petite note de bas de page relative à l'A.F. et Pie XI par Luc Perrin 2026-08-19 10:50:55 |
|
Imprimer |
La question est complexe mais le coeur du conflit était de dissocier l'A.F., mouvement groupant des catholiques pour une fin politique comportant certes la défense de l'Église face à l'anticléricalisme de la IIIe République mais bien d'autres points dont un royalisme théorique, de l'Action catholique dont Pie XI faisait dès 1922 l'axe de son pontificat.
S'y ajoute la question du "nationalisme exagéré" bien distingué du patriotisme légitime pour chaque nation.
Pour prendre un ex. contemporain la prétention de l'empire colonial américain d'annexer Groenland, Panama et maintenant le Golfe persique et que sais-je encore après avoir vassalisé la quasi totalité de l'Europe relève du "nationalisme exagéré" ; la résistance des Palestiniens, des Libanais et des Iraniens du patriotisme.
La persécution qui dura entre 1927 et 1939 des catholiques d'A.F. fut certainement un abus dont Pie XII permit l'arrêt sous condition.
Ceci est la thèse historiographique dominante (Jacques Prévotat, Émile Poulat etc.). Un courant minoritaire voit dans la crise de l'A.F. une affaire de politique politicienne du Saint-Siège : le "second ralliement" qui s'opère entre 1919 et 1924 surtout (Jeanne d'Arc, rétablissement par étapes des relations diplomatiques, associations diocésaines avec le compromis sur les cultuelles 1923-1924, accord de maintien de la Faculté de théologie catholique de Strasbourg et du régime dit concordataire 1924, tolérance envers les congrégations dissoutes qui rentrent peu à peu avec discrétion, quelques tentatives légales d'autorisation 1926-1929), tout cela qui n'est pas rien aurait eu un prix.
La République avait l'A.F. dans le collimateur, c'est un fait établi spécialement via le conseiller au Quai d'Orsay Louis Canet. La prise de distance et les mesures sévères auraient été un peu le paiement exigé.
Notons que Prévotat a bien établi que saint Pie X en 1913 avait prévu la mise à l'Index de plusieurs écrits de Charles Maurras mais que cette première mesure avait été remisée à plus tard, du fait de la très vive tension existant entre la France et le Saint-Siège et de l'engagement pro catholique des militants d'A.F. L'audience de l'A.F. était grande dans la noblesse et une partie de la jeunesse bourgeoise catholique (ex. le jeune François Mitterrand).
Ces familles avaient été un soutien précieux lors de la crise de la séparation des Églises et de l'État au plan matériel aussi.
Les ménagements adoptés par Pie X, Benoît XV et Pie XI avant 1926 sont assez compréhensibles.
Les raisons sont donc d'abord religieuses, c'est un fait indiscutable, mais la basse politique politicienne a aussi eu une part. Comme j'ai eu l'occasion de l'écrire à moult reprises, la politique chinoise du Saint-Siège a bien des antécédents historiques. Il y a les grands principes et les petits arrangements en coulisse aussi.
Les petits arrangements, rebaptisés "souci pastoral en vue du salut des âmes", ont leur légitimité à côté des articles du Code de droit canonique, loin de moi de les rejeter par définition.
PS. concernant la question posée sur l'absolution, tout a été fort bien dit dans le fil.
Soutenir le Forum Catholique dans son entretien, c'est possible. Soit à l'aide d'un virement mensuel soit par le biais d'un soutien ponctuel. Rendez-vous sur la page dédiée en cliquant ici. D'avance, merci !
|