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La messe déconstruite
par N.M. 2013-04-13 11:26:59
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1) La formule "quod pro vobis tradetur" n'est pas "tirée de l'évangile selon saint Luc".

Saint Luc : "Hoc est enim corpus meum, quod pro vobis datur" (Lc. XXII, 19) - "Ceci est mon corps, qui est donné pour vous".

2) La formule "quod pro vobis tradetur" est la traduction de la Vulgate pour I Cor. XI, 24.

Sauf que, d'après le Père Allo (Commentaire sur la première épître aux Corinthiens) la formule grecque paulinienne est en fait elliptique : "Τό ύπερ ύμϖν", c'est-à-dire "Ceci est mon corps qui est pour vous".

D'ailleurs, Osty donne cette même traduction pour I Cor. XI, 24.

3) La formule "quod pro vobis tradetur" fait en effet référence au sacrifice de la croix, alors que la formule "quod pro vobis datur" (ou encore "rompu", "donné", "brisé", "rompu et donné", "rompu et partagé" dans les liturgies anciennes ou orientales) fait référence bien plutôt au don eucharistique. Pourquoi ?

Convient-il que la formule "quod pro vobis tradetur" - donc la mention du sacrifice de la croix - soit présente à la première consécration ?

5) Le sacrifice de la messe est accompli avec la double consécration en tant qu'elle est double. Autrement dit, le sacrifice de la messe est accompli à la deuxième consécration.


"La fonction essentielle du sacrifice consiste seulement dans la consécration. Sententia communis.

"La consécration a été instituée par le Christ, elle est accomplie par le prêtre au nom du Christ sur la victime proprement dite et représente le sacrifice de la croix. Pour réaliser le sacrifice, la double consécration est nécessaire, parce que le Christ l'a faite à la dernière Cène. Sans compter l'exemple du Christ, la double consécration est nécessaire pour représenter sacramentellement la séparation réelle du corps et du sang du Christ.

"Selon saint Grégoire de Nazianze, le prêtre, en prononçant les paroles de la consécration sépare "par une coupure non sanglante le corps et le sang du Seigneur, en employant sa voix comme glaive" (Ep. 171). D'accord avec le langage des Pères, les théologiens parlent d'une immolation non sanglante ou mystique (immolatio incruenta, mactatio mystica) du divin Agneau. [...]

"L'oblation extérieure consiste dans la séparation sacramentelle mystique du corps et du sang du Christ, qui est réalisée ex vi verborum par la double consécration, et qui est une représentation objective de la séparation historique réelle réalisée sur la croix."

Louis Ott, Précis de Théologie dogmatique, 2e éd. fr., pp. 563-564.



6) Donc on comprend très bien pourquoi le rite romain traditionnel fait mention du sacrifice dans la deuxième consécration ("qui pro vobis et pro multis effundetur in remissionem peccatorum") - soulignant qu'est là (à ce moment-même) réalisé le "mysterium fidei" - lors même qu'à la première consécration il n'est fait mention que de la Présence Réelle ("Hoc est enim corpus meum" et c'est tout).

Par conséquent, loin d'être un développement liturgique et dogmatique (comme il se doit en toute réforme liturgique vraie et fructifiante) l'adjonction des paroles "quod pro vobis tradetur" opérée par le N.O.M. vient parasiter la double consécration dans son expression la plus exacte, et dans son exacte compréhension.

7) Quid de la formule "quod pro vobis tradetur" dans les rites anciens ou orientaux ?

Lorsque la formule paulinienne est reprise, le corps du Christ n'est généralement pas "livré", mais bien plutôt :

- "rompu" (canon d'Hippolyte, anaphore de Sérapion, Constitutions apostoliques, Testament de Notre-Seigneur, Ambrosiaster, anaphore de Théodore de Mopsueste, anaphore de Nestorius, anaphore de saint Jean Chrysostome, anaphore de saint Basile, rite arménien, rite abyssin)

- "donné" (anaphore de Balizeh)

- "brisé" (rite maronite antérieur au XVIIe siècle),

- "rompu et donné" (anaphore de saint Jacques et de saint Jean l'Evangéliste, anaphore des Douze Apôtres, anaphore de saint Marc, rite chaldéen restauré,

- "rompu et partagé" (anaphore de saint Basile du rite antiochien).

En revanche, il est fait mention du corps du Christ "livré" :

- dans l'anaphore de saint Grégoire (rite alexandrin) et dans l'anaphore de saint Basile (du rite alexandrin), même si la formule exacte est : "Ceci est mon corps qui est rompu pour vous, et qui sera livré pour beaucoup en rémission des péchés",

- dans le rite mozarabe...

... même si Dom Cabrol (dans le Dictionnaire de Théologie catholique) s'interroge sur la forme du rite mozarabe et rappelle que lorsque le rite mozarabe fut restauré à l'initiative du Cardinal Cisneros en 1500, Rome imposa les paroles de la consécration du rite romain.

8) En revanche, on retrouve l'adjonction de la formule "quod pro vobis tradetur" dans la "messe" de Martin Luther.

Mais la chose se comprend fort bien : pour Luther, la messe n'est pas un sacrifice, la double consécration n'est pas une immolation mystique (présence réelle à la première consécration, puis "présence-séparation" à la deuxième consécration). Donc (pour Luther) la référence au sacrifice de la croix, y compris dans les paroles du "récit de l'institution", n'a aucune relation avec un acte sacrificiel accompli à la messe par les mains du prêtre. Et donc exit la singularité, le sens exact de la deuxième consécration.

D'ailleurs, pour la deuxième consécration, Martin Luther a enlevé les paroles "mysterium fidei". Paroles qui, au sein de la deuxième consécration, soulignent bien dans la messe romaine traditionnelle à quel moment est réalisé le sacrifice de la messe.

Evidemment, on pourra toujours faire valoir que les paroles "mysterium fidei" n'existent pas dans tel ou tel rite. Bien sûr. Sauf que la présence ou l'absence de tel ou tel élément ont un sens tout à fait différent d'une part lorsqu'on parle de rites différents (de familles liturgiques qui se développent "parallèlement"), d'autre part lorsqu'il s'agit d'un rite que l'on prétend substituer à un autre.








     

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