... c'est que Denis Sureau a laissé passer le fil où on vient d'en parler.
Mais puisque certains émettent des idées qui me semblent bizarres, quelques précisions.
"La menace n'est pas l'emploi", ont dit des évêques français pour justifier la doctrine française de la dissuasion "du faible au fort" : au cas où une puissance menacerait gravement la France, nous lui infligerions de telles destructions qu'en définitive elle ne retirerait rien de son agression. Or les destructions en question, ce sont l'écrasement de mégapoles : on vise la population civile comme telle.
Le raisonnement de ces évêques me paraît pécher sur le point suivant : a-t-on l'intention de détruire ces populations civiles ?
Si non, il n'y a pas de dissuasion. C'est donc oui, et ce n'est pas admissible.
On objectera sans doute que c'est plus complexe : certes on menace avec l'intention de passer à l'acte, mais justement on pense que cette intention a pour effet de rendre impossible l'occasion du passage à l'acte. Mais le raisonnement pèche en ceci qu'on ne peut pas être sûr de cet effet : il faut écrire "improbable" au lieu de "impossible". Il reste donc une probabilité de passer de la menace à son exécution : répétons-le, c'est immoral et gravissime.
Au moment où le général de Gaulle mettait au point sa doctrine, l'OTAN en mettait en place une autre, bien meilleure, celle de la "riposte graduée" : en cas d'attaque, on proportionne la riposte à celle-ci, de sorte que l'ennemi est assuré de n'avoir jamais de gain véritable. Par exemple, si le Pacte de Varsovie avait, à l'aide de deux divisions, occupé un territoire relevant d'un pays adhérent au traité de l'Atlantique Nord, on aurait riposté avec des moyens suffisants (une division ou plus si nécessaire), mais pas plus que nécessaire, à ramener les deux divisions sur leur base de départ. De même, en cas d'attaque nucléaire, on aurait riposté de façon à annuler les effets de l'agression. Il n'y avait donc là aucune "escalade".
Il est bien certain que "l'équilibre de la terreur", comme on a désigné la situation depuis les années soixante jusqu'à l'implosion de l'Union Soviétique, est une "structure de péché". Mais si l'Occident, qui n'avait pas d'envie d'agresser militairement la Russie et ses satellites (voyez le lâchage de la Hongrie en 1956) avait désarmé unilatéralement, c'eût été un péché de la part de ses dirigeants, dont le rôle en ce domaine était bien la protection de leurs populations et de leurs libertés. La possession d'armes nucléaires dans cette perspective n'est donc pas un péché. Simplement cette possession doit s'accompagner d'une volonté active de promouvoir un désarmement général. On change de sujet en parlant de volonté d'accumulation des armes nucléaires.
Votre dévoué Paterculus
PS. Quant à la question du nucléaire civil, je pense que le Pape est parfaitement dans son rôle lorsqu'il nous rappelle que le respect du Créateur implique le respect de la création - et j'aimerais qu'il le fasse en ces termes...
Mais je ne pense pas que les grâces liées à son infaillibilité lui permettent à coup sûr de désigner les moyens techniques qui permettent le mieux de préserver l'environnement. Amener les gens à se poser les bonnes questions me paraît une attitude réaliste et efficace.
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