Et vous le faites tout-à-fait à propos quand vous dites:
Ensuite, effectivement, très peu de personnes ont bien compris les enjeux de la réforme liturgique. Cela n'a rien d'étonnant tellement les milieux catholiques sont sans cesse influencés par l'esprit du monde, qui déforme tout et embrouille tout! C'est d'ailleurs l'avis que donne également le P. Bouyer dans ses Mémoires.
Vous les avez donc lues, ces Mémoires. C'est capital ; d'ailleurs Monsignore Wadsworth, le patron de
l'International Commission for English in the Liturgy nouvelle mouture (lui-même dit et la messe et le bréviaire non-réformés, ce qui en dit long) m'a confié qu'il estimait que ces
Mémoires constituent l'un des trois piliers de la réforme de la réforme, les deux autres étant les Mémoires de Mgr Bugnini et celles de Mgr Antonelli.
En effet, Bouyer y porte un jugement très négatif, voire cinglant sur les abus et les dérives liturgiques des années 1960-70. Il faut également lire de lui “L’Église catholique en crise,”
Commentaire 1 (printemps 1978), pp. 17-26,
La Décomposition du catholicisme (paru en 1968 de mémoire) et
Religieux et clercs contre Dieu (paru en 1975/76 me semble-t-il). Mais laissons-là ses critiques des abus non autorisés : beaucoup ici sont d'accord avec vous (moi moins) là-dessus.
Vous aurez donc aussi lu les critiques qu'il avait du texte
latin promulgué, en bonne due forme, et ce par l'
autorité suprême ? Je vous rappelle le mot qui blesse: "l'avorton que nous produisîmes." Je vous renvoie aux
Mémoires pour vous rafraîchir la vôtre.
Mais il est une autre analyse de la crise dans l'Église du même P. Bouyer qui, peut-être, comblera une lacune dans votre perspective ; c'est dans l'article paru dans le premier numéro de Commentaire (et dont il était tout content de l'avoir fait paraître). S'il y a moyen de nous mettre en rapport je puis vous en envoyer une copie électronique. Il explique la "crise lefebvriste" et le fait très bien. Pour lui, ce qui explique la crise où nous sommes tant en liturgie qu'en d'autres domaines, c'est cet ultramontanisme exacerbé que l'on décèle dans votre argumentaire, et que je résumerai ainsi:
Une liturgie est bonne dans la mesure où le Magistère la déclare telle.Si vous prenez la ligne que je viens de taper pour une évidence, lisez l'article en question. Il vous donnera des pistes de réflexion que vous ne soupçonniez peut-être pas.
Mais comme vous avez les
Mémoires sous le coude, relisez un peu ce qu'y dit le P. Bouyer, à la suite de s. Grégoire de Nazianze et de . . . Josef Ratzinger, sur les Conciles œcuméniques. À mon sens, c'est à cela que l'on peut réduire aussi le rôle du Magistère en matière de liturgie : le mieux que l'on puisse attendre de lui, c'est qu'il n'agréera pas une messe formellement hérétique. À part cela, c'est la tradition, la coutume qui devrait servir de guide.
Bonne semaine cher Signo, votre persistance et votre candeur vous ont recommandé à notre estime à tous; ne nous quittez pas !
…et bonne(s) lecture(s).
-Eucher.