Narcisse, solitude infernale. Les noces divines sont autres ! par Glycéra 2013-11-13 15:22:37 |
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Je ne me retrouve dans les mots "l'Epoux du moi"
Je rebondis sur Narcisse et les noces intérieures.
A l'opposé, l'un de l'autre.
Narcissique, quid est ?
Quand l'homme est seul.
Quand il veut être seul.
Quand il cherche un double perdu.
L'ego est seul.
Il se veut par soi-même.
Donc l'homme qui se limite lui-même à son ego est seul.
Or l'homme est multiple, sinon il ne se parlerait pas (à) lui-même.
Du moins, il se ressent multiple pendant son parcours dans ce monde.
Il vit une différence entre ce qu'il veut et ce qu'il accomplit, entre ce qu'il accomplit et ce qu'il veut.
(Goethe ici, mais cf la formule de St Paul)
Le souci est que l'homme se fait trop petit.
Il ne laisse pas assez en lui de place à deux, de place à Dieu.
Si l'homme acceptait d'être grand au dedans, Dieu y pourrait loger peu ou prou.
Le problème de l'humain est de décider seul d'être, de rester, de devenir trop petit ; peur d'avoir peur de devenir grand, de ne pas laisser Dieu agrandir la place.
Narcissisme ?
Ego devenu solitaire ?
Celui que Saint Augustin dénonce dans sa prière
"Seigneur, faites que je déteste mon ego, et que je vous aime.
"Seigneur, faites que je me défie de mon ego, et qu'en Voàus, je me confie.
" etc.
l'Ego est nécessaire dans notre voyage sur terre, et il est à construire dans l'enfance.
A l'adolescence, il valide son propre schéma (racine hébraïque qui veut dire son nom).
Adulte, peu à peu, il se sent embarrassé par cet ego qui le coince.
Là arrive l'idée d'abandonner l'ego qui a été nécessaire tout un temps : on ne peut dépouiller ce qui n'existe pas
A la maturité désirée, visée, conquise, l'homme trouvera l'unité, l'Un de son être qui sera alors participant de l'Etre.
Là il sera fait dieu, ou il pourra l'être fait.
Note en passant :
Dérive d'une interprétation new-age : le devenez Dieu, vous êtes Dieu...
"Je suis Dieu" en vérité ne veut pas dire, je suis le maître du monde. Cette formule choque dans les cercles de dévelopemment spirituel car elle y est tordue par la tentation de puissance qui règne dans nos cervelles.
Mais "Je suis Dieu" sera notre vérité, notre réalité au seuil de la vie éternelle. Et il est des gens qui ont déjà gagné le Paradis sur terre, pour eux, sans forfanterie, c'est vrai. Il est tant de saints qu'on ignore parmi nous qui sont déjà sauvés. On les reconnaît à ce qu'ils ne le proclament pas...
Pourquoi donc est-ce véridique de dire "Je suis Dieu" ? Parce que ceci ne signifie pas qu'on est Seul à l'être, ni séparé du monde, ni au-dessus de lui, ni exclusif possesseur de quoi que ce soit.
Si l'Amour respire en nous, dire "Je suis Dieu" signifie que mon ego est transparent, minime, juste la tenue de la différence qui permet que mon nom soit précis, et que 99,9999999999 % de moi est fait de Dieu. C'est dire : je sais que je suis creux, que je ne suis rien... sauf que je suis rempli de Dieu, et que ma plus grande Joie est là. Car elle est la Sienne à l'intérieur de moi.
Pas de narcissisme là dedans, tout au contraire.
Le mythe de Narcisse enseigne. Narcisse cherche son soi en soi, et ne sait plus de quel côté du reflet il est, car il est seul, sans le re-Père, sans "l'heureux Pair" des cieux.
Le vrai mariage intérieur n'est pas un mariage avec soi-même seulement. Mais un mariage de soi avec Dieu qui vit en nous ; analogie ? mariage du Christ et de l'Eglise, et un mariage d'une partie de soi accomplie avec une autre partie de soi, non encore accomplie ; cette partition est une fabrication humaine : celle qui a résulté du péché originel où l'humain a décidé de savoir séparer le bien et le mal, la zizanie et le blé, avant l'heure que Dieu leur avait demandé de respecter.
Trop tôt séparer, c'est s'obliger à une mutation sans avoir les outils pour la faire, sans avoir laissé mûrir en sa terre intérieure temporelle la moisson ou les fruits de la vie terrestre, c'est avoir été im-patient, (refuser sa Passion), n'avoir pas accepté de passer l'épreuve qui fait grandir, mûrir peu à peu, selon la volonté aimante et connaissante que Dieu a sur notre parcours temporel, donnant les exercices quand c'est Son temps.
Le mariage intérieur c'est allier en soi les opposés, le bon et le nuisible, le visible et l'invisible, le conscient et le pas encore conscient, le fort et le faible, le réussi et le raté, la marche et le recul (quand on stagne ou refuse), l'existant et la relation, etc.
Narcisse ne voyait pas les compléments, il ne sentait presque pas les dissemblances, mais cherchait dans le reflet la ressemblance, et cela n'enseigne rien, ne fait pas grandir. Une comparaison, une analogie, enseigne par la dissemblance.
Dieu crée en se retirant, et c'est cela que l'homme imite : l'homme trouve Dieu en cessant de se remplir, en se retirant pour laisser à Dieu la place : c'est l'acte actif de l'abandon, pour entrer dans l'état passif où Dieu agit. Le comble étant la douloureuse mais juste durée du Purgatoire...
Dieu crée en se retirant : les continents se font par le retrait de la mère-mer. L'embryon se fait par le retrait de la plus grande masse de l'oeuf initial : ce qui deviendra l'être vivant est la plus petite partie de ce qui s'implante dans l'uterus, la matière nourrissante du placenta, sera détruite. C'est comme la statue qu'on taille. La statue est dans la pierre, mais ne se révèle que par ce qu'on enlève. Il y a beaucoup à lire dans la formation d'un embryon.
En retirant ses eaux intérieures, l'homme forme les rives que Dieu remplit et où il fait couler sa grâce.
Narcisse était sec, ses eaux étaient à l'extérieur de lui.
En l'humain se fait le dialogue de l'Esprit de Dieu et de la chair.
Là se donnera la promesse de Dieu à l'homme et de l'homme à Dieu, pour ne faire plus qu'un.
A l'homme de savoir, d'apprendre, de découvrir ce qui est couvert, caché à ses yeux.
Et à Dieu de savoir l'heure... pour rendre visite, et se retirer, pour notre croissance : comme Jésus est reparti pour que l'Esprit Saint puisse venir.
Le mariage entre deux humains est par ses complétudes et ses engagements le signe visible de tout cela.
On dit aussi qu'on se marie pour régler les problèmes non résolus dans l'enfance. Dieu est pédagogue parfait !
La liturgie célèbre ces noces-là. Tout y est lisible, à chaque niveau de lecture possible...
La messe n'est pas le temps entre le prêtre et l'assemblée, (ras de terre) mais entre l'Eglise, épouse de Jésus (à qui le prêtre prête son existence et ses gestes), et Dieu.
Les retombées sont des nourritures pour notre préparation intérieure.
Mais là, je serais bien trop longue...
Le mariage est la plus grande fête... du Ciel, les noces éternelles de l'Agneau.
cf le père M D Philippe.
Nous y sommes invités, en passant par le vestiaire : vestiaire selon la coutume juive où des robes blanches très légères, sont offertes aux arrivants, pour éviter les narcissismes et les glorioles des costumes personnels. Le savoir éclaire d'un autre jour à la fois la parabole des invités aux noces et l'usage des aubes fines et belles que le prêtre revêt pour la messe, en ancien ordo.
Je m'arrête...
Nous pourrons passer l'éternité à arpenter ces jardins là !
Avec mes bonnes salutations
Glycéra
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