultat fut pour le moins mitigé. Si nos deux étudiants en droit demeureront toujours des catholiques de cœur, ils se laissèrent un moment entraîner, à la suite de leur oncle, dans les pièges de la révolution belge, celle “qu’on a l’audace de nommer catholique” suivant le mot très juste du pape Grégoire XVI, qui lui reprochait notamment d’avoir placé à sa tête un franc-maçon, Louis De Potter, “qui non seulement ne veut pas du christianisme, mais qui a imprimé qu’il ne devait plus y avoir d’autre mariage dans le monde qu’une union passagère entre l’homme et la femme.” (cité par Aloïs Simon, Rencontres menaisiennes en Belgique, Bruxelles 1963, pp. 131-132.)
Complètement aveuglés, les frères Dechamps penchent même un moment du côté des républicains, tout comme l’initié De Potter, celui que Grégoire XVI avait si bien percé à jour. À tout prendre, si vraiment il faut un roi, leur horreur typiquement libérale de toute apparence de protection les poussent à écarter la candidature du comte Félix de Mérode parce qu’il passe pour catholique¹.
Avec un pareil curriculum vitæ, je ne vous surprendrai pas en vous signalant que nos deux écervelés – et des deux, c’est le futur Cardinal qui était (et restera) la tête pensante – avaient également des idées très libérales au sujet des relations entre l’Église et l’État, au point de se demander si la royauté temporelle de l’Église n’était pas devenue inutile et même nuisible. Quarante ans plus tard, l’évêque qui aidera à constituer les zouaves belges et provoquera des manifestations en faveur du pouvoir temporel spolié ne signera plus du tout pareille théorie : “lorsqu’on demandait au cardinal Dechamps dans quels journaux il avait écrit en 1830, il ne parvenait jamais à retrouver leur nom” (P. de Moreau, Adolphe Dechamps, p. 42).
Comment le futur infaillibiliste trouva-t-il en quelque sorte son chemin de Damas, c’est largement le secret de Dieu. Ce que l’on sait, c’est qu’il eut une vraie vocation, devint Rédemptoriste, et même un prêtre fort pieux et mortifié, qui eut la grâce de convertir son oncle maçon à l’article de la mort : dans une lettre écrite à cette occasion, il invitait même l’initié De Potter à faire de même !...
V.
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(¹) Alors que, dans un article très documenté de la revue Didasco (n° 36, p. 24), P.M. Bourguignon signale que de Mérode était franc-maçon lui aussi, précisant même qu’il fut reçu avec le “frère” Charles Rogier dans une loge de la rue du Pont Neuf (Bruxelles) que venaient de fonder le “frère” Vandermeere et... l’oncle Isidore Plaisant !
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