Assez d'accord avec vous par Signo 2026-01-13 17:10:50 |
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Je pense toutefois que la plus extrême prudence est de mise sur ces questions.
Il faut en particulier éviter l’erreur consistant à tirer hâtivement des conclusions définitives à partir de l’état actuel des connaissances scientifiques, qui par définition est provisoire.
En effet, selon Karl Popper, le critère qui fait la scientificité d’une affirmation est sa réfutabilité : une théorie n'est "scientifique" que si les principes qui la constituent conduisent à au moins une prédiction suffisamment précise pour pouvoir être testée par une expérience ou une mesure susceptible de la réfuter.
Autrement dit, les connaissances scientifiques du moment sont par définition provisoires et amenées à être enrichies, corrigées voire remises en question par des découvertes ultérieures. Elles portent sur la physis, le monde naturel, sensible et répond à la question du comment.
Certes, certaines connaissances scientifiques constituent des acquis en eux-mêmes probablement définitifs ; mais ne pas perdre de vue le fait que des découvertes ultérieures peuvent radicalement en modifier l’interprétation.
Au contraire, la vérité théologique est par définition immuable, éternelle ; c’est sa compréhension par les hommes qui seule peut progresser. Elle porte sur la métaphysique, c’est-à-dire le monde surnaturel, dont le monde naturel provient, et dont ce dernier tire son sens, sa signification objective ultime. Elle répond donc à la question du pourquoi.
La difficulté du sujet qui nous occupe réside dans le fait que l’histoire sainte décrit l’action de Dieu dans l’histoire humaine. Les deux domaines sont donc mêlés et ne peuvent être envisagés indépendamment l’un de l’autre. Ils doivent toutefois être soigneusement distingués, sans sacrifier l’un au profit de l’autre (c’est-à-dire en évitant ces deux écueils opposés que sont l’irrationalisme créationniste d’un côté, et le scientisme rationaliste de l’autre).
Il est évident que le texte de la Genèse appartient au registre du mythe fondateur, par nature symbolique. La difficulté provient de l’appauvrissement de sens que les notions de « mythe » ou de « symbole » ont subi dans la mentalité occidentale moderne, imprégnée depuis trois ou quatre siècles d’un rationalisme étroit et d’un scientisme desséché. Dans cette mentalité, « symbolique » signifie « imagé », « pas vraiment réel », tandis que le « mythe » est compris comme étant une « jolie histoire inventée », purement imaginaire, sans rapport avec la réalité. La réalité est réduite à la matérialité et à l’observable.
En réalité, pour les Anciens, le symbole exprime et rend présent au contraire une vérité fondamentale, il donne réellement accès, selon son mode propre, à la réalité la plus essentielle, tandis que le mythe transmet, sous une forme imagée et symbolique, une vérité de nature métaphysique et universelle sur l’homme et le monde.
Il me semble donc qu’il faut a la fois demeurer dans une parfaite fidélité a l’orthodoxie catholique la plus stricte et la plus traditionnelle concernant l’interprétation des textes sacrés, tout en étant attentif aux découvertes scientifiques, sans jamais figer celles-ci dans leur état actuel, par définition transitoire, et en gardant à l’esprit que nos compréhension du monde est nécessairement limitée, et que les contradictions apparentes pourront potentiellement être surmontées ou recevoir un éclairage nouveau dans l’avenir.
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