Les évolutions de la Communauté Saint-Martin par Nemo 2015-05-01 20:56:49 |
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Comme je l'ai déjà dit à plusieurs reprises, je dois une bonne partie de ma formation et de mon goût pour la liturgie à la Communauté Saint-Martin et à l'abbé Guérin qui fut par la suite Monseigneur.
Je ne suis pas le seul sur ce forum à avoir participé aux fameuses messes d'étudiants de la rue Notre-Dame des Champs où les garçons étaient côté évangile tandis que les demoiselles étaient côté épître.
Tous les mercredis soirs nous chantions les vêpres puis la messe (ad orientem), et certains terminaient avec "Monsieur l'Abbé" autour d'une pizza. La messe était tout en latin, jamais concélébrée, j'y ai souvent porté les chapes ou dalmatiques exposées actuellement au trésor de la cathédrale Notre-Dame de Paris, que le chanoine Calle nous confiait.
Nous étions aussi reçus chez Madame Guérin, rue de l'Aqueduc.
Ce qui me donne une certaine intimité avec les premiers prêtres de la CSM.
Je ne pense pas que le choix de l'abbé ait été une question de pile ou face mais plutôt un choix cruel. On disait que l'abbé avait célébré d'autres rites que le romain pour échapper au nouveau rite (Congrès de l'Office en particulier) mais j'étais trop jeune pour avoir assisté.
Pour ce qui est des chasubles violons (pour faire plaisir à Signo, moi aussi j'en ai assez de voir l'ostracisme de certains tradis envers les belles chasubles gothique et leur amour pour de médiocres violons) l'abbé possédait une sublime collection de chasubles très anciennes. Il célébrait principalement en violon. C'est lui qui m'a appris à déterminer l'époque d'un ornement, à apprécier sa qualité (et donc à mépriser les productions étriquées si prisées par certains tradis). L'abbé était un grand esthète.
L'abbé avait des difficultés avec l'Oeuvre d'Orient et l'archevêché voyait d'un mauvais oeil son apostolat auprès des jeunes. S'il voulait rester visible, il devait adopter le nouveau rite, ce qu'il fit, mais en conservant tout ce qui pouvait l'être de l'ancien. Je suis allé plusieurs fois à Voltri quand l'abbé a émigré. Il n'y avait ni français ni concélébration et jamais l'abbé ne fut en civil.
L'abbé était très proche de Solesmes, des Servantes des Pauvres de la rue La Fayette. Le remplaçait souvent le père Pochet qui était aussi à Port-Marly. Il y eut aussi des offices à Saint-Eugène. L'abbé ayant renoncé à la messe traditionnelle, je pense qu'il a utilisé la méthode Coué pour se convaincre que tout autre choix était impossible.
Puis les mouvements liés à Monseigneur Ducaud-Bourget et la Salle Wagram ont fini par être connus. Ils ont attiré plusieurs personnes dont je faisais partie. L'abbé a fortement condamné ce qui pouvait lui faire perdre de son emprise. A ce moment j'ai fait mon choix, j'ai fini par comprendre que la messe en latin recouverte des oripaux de l'ancien rite était un pis aller et je me suis éloigné de la CSM.
La CSM ainsi que l'abbé a bien pris garde également de s'éloigner du mouvement traditionnaliste pour garder sa spécificité. Un de mes amis maintenant prêtre y serait bien rentré mais l'abbé lui avait dit qu'en aucun cas ses prêtres n'auraient l'option de célébrer la messe traditionnelle : il a préféré rentrer dans le séminaire de son diocèse, puis le séminaire français de Rome. Il célèbre maintenant régulièrement l'ancien rite.
Aux dernières nouvelles, il y aurait aujourd'hui deux tendances dans la CSM, celle historique qui était représentée par Mgr Jean-Marie Le Gall, très opposée à l'ancienne messe, et une autre tendance plutôt ouverte au bi-ritualisme.
Toujours est-il que la CSM entre le moment où je l'ai connue étant étudiant, à sa création, a beaucoup évolué. En effet il n'y avait pas un mot de français dans nos offices qui étaient toujours dos au peuple, les premiers séminaristes étaient toujours en soutane. Force est de constater que maintenant beaucoup de clercs de la CSM ne se distinguent guère de leurs confrères diocésains.
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