Les actes sont aussi des paraboles par Yves Daoudal 2016-11-20 16:41:20 |
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Les actes du Seigneur sont aussi des paraboles, comme l’étaient déjà les actes des prophètes. D’ailleurs TOUT est parabole, tout est symbolique, dans les Evangiles.
La lecture des matines du samedi des quatre temps de septembre, extrait de la 31e homélie de saint Grégoire le Grand sur les évangiles, commence ainsi :
Dominus ac Redemptor noster per Evangelium suum aliquando verbis, aliquando rebus loquitur: aliquando aliud verbis, atque aliud rebus: aliquando autem hoc verbis, quod rebus.
Ce que l’on peut traduire ainsi
Notre Seigneur et Rédempteur, dans son Évangile, nous parle tantôt par des paroles, tantôt par des faits ; tantôt il parle d’une façon en paroles, d’une autre en actions ; tantôt il exprime la même chose en paroles qu’en actions.
De ce fait nous avons la même latitude pour interpréter ses actions que ses paraboles, en tenant compte bien entendu de ce que l’Eglise a pu (rarement, en fait) définir.
Je vois bien que vous avez été frustré par ma réponse concernant sœur Jeanne d’Arc. En voici un peu plus.
D’abord sur la construction du récit des pèlerins d’Emmaüs, plus exactement de Luc 24, 9-35, voir ce que j’en disais ici, avec la reproduction du tableau des inclusions réalisé par sœur Jeanne d’Arc.
Pour sœur Jeanne d’Arc, l’épisode des pèlerins d’Emmaüs remplace chez saint Luc la seconde multiplication des pains, avec donc la même signification de seconde annonce de l’eucharistie. Elle constate que dans son récit de la multiplication des pains, Luc dit que Jésus fait « s’attabler » les gens, et non seulement il emploie ce mot insolite en pleine campagne pour des gens qui vont s’asseoir dans l’herbe, mais il insiste : Jésus les fait s’attabler par tablées… C’est ce mot qui revient pour le pèlerins d’Emmaüs : « après s’être attablé ». Un mot (kataklino) qu’on ne trouve qu’une seule autre fois dans le Nouveau Testament, et c’est aussi chez saint Luc, quand Jésus dit : Lorsqu’on t’invite, ne va pas t’attabler à la première place.
Ensuite, il y a l’article défini : « ayant pris LES cinq pains », « ayant pris LE pain ». A la multiplication des pains, l’article est logique, puisqu’on a déjà parlé des pains, mais pour Emmaüs, l’article défini ne s’imposait pas du tout, puisque Jésus prend simplement du pain.
Puis il y a, dans les deux épisodes : « Il dit la bénédiction » (en grec : eucharistie).
Enfin, il y a l’emploi de l’imparfait dans les deux épisodes : « il leur donnait ». Imparfait qui se comprend lors de la multiplication des pains, car la distribution dure longtemps, mais qui est insolite pour les pèlerins d’Emmaüs, qui ne sont que deux.
Or sœur Jeanne d’Arc souligne que ces quatre similitudes ne se retrouvent pas dans le récit de l’institution de l’eucharistie : Luc n’y emploie pas le mot qui veut dire « se mettre à table », il n’y a pas d’article défini (« il prit du pain »), au lieu de « il dit la bénédiction » il y a : « il rendit grâce », puis il y a le passé simple et non l’imparfait : « il leur donna ».
Luc montre donc que l’épisode des pèlerins d’Emmaüs se rattache directement à la multiplication des pains, et non à l’institution de l’eucharistie (que les pèlerins d’Emmaüs ignoraient certainement, or l’eucharistie est un « mémorial »).
Sœur Jeanne d’Arc termine son livre par une étude de ce qu’elle appelle les « trois voyages » : le bon Samaritain, les pèlerins d’Emmaüs, Philippe et l’eunuque.
Elle constate que dans les trois récits il y a un voyageur (deux dans le cas d’Emmaüs), qui vient de Jérusalem, qui a un problème (l’homme laissé à demi mort, les pèlerins désespérés, l’eunuque qui ne comprend pas ce qu’il lit), l’absence de secours dans un premier temps, l’arrivée du sauveur (le Samaritain, le Christ, Philippe et l’Esprit), qui s’approche et fait route avec, qui apporte secours, et qui apporte secours avec des matières qui sont celles des sacrements : huile et vin, pain, eau du baptême. Puis le sauveur disparaît, laissant le voyageur dans la joie.
Dans les deux premiers cas, il y a annonce des sacrements, dans le troisième cas, il y a le vrai sacrement, parce que nous sommes après Pâques et la Pentecôte.
Ce ne sont là que quelques aperçus d’un développement superbe (Sœur Jeanne d’Arc, Cerf, Lire la Bible/47).
Chacun est libre d’interpréter à sa manière telle ou telle page de l’évangile du moment que cette interprétation ne contredit pas un dogme. On est donc libre de penser que l’épisode des pèlerins d’Emmaüs est un épisode eucharistique au sens strict, ou l’est au sens symbolique ou prophétique. Il n’y a pas de « division » entre celui qui pense ceci et celui qui pense cela. Il s’agit au fond de la même chose.
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