ce qu'en dit Mgr Lefebvre ? par Luc Perrin 2011-05-16 11:47:30 |
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L'abbé Chautard n'est sans doute pas le meilleur interprète de la pensée de Mgr Lefebvre, je veux du moins le croire compte tenu des propos souvent irresponsables de cet abbé (cf. quelques affirmations ahurissantes en 2008 longuement débattues sur le FC, reportez vous aux archives).
Par ailleurs il est souvent difficile de dire, comme vous pensez pouvoir le faire, "ce qu'en dit Mgr Lefebvre".
Suivant les interlocuteurs, les années et les modes d'expression (homélie, article, livre, lettre privée, propos de table ou à son chauffeur, lettres publiques, audiences avec le pape, lettres aux dicastères ou au Saint-Père), il y a bien des nuances et parfois des contradictions.
Mgr Tissier de Mallerais ne le dissimule pas dans son livre et donne des exemples.
Je crois que comme pour Rome, les textes officiels font plus foi que tout le reste, qu'il y a une hiérarchie des vérités comme dit Vatican II. Que le plus haut degré revient aux lettres publiques au Saint-Père et aux actes posés envers le Saint-Siège.
Je n'ai pas souvenir, mais si vous-même ou l'abbé Chautard trouvez la lettre au pape qui infirme mon sentiment je suis preneur, que Mgr Lefebvre ait jamais dit autre chose que ce qu'il a signé le 5 mai 1988.
"4. Nous déclarons en outre reconnaître la validité du Sacrifice de la Messe et des Sacrements célébrés avec l’intention de faire ce que fait l’Église et selon les rites indiqués dans les éditions typiques du Missel et des Rituels des Sacrements promulgués par les Papes Paul VI et Jean-Paul II."
La discussion sur la "légitimité" - dans un sens, dans un autre, dans un 3è, avec Suarez, sans Suarez - n'y figure pas. Comme par ailleurs, sauf propos privés, Mgr Lefebvre dans ces mêmes documents adressés au Saint-Siège n'a pas contesté la "légitimité" des papes régnant, la question me semble tranchée dans un sens qui n'est pas le vôtre.
Je souscris évidemment à la remarque très pertinente de Meneau qui résume bien les enjeux et la férocité des ennemis de la "légitimité" montre qu'on va au-delà d'un problème poétique lié à un mot plutôt qu'à un autre, hélas :
"Encore une fois, en s'interrogeant sur la légitimité du nouveau rite, on flirte avec le sédévacantisme voire l'ecclésiovacantisme." (Meneau).
Caveat ... LHR n'est pas loin.
En revanche je ne souscris pas, avec Benoît XVI, à l'idée que par essence tout acte du pape serait "légitime", ce serait du papalisme et plus du catholicisme. Je renvoie à l'homélie du Latran de mai 2005 où le pape enseigne répudier comme une erreur l'assimilation du ministère papal à l'exercice du pouvoir d'un monarque absolu.
De même, j'avais relevé le fait en 2007, Benoît XVI a bien inscrit dans le Magistère l'abus de pouvoir opéré par Paul VI en 1974 quand il prétend interdire totalement sauf pour l'indult Agatha Christie le rit romain traditionnel. Le Motu proprio Summorum Pontificum est fort intéressant à cet égard et consacre l'illégitimité de la décision de 1974. Abroger un rit vivant est illégitime, en créer un autre - une autre "Forme" - radicalement nouveau ne saurait être "illégitime", à moins là encore c'est l'implicite des débatteurs du mot, d'affirmer et c'est idiot que le texte latin du Novus Ordo est de soi, appliqué à la lettre, hérétique.
On voit bien qu'on tourne en rond comme je l'avais dit dans le fil précédent. D'un côté le sens du mot "légitime" est assez évident, de l'autre il s'agit sans le dire explicitement, à la manière des chicaneurs jansénistes orfèvres ès chicane, de récuser le NOM pour vice d'hérésie ce qu'aucun pape ne pourra jamais accepter.
J'attire toutefois l'attention des uns et des autres que les chicaneurs dans quelques diocèses existent aussi, qu'ils sont aussi retors que les "illégitimistes" - si l'on peut dire - qui s'expriment ici. Et qu'il ne leur faudra pas longtemps pour tirer parti des propos minoritaires et inconséquents desdits "illégitimistes" pour accabler toute la "fachosphère-réacosphère etc.". J'ai l'impression, corroborée par la présentation du P. Lombardi* sj de l'Instruction, que cet article qui est presque copié de 1984 est là justement pour fournir une arme aux chicaneurs néo-modernistes. Faut-il donc en rajouter et tomber à pieds joints dans la chausse-trappe ? De cela les boute-feux n'ont cure évidemment aussi mais les gens de bonne volonté devraient y prendre garde.
* Très en verve, le Jésuite qualifie U.E. dans une Note :
"un texte « d'un grand équilibre », qui entend favoriser « l'usage serein » de la forme extraordinaire du rite romain pour les prêtres et les fidèles « qui en ressentent le sincère désir pour leur bien spirituel ».
Ce texte insiste aussi sur « l'esprit de communion ecclésiale qui doit être présent chez tous - fidèles, prêtres, évêques » et ce afin que « la finalité de réconciliation, ainsi présente dans la décision du Saint-Père, ne soit pas empêchée ou freinée, mais favorisée et atteinte ». (Zenit)
Question : équilibre entre quoi et quoi ? La nature hybride, les luttes d'influence qui ont précédé, l'expression contournée d'U.E. sont avouées ; l'accent mis sur "l'esprit de communion" requis est directement un écho de la sempiternelle critique de "diviser" les paroisses qui est toujours réitérée, sans preuve bien sûr, comme une ritournelle surtout par ceux qui se moquent quotidiennement de la "communion" avec le Siège apostolique en actes et en paroles.
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