La messe déconstruite (2) par N.M. 2013-04-13 14:41:58 |
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Merci à vous pour votre réponse intelligente et stimulante.
1) Je suis tout à fait d'accord avec vous lorsque vous soulignez que "tradere" implique une autre idée que "dare". Et c'est cela même qui pose problème. Et donc nous ne sommes plus d'accord.
a) Vous faites valoir que "le sacrifice de la croix est bien en cours d'actualisation lors de la première consécration". Sauf que les paroles sacramentelles sont des signes. Si le sacrifice de la messe est opéré seulement à la deuxième consécration, il ne convient pas que le sacrifice soit signifié à la première consécration.
A cela on pourrait objecter qu'il y a des éléments d'anticipation dans le rite de la messe. Et que ces éléments sont autant de signes à leur tour. Sans doute. Sauf que les paroles de la consécration constituent la forme du sacrement. Elles doivent signifier ce qu'elles opèrent. Elles n'anticipent pas. C'est au contraire la partie cérémoniale qui anticipe pour manifester l'intention du rite.
Donc les paroles "quod pro vobis tradetur" peuvent avoir leur place au titre de la partie cérémoniale de la messe, mais pas au titre des paroles de la forme sacramentelle. Du moins en tant qu'elles se substituent à une expression plus exacte du mystère, c'est-à-dire aux paroles de la consécration dans la messe romaine traditionnelle : d'abord la Présence Réelle, puis l'effusion du précieux Sang (et donc l'immolation mystique).
b) J'ajoute que le sacrifice de la messe est un sacrifice d'application du sacrifice de la croix. C'est à la croix que le Christ est "livré à ses adversaires pour être supplicié". Mais à la messe le Christ n'est pas ainsi "livré" (pas de "coup de poignard mystique" à rechercher !).
Bien sûr, il s'agit bien substantiellement de la même immolation, du même sacrifice, sauf qu'accidentellement le Christ n'est plus "livré". Il l'a été une fois pour toute. Le Vendredi Saint.
Etant donné que les paroles sacramentelles produisent ce qu'elles signifient et signifient ce qu'elles produisent, il est par conséquent inconcevable que dans la forme même du sacrement - et non pas seulement dans la partie cérémoniale - il soit signifié que le Corps du Christ est "livré".
A moins qu'on entende ici faire en tout et pour tout un récit... mais cela pose un autre grave problème.
"Différence entre le sacrifice de la messe et le sacrifice de la croix
"Elle ne peut être, d’après ce que nous avons dit, qu’accidentelle et non essentielle. C’est ce qu’enseigne le Concile de Trente, quand il dit qu’il n’y a de différence que dans la « manière d’offrir » et explique avec plus de précision : « Le Christ s’offre par le ministère des prêtres » (sacerdotale ministerium), tandis qu’ « il s’est offert alors par lui-même ». En outre, la première oblation est appelée « oblation sanglante » (oblatio cruenta) ; la seconde, c’est une « oblation non sanglante » (oblatio incruenta : s 22, c 2 et 1).
"Une oblation a donc lieu dans les deux cas ; si elle faisait défaut à la messe, la messe ne serait pas un sacrifice, mais un simple mémorial symbolique. Il lui manquerait l’identité essentielle avec le sacrifice de la croix. Il nous faudra donc démontrer plus loin que, dans la messe, il y a, de quelque manière, un acte sacrifical du Christ. Mais le mode d’oblation est différent.
"[1] Cette différence consiste d’abord en ce que le Christ sur la croix s’offrit seul, sans l’intermédiaire d’un prêtre tenant sa place. [...]
"[2] Le Concile de Trente trouve une seconde différence dans ce fait que l’oblation a été la première fois sanglante et qu’à la messe elle est non sanglante. L’oblation sanglante est claire en soi. Il n’en est pas de même de l’oblation non sanglante. On l’appelle non sanglante parce qu’elle ne comporte pas de destruction de vie, pas de douleur. Et cependant c’est une oblation sacrificale. Or, une mise à mort du Seigneur n’est plus possible (Rom., VI, 9). Et même si elle était possible, sa réalisation serait un acte criminel imité des Juifs, bien loin d’être un acte de culte agréable à Dieu. Cependant le Christ a permis à son Église de posséder un vrai sacrifice sans qu’elle ait à commettre un crime envers lui. Il lui a ordonné une oblation non sanglante. L’oblation sanglante n’appartient donc pas à l’essence du sacrifice du Christ : autrement l’oblation ne pourrait pas être différente, comme le dit le Concile de Trente [cad la même oblation quant à l’essence, et une autre oblation quant au mode]. Rien ne doit être changé à l’essence, si la chose doit rester la même en soi."
Mgr Bernard Bartmann, Précis de Théologie dogmatique, t. II, pp. 382-383.
"Quand nous mangeons ce pain et buvons cette coupe, nous célébrons le mystère de la foi :
"Nous rappelons ta mort, Seigneur ressuscité, et nous attendons que tu viennes."
"Si quelqu'un dit qu'à la messe on n'offre pas à Dieu un sacrifice véritable et authentique, ou que cette offrande est uniquement dans le fait que le Christ nous est donné en nourriture, qu'il soit anathème."
Concile de Trente, session XXII, Décret sur le très saint sacrifice de la messe.
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