quelques précisions par Lycobates 2013-12-28 00:44:20 |
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Les narrations sur le déluge chez d'autres peuples, si elles sont indépendantes de celle de la Bible et de celles d'autres peuples du Moyent-Orient (qui, elles, relèvent de la même tradition primitive, même si elles ne sont pas, selon l'exégèse catholique, comme le souligne p.ex. le père F. Ceuppens O.P., Quaestiones selectae ex historia primaeva, Rome 1948, p. 315, interdépendantes l'une de l'autre, ce qui est facile à prouver) sont certainement un souvenir ancien devenu plus répandu (par les migrations postdiluviennes) de ce grand et singulier cataclysme : "unum aliquod factum ingens quod omnibus illis narrationibus subest" dans les paroles du père A. Bea S.J. (Institutiones Biblicae II, 1, Rome 1928, p. 150).
Quant à l'explication de ce cataclysme, il faut bien se garder de recourir à une explication purement naturelle (même si Dieu a pu se servir des forces de la nature pour accomplir sa volonté, ce qui est autre chose), car s'il est vrai que le monde et le Moyen-Orient en particulier ont connu beaucoup d'inondations catastrophiques au cours des temps, celle-ci s'explique, selon l'auteur inspiré, explicitement d'un courroux particulier de Dieu et elle est une punition particulière infligée à l'humanité entière, non pénitente, à l'exception du juste Noé et de sa famille. Aussi serait-il extrêmement fâcheux de s'éloigner du consensus Patrum sur ce point, qui est unanime, d'autant plus que le Seigneur lui-même parle du Déluge en des termes très clairs (Mt. 24, 37-39, Lc. 17,26-27), et les apôtres par la suite également (II Petr. 2,5; I Petr. 3,20; Hebr. 11,7).
Il n'est donc pas permis de douter du caractère non seulement absolument historique (sans toutefois en pouvoir fixer la date avec précision), mais aussi surnaturel et miraculeux de ce particulier Déluge, contrairement à d'autres types d'inondations avec plus ou moins de victimes qui aient pu survenir avant ou après et dont la Révélation ne dit rien.
L'Eglise ne s'est pas prononcée de façon définitive sur la question de l'extension géographique et anthropologique du Déluge (elle le pourrait, au moins ce dernier point paraît définissable), même s'il nous est possible, en consultant des manuels sûrs de l'exégèse catholique, d'en élucider certains points.
Je cite ici trois grands classiques dans le genre, à dessein seulement du XXe s., et avant 1950/1955. Après cette date il est difficile de trouver des manuels exégétiques fiables selon des principes vraiment catholiques. Le XXe siècle catholique n'a que 50 ans.
L'universalité géographique absolue (inondation de toute la terre et toutes les montagnes) est suggérée par le sens obvie de la narration biblique, et ainsi l'ont compris les Anciens (même si cet aspect ne fut jamais proposé par eux comme touchant la foi et les moeurs, c'est important de le noter et le consensus n'est pas unanime, voir Ceuppens p. 323). Le texte sacré de surcroît n'imposerait pas absolument cette interprétation, puisque les termes "toute la terre" et sim. sont parfois utilisés aussi dans un sens relatif (p.ex. Gen. 41,54; Deut. 2,25, plus de détails dans Ceuppens p. 322), parlant de régions limitrophes ou de peuples voisins seulement.
Or, il paraît que physiquement il est notamment impossible de couvrir tous les continents d'un globe d'eau atteignant une altitude de 15 coudées dépassant les plus hautes montagnes, donc dépassant largement 8.800 mètres. C'est le P. Bea qui nous l'apprend: "Requireretur globus aquarum totam terram circumdans qui secundum leges physicas nec oriri nec consistere potest" (p. 149). Un tel globe d'eau ne pourrait ni naître ni subsister selon les lois physiques. Fort bien, mais Dieu, le créateur des lois physiques, aurait pu faire un miracle et faire naître et subsister pendant quelques mois une masse d'eau couvrant toute la terre jusqu'au Mount Everest inclus. L'argument tiré de la physique est donc fondamentalement nul pour un croyant, même s'il est vrai avec le P. Hetzenauer O.C. que "miracula non gratis supponenda, sed stricte probanda sunt" (Commentarius in librum Genesis, Graz-Vienne 1910, p. 167 sqq.). Avant de supposer un miracle, il faut en prouver la nécessité.
On pourra donc admettre, avec la plupart des auteurs récents, une universalité géographique relative du Déluge, affectant seulement l'Asie antérieure et quelques régions limitrophes du bassin méditeranéen oriental et de l'Europe.
Mais à mon avis (et celui d'autres) il n'en va pas de même quant à l'universalité anthropologique (pace Ceuppens p. 333).
Ici non plus, l'Eglise ne s'est prononcée définitivement, mais il faudra quand-même maintenir, spécialement au vu des épîtres de l'apôtre Saint-Pierre citées ci-haut et des implications de ce point pour l'économie du salut, que l'universalité anthropologique absolue (que tous les hommes existant sur terre, sauf 8 personnes, ont péri dans le Déluge) est (avec les P. Bea et Hetzenauer) sententia si non certa, saltem probabilissima. Doctrine sinon certaine au moins très probable.
La raison est évidente: le Déluge qui fait périr tout impénitent préfigure le baptême par lequel doit passer pour être sauvé l'homme réprouvé, et l'arche préfigure l'Eglise, hors de laquelle il n'y a point de salut.
Il s'agit donc d'une doctrine liée à la foi de l'Eglise (sententia cum fide Ecclesiae connexa), qu'on ne pourra pas laisser de côté sans le risque de faire naufrage (c'est le cas de le dire) dans la foi.
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