Vos précisions sont, comme toujours, utiles et intéressantes.
Permettez-moi d'en rajouter un peu, concernant un détail relatif, l'abbé Fingerlos, que vous mentionnez à juste titre.
Cet ecclésiastique fut, comme vous le dites, président du séminaire de l'archidiocèse de Salzbourg, à ce jour siège du Primas Germaniae (ce n'est pas rien), de 1787 à 1801, donc effectivement sous l'épiscopat (1772-1803/1812) du prince/archevêque Hieronymus von Colloredo, un temps le patron mal-aimé de Mozart. Fingerlos devint ensuite, de 1806 à 1814 professeur de théologie pastorale à Landshut, en Bavière.
(Une petite note, en simplifiant : La famille actuelle des princes de Colloredo-Mannsfeld (sic !), qui existe toujours, le (8e) prince actuel s'appelle aussi Hieronymus, est issue d'un mariage du frère aîné de notre archevêque en 1771 avec une comtesse de Mansfeld, l'Empereur Joseph II permettant en 1789, après l'extinction en lignée mâle de la famille de l'épouse, la fusion des deux maisons et titres Colloredo et Mansfeld).
Le christianisme de Fingerlos est une éthique Kantienne, pas une théologie, et foncièrement hétérodoxe, il nie le caractère surnaturel du christianisme. Son Dieu est le dieu des philosophes et son Christ un maître de morale. Son approche est exclusivement pratique : priment la morale, la pastorale et la catéchétique, au détriment des fondements dogmatiques et philosophiques, qui n'étaient certes pas niés ouvertement, mais mis à l'écart, vidés de leur contenu.
Le but du travail pastoral du clergé était pour Fingerlos (
Wozu sind Geistliche da? Salzbourg 1800) l'avancement des bonnes moeurs parmi la population, une morale totalement centrée sur l'ici-bas, évacuant toutes les contraintes perçues comme difficiles et antipathiques. Ainsi, en 1812 il fit paraître anonymement un ouvrage prônant la légitimité du divorce.
Bref : on sent bien le précurseur du déiste moderne, du moraliste libéral, de l'animateur social (et à l'occasion agitateur), de l'optimiste du Progrès, de l'adepte des valeurs du monde sans la Croix, que nous ne connaissons que trop bien depuis les Assises de la nouvelle religion du Culte de l'homme le 7 décembre 1965.
Je reprends ces données sur Fingerlos, et c'est la raison pourquoi j'en parle : pour pouvoir vous parler de ce livre, d'un livre magnifique de l'abbé Georg May de Mayence, âgé aujourd'hui de 92 ans [il doit être un des derniers survivants incardinés de Breslau] et, sans être "traditionaliste" ni davantage (vous me comprendrez), resté fidèle à la messe de son ordination (1951), nous en parlions
ICI.
Dans ce livre, par endroits absolument décoiffant, intitulé
300 Jahre gläubige und ungläubige Theologie, Abriss und Aufbau, soit : 300 ans de théologie croyante et mécréante, destruction et construction, et edité (dans le Sarto-Verlag, ISBN 978-3-943858-85-3) en 2017, comme antidote contre la célébration de la Réforme par des hérétiques de tout bord, il retrace l'histoire de l'apostasie croissante dont nous sommes les témoins, chez les protestants d'abord, les (ex-)catholiques ensuite, depuis le XVIe siècle et ensuite l'
Aufklärung, pas seulement en Allemagne, mais aussi dans d'autres pays.
Fingerlos est traité aux pages 83-84, dans ce livre qui en compte 1115.
Ne vous laissez surtout pas décourager, ce n'est pas un roman, c'est une encyclopédie richissime, facilement abordable, grâce aux indices, en petites portions, et d'une lucidité remarquable.
Si vous voulez écouter l'abbé May, le voici :
ICI.