Gallicanisme, progressisme, réformisme toscan par Peregrinus 2018-11-04 20:36:15 |
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Il me semble qu’il faut distinguer plusieurs choses. Le gallicanisme, comme le rappelait Catherine Maire, est un terme piégé de l’histoire religieuse, même lorsqu’il est assorti de qualificatif (gallicanisme épiscopal, parlementaire etc.). Le néo-gallicanisme l’est à plus forte raison. Le néo-gallicanisme de Mgr de Vintimille n’est pas celui de Mgr Maret au siècle suivant. Et même au XVIIIe siècle, le gallicanisme est tout sauf un bloc.
Le mot de progressisme est sans doute ici ce qui a pu le plus prêter à confusion. Il n’y a pas de progressistes dans l’Eglise gallicane du XVIIIe siècle. Certes, il existe à cette époque un christianisme éclairé, ce que l’on a pu appeler l’Aufklärung catholique, qui a pu produire dans le monde germanique d’authentiques précurseurs du modernisme : dans le livre de Sylvaine Reb sur le diocèse de Salzburg, on trouve le cas d’un prêtre kantien, l’abbé Fingerlos, recteur de séminaire, dont les idées religieuses relèvent franchement d’un prémodernisme. Mais cette Aufklärung catholique n’a que très marginalement pris en France, où la dissidence religieuse, janséniste ou jansénisante par exemple, s’est toujours montrée assez distante vis-à-vis des Lumières.
Même dans l’Eglise constitutionnelle, qui comprenait pourtant dans sa première époque surtout une tendance authentiquement libérale, le mot de progressisme n’est pas en général celui qui vient à l’esprit, surtout lorsqu’on lit les textes des Réunis d’après la Terreur.
Il existe en revanche dans le catholicisme gallican un archéologisme très marqué, voire une archéolâtrie (voir par exemple Bruno Neveu, Erudition et religion aux XVIIe et XVIIIe siècles, Albin Michel, Paris, 1994) qui rappelle inévitablement celle des novateurs du XXe siècle, mais dont les principes sont différents dans la mesure où sa perspective est fondamentalement fixiste, et non progressiste. Cette mentalité est résumée par l’abbé Fleury dans ses Discours sur l’histoire ecclésiastique : « Nous n’avons pas fait notre religion, nous l’avons reçue de nos pères, telle qu’ils l’avaient reçue des leurs, jusqu’à remonter aux apôtres. […] On ne peut pas croire que la religion est l’œuvre de Dieu, quand on veut l’assujettir aux pensées des hommes. »
Cette citation a été pour ainsi dire la charte de l’épiscopat réfractaire de la Révolution, qui l’a reprise en conclusion de la remarquable Exposition des principes rédigée par Mgr de Boisgelin.
Il reste vrai que cet archéologisme gallican a pu donner lieu à des dérives, à des innovations.
Le synode de Pistoie, qui est allé assez loin en matière d’innovations liturgiques, est un produit du réformisme toscan et non des théoriciens gallicans français. Cependant, il est vrai que ceux qu’on appelle à tort ou à raison les jansénistes toscans sont nourris de livres français et très influencés par la France. L’abbé Tamburini, de l’Université de Pavie, principal théologien du synode, se réclame ouvertement dans ses Praelectiones de Ecclesia Christi (vol. IV, Praelectio 1) des thèses ecclésiologiques défendues en France.
Cela n’enlève rien au fait que l’esprit des livres liturgiques du XVIIIe siècle français, qu’aimait tant au XIXe siècle le très orthodoxe et très zélé cardinal d’Astros, est fort éloigné de celui des livres liturgiques d’après Vatican II.
Peregrinus
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