L'absolutisme politique par Peregrinus 2024-11-02 20:52:14 |
|
Imprimer |
L'absolutisme politique a centralisé la France, il ne l'a pas uniformisée. La seule uniformité dont il a pu être question avant la Révolution était d'ordre fiscal. Le propre de la centralisation d'Ancien Régime est précisément de laisser subsister la diversité du royaume : le même pouvoir s'exerce partout, mais pas de la même manière. De plus, la monarchie n'a en réalité jamais cessé d'être consultative. Comme le note Bernard Barbiche (Les institutions de la monarchie française à l'époque moderne, synthèse que je trouve excellente), l'ancienne France est centralisée mais diverse, la République actuelle se veut décentralisée mais dans l'uniformité. Le saut effectué en la matière par le jacobinisme n'est pas seulement quantitatif, mais bien qualitatif. Là aussi il faut se garder des interprétations téléologiques a posteriori.
Au XIXe siècle, les exagérations ultramontaines s'expliquent de plusieurs façons :
1° dans le contexte de l'affirmation d'États-nations au fondement démocratique essentiellement révolutionnaire et laïc, il fallait écarter tout ce qui pouvait faire penser à une Église nationale. Les craintes n'étaient pas totalement fantasmatiques : après 1830, l'Église catholique française de l'abbé Chatel a causé de vives inquiétudes, même si elle s'est rapidement essoufflée ;
2° dans le contexte français concordataire, l'accroissement considérable de la puissance épiscopale permis par les articles organiques et par l'anéantissement des anciens chapitres, des ordres religieux, des privilèges et exemptions de toutes sortes a poussé le clergé du second ordre à voir en Rome un recours face aux abus de pouvoir de certains évêques ; cette tendance est particulièrement forte parmi les desservants succursalistes exposés à la révocation ad nutum ;
3° en matière liturgique, la nouvelle circonscription concordataire a été à l'origine d'un chaos rituel qui a poussé de nombreux évêques à uniformiser liturgiquement leurs diocèses sur une base souvent parisienne (à Arras, par exemple, diocèse qui avant 1802 avait toujours été de rite romain), ce qui a favorisé par la suite un mouvement de balancier en sens contraire ;
4° parmi les élites laïques catholiques, l'échec de la Restauration a conduit à se détourner d'un champ politique jugé désespérant. L'engagement royaliste s'est alors réinvesti dans l'Église, généralement au profit d'un ultramontanisme apocalyptique et exalté qu'illustre bien le succès dans ces milieux de l'œuvre de Donoso Cortés.
5° le XIXe siècle est un siècle d'utopies, auxquels le monde catholique ne pouvait pas échapper totalement, et il y a sans doute dans la révolution ultramontaine, comme dit Yves-Marie Hilaire, une certaine aspiration à une forme d'utopie religieuse qui avait pour ses acteurs quelque chose de profondément exaltant, le sentiment de participer à une régénération inédite de l'Église.
Peregrinus
Soutenir le Forum Catholique dans son entretien, c'est possible. Soit à l'aide d'un virement mensuel soit par le biais d'un soutien ponctuel. Rendez-vous sur la page dédiée en cliquant ici. D'avance, merci !
|