Pour poursuivre la réflexion... par Chicoutimi 2022-07-03 04:50:26 |
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Dans son Dictionnaire des Harmonies de la Raison et de la Foi (1856), l'abbé Lenoir explique très bien ce qu'est l'intention de faire ce que fait l'Église ainsi que la distinction entre intention intérieure et intention extérieure. Ce texte donne des éléments de réflexion sans pour autant trancher le cas dont il est ici question dans ce fil (comme le dit Meneau, ça se discute):
''Le concile de Trente a déclaré que, pour qu'un sacrement soit validement administré, il est nécessaire que celui qui l'administre ait l'intention de faire ce que fait l'Église. Le concile n'a pas dit qu'il faut avoir l’intention qu’a l’Église, mais seulement la volonté de faire l’acte sacramentel que fait l’Église, ce qui est très-différent. Pour avoir cette intention, il n'importe en rien qu'on ait la foi et encore moins qu'on soit en état de justice. On conçoit très-bien que celui qui ne croit pas à la religion chrétienne administre cependant un sacrement en voulant simplement, soit par complaisance ou par tout autre motif, faire ce que fait l’Église chrétienne, sans s’occuper du reste, et même en disant que, pour ce qui le concerne, il regarde la cérémonie comme indifférente. De l’aveu de tous les théologiens, cette volonté sérieuse, sans la foi, de faire ce que fait l’Église, suffit pour constituer l’administrateur vrai ministre de l’Église dans le moment où il accomplit l’acte sacramentel, et, par suite, pour la validité du sacrement.
D’un autre côté, on s’accorde également pour reconnaître qu’il n’y a pas intention de faire ce que fait l’Église, lorsque l’acte n'est pas un acte humain, moral et sérieux extérieurement ; par exemple, lorsque c'est un idiot, un somnambule, en un mot, un homme privé actuellement de l'usage de sa raison qui administre, et encore lorsque l’ensemble des circonstances visibles annonce un jeu, une dérision, une bouffonnerie, comme cela pourrait avoir lieu sur un théâtre, dans une orgie, dans une mascarade, etc.
Mais on a poussé plus loin la question ; et on s'est demandé si le sacrement serait valide dans le cas où le ministre ferait l'acte et prononcerait les paroles avec le sérieux extérieur qu'y met l'Église, tout en se moquant intérieurement de ce qu'il fait, et disant dans son âme, au moment où il agit, qu'il ne veut rien faire de sérieux, qu'il veut seulement se moquer et feindre, bien qu'au dehors la feinte soit complète et annonce, par l'ensemble des circonstances, l'administration d’un sacrement.
On a appelé cette intention, intention extérieure, par opposition à l'intention intérieure de celui qui, tout en ne croyant pas, dit en lui-même : Je veux faire ce que fait l'Église; je fais abstraction de ma manière de voir, et je veux tout ce qu’elle veut, quoique, à mon avis, ce soit comme si je ne faisais rien. Ces mots intention extérieure pourraient paraître, au premier abord, contradictoires; toute intention, en effet, est intérieure ou n’est pas intention : mais il faut observer que ce n’est qu’un terme de convention pour nommer, préciser et fixer la distinction très-réelle que nous venons d’exposer.
Dans le cas qu’on nomme celui de l’intention extérieure, il reste, malgré l’état moral intérieur qu’on suppose, une véritable intention intérieure qui a pour objet l’acte sérieux extérieurement et fait dans toutes les conditions apparentes que l’Église exige, puisqu’on suppose un homme raisonnable, agissant librement, et faisant la chose dans toutes ces conditions; il est évident que s’il ne voulait pas la faire ainsi, il ne la ferait pas, et que, quoi qu’il dise dans sa pensée, il veut encore faire ce que fait l’Église par l’hypothèse même qu’il le fait librement, volontairement, humainement. La seule chose qui le distingue du premier, c’est qu’il ne s’unit pas, ne serait-ce que par complaisance, d’intention à l’Église; il ne veut avoir, d’aucune manière, l’intention, le but, la volonté qu’a l’Église, mais il veut faire, tout en s’en moquant dans son âme, d’une manière sérieuse et complète à l’extérieur, ce que fait l’Église, puisque c’est ce qu’il fait.
Cette volonté suffit-elle? Un très-grand nombre de théologiens répondent qu’elle suffit et en apportent de nombreuses raisons, dont la principale est que, si l’on exigeait l’intention intérieure au sens susdit, tout serait incertain, dans l’Église, sur la validité des sacrements, puisqu’on ne peut connaître cette intention, tandis qu’on connaît l’autre par l’acte lui-même.
Nous sommes complètement de cet avis, et il nous semble que le Concile de Trente résout suffisamment la question en n’exigeant que l’intention de faire l’acte que fait l’Église, et nullement l’intention qu’a l’Église.''
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