L’abbé Laguérie et le Concile Vatican II: de la fanfaronnerie à la réalité de l’Acte d’Adhésion. par veridiana.machado 2013-12-13 19:56:37 |
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http://guilhermechenta.com/2013/12/13/labbe-laguerie-et-le-concile-vatican-ii-de-la-fanfaronnerie-a-la-realite-de-lacte-dadhesion/
Mons. Marcel Lefebvre avec le jeune Abbé Philippe Laguérie
Sitôt que l´Institut du Bon Pasteur a été érigé, le 08 septembre de 2006, son supérieur, l´abbé Philippe Laguérie, a déclaré publiquement, et plusieurs fois, que cela s´était produit sans aucune concession par rapport la résistance doctrinale entreprise par Mgr. Marcel Lefebvre (1905 – 1991) ; écoulés les cinq années ad experimentum de l’IBP, cependant, il a passé de la fanfaronnerie de cette affirmation à la réalité de « l’Acte d’Adhésion » au Saint Siège qu´il avait signé.
Parfois, le meilleur exemple de cette attitude fanfaronne de l´Abbé soit une entrée de son blog, en date de février 2007, dans laquelle il a répondu au M. Marc Koening que l´Institut du Bon Pasteur d´alors était la FSSPX d´hier plus l´aval de Rome tant souhaité par Mgr. Lefebvre :
Ralliés à l’Église « conciliare » – 09 février 2007
[…]
IBP et le Concile
A Monsieur Marc Koenig,
[…]
Quand Mgr Lefebvre, de vénérée mémoire, employait l’expression d’ “église conciliaire” [l´abbé Laguérie discours, alors, par trois paragraphes, sur les sens de « église conciliaire », « rallié » et « ralliement » jusqu´arriver au noyau de la question qu’il a répondu dans un ton tendant à l’arrogance].
[…]
Mais si vous voulez m’apprendre que “se rallier” c’est accepter l’erreur, rester passif, impuissant, prostré, anéanti devant le Léviathan moderne de l’égout collecteur de toutes les hérésies, alors passez votre chemin : il n’y a rien à voir !
Ou plutôt ouvrez mieux les yeux et surtout les oreilles ; les prêtres de l’I.B.P.sont ceux qu’on entend encore et toujours sur les questions doctrinales tandis que le silence des autres est assez étourdissant. Sous quelles plumes lisez-vous études et mises au point sur les textes de Vatican II ? Dans chaque “Mascaret” et dans chaque “Certitutes”… et oui ! Tandis que répéter toujours, sans textes ni références, ce que nous savons depuis 30 ans, que l’ocuménisme, la collégialité et la liberté religieuse sont scandaleux, ne fait pas beaucoup avancer les choses.
Quant à la liturgie et concernant le péril funeste du bi-ritualisme aucun institut, fut-ce la FSSPX, n’est moralement et juridiquement protégé comme l’I.B.P. Le très mauvais exemple et les difficultés insurmontables des autres viennent de leurs options de départ. Je tiens à vous rappeler que non seulement nous n’avons pas trahi Mgr Lefebvre ni quitté son oeuvre (nous en avons été chassés de façon indigne après 10, 20, 30 ans de bons et loyaux services) mais qu’il apparaît clairement aujourd’hui que le combat du grand prélat est mené à bien par les proscrits…
Ceux qui ont connu de près Mgr Lefebvre savent très bien que s’il avait pu faire le même travail avec l’aval de Rome, il n’aurait pas hésité une seconde. Comment expliquer autrement les centaines, oui les centaines de fois, où il cite comme fondement de son oeuvre le décret d’érection de la FSSPX signé en 1970 par Mgr Charrière, établissant une “Pia Unio” de droit diocésain ? Comme aussi les centaines de fois où il a réclamé, sans succès d’ailleurs, qu’on nous laisse faire l’expérience de la Tradition ?
Les tradis ont vraiment la mémoire courte. Je propose, pour vous la rafraîchir, de relire (lire ?) les pages admirables de l’abbé Héry dans son livre capital “Non lieu sur un schisme”*. Vous y apprendrez les vraies raisons des sacres, les vraies raisons de la rupture des accords de mai 1988 et mille autres choses qui devraient vous convaincre que l’Institut du Bon Pasteur aujourd’hui, c’est la FSSPX d’hier plus l’aval de Rome tant souhaité par Mgr Lefebvre.
Abbe Philippe Laguérie
Cette affirmation synthétique, qui prends Mgr. Lefebvre comme symbole, disait, d´une façon analytique, pour tous ces qui connaissent l’histoire de l´archevêque de fer, le suivant : l’IBP, créé par Benoît XVI, n´acceptait pas que serait possible interpréter certains textes conciliaires en accord avec la Tradition de l´Église, puisqu’ils seraient en flagrante rupture avec cette même Tradition.
Écoulés les cinq années ad experimentum de l’IBP, le Saint Siège a réalisé une visite canonique au institut, avec l’objectif de recueillir des informations pour effectuer une analyse sur son développement ; six mois avant, cependant, le juillet 2011, l’abbé Laguérie a accordé un entretien au blog Disputationes Theologicae, de l’abbé Stefano Carusi, alors professeur au séminaire de Courtalain, dans laquelle il a affirmé que il rejetait fermement, selon le discours de Benoît XVI de 22 décembre 2005, « l’herméneutique de la rupture » et qu´était prudent recevoir le texte du Concile au rythme de l’interprétation authentique, donnée par le Siège Apostolique :
Disp. Th. : Quelle est votre position quant à « l’herméneutique de rupture » des textes conciliaires, blâmée par le discours du Saint Père du 22 décembre 2005 ?
Ab. Ph. L. : Comme l’ont dit et publié à l’époque plusieurs d’entre nous, conformément à ce discours de Benoît XVI à la Curie (22/12/2005), nous rejetons fermement, à propos des textes du concile Vatican II, « l’herméneutique de la rupture » et le faux « esprit du concile ».
[…]
Disp. Th. : Qu’est-ce que ce discours de Benoît XVI vous inspire? A-t-il modifié votre position sur Vatican II?
Ab. Ph. L. : Ce texte libérateur du Pape Benoît XVI est un discours de réforme audacieuse, qui ramène le texte du concile et son avenir à leurs justes proportions théologiques. Il est antérieur à notre fondation et n’a donc en rien changé la position de notre Institut. C’est plutôt notre Institut qui s’est appuyé sur ce texte magistral. Au fond, le Saint Père invite les théologiens et tous les fidèles à repenser leur attitude par rapport au texte de Vatican II : d’un côté, à ne plus en faire le texte fondateur d’une nouvelle église. Mais pas davantage à en faire un prétexte de rejet global, polémique et systématique, qui serait en rupture avec l’autorité du Saint Père. Personne ne peut nier ou rejeter ce texte : il est là, historique, magistériel. Tant que le sens conforme à la Tradition n’est pas donné d’en haut en tous points, ce concile reste, certes, un texte du Magistère à recevoir, mais sujet à tant d’interrogations interprétatives qu’il est prudent de ne le recevoir qu’au rythme de l’interprétation authentique. Voilà 45 ans que les théologiens les plus divers proposent des interprétations possibles et contradictoires du sens de « Dignitatis Humanae » sur la liberté religieuse. Idem pour « l’Unité spirituelle du genre humain » souvent citée et jamais définie. Etc.…
Disp. Th. : Où vous situez-vous exactement entre ces deux postures symétriques ?
Ab. Ph. L. : Je m’efforce de voir les choses d’un peu plus haut, à l’invitation du Saint-Père. Le « mérite », si l’on peut dire, de l’évènement Vatican II me paraît celui-ci : poser aujourd’hui, avec le recul du temps, les problématiques essentielles de la modernité à la foi traditionnelle […]. Par l’interprétation authentique, par « L’herméneutique de réforme » du texte, qu’il s’agit de relire désormais dans la continuité avec la Tradition, le concile est remis à sa place théologique : non plus un super dogme, mais un texte magistériel composite, rappelant ici la tradition, ouvrant là un espace de recherche, n’obligeant jamais la foi (hormis les points déjà définis) ; mais présentant de sérieuses difficultés d’interprétation : dépassé en certaines parties, soumis sur d’autres à des interrogations critiques fondamentales, ou qui induisent, par les ambiguïtés du texte, des ruptures herméneutiques béantes ; mais qui ouvrent par là même des problématiques passionnantes au Magistère futur. Pour conclure sur ce point, « l’herméneutique de continuité ou de réforme », qui consiste à rechercher un sens au texte en conformité avec la Tradition, vise à réformer, sinon le texte, en tout cas son interprétation et par là même son sens, son importance et sa réception.
Cette entretien, dont le sens a été confirmée par l’abbé Carusi, pendant la récente crise institutionnelle de l’IBP, ne doit pas surprendre, cependant. Dans cinq années, face à l’imminence de la visite canonique, l’abbé Laguérie a simplement s’harmonisé avec « l’Acte Adhésion » de l’IBP, selon lequel il avait signé, dans le § 3, qu’il voulait participer, en évitant toute polémique, par le moyen d’une critique sérieuse et constructive, à la préparation d’une interprétation authentique de la part du Saint Siège sur les points de l’enseignement du Concile Vatican II que lui paraissent difficilement conciliables avec la Tradition :
« À propos de certains points enseignés par le Concile Vatican II ou concernant les réformes postérieures de la liturgie et du droit, qui nous paraissent difficilement conciliables avec la Tradition, nous nous engageons à avoir une attitude positive d’étude et de communication avec le Siège Apostolique, en évitant toute polémique. Cette attitude d’études veut participer, par une critique sérieuse et constructive, à la préparation d’une interprétation authentique de la part du Saint Siège de ces points de l’enseignement du Concile Vatican II, ainsi que de certains éléments de textes et disciplines liturgiques et canoniques qui en découlent ».
Or, interpréter n’est pas réviser, n’est pas modifier, n’est pas altérer. Interpréter les textes du Concile implique nécessairement accueillir sa lettre, point sur lequel le Saint Siège a continuellement insisté et que Mgr Lefebvre n’a jamais accepté, puisque, selon le prélat, cette lettre seraient en flagrante rupture avec la Tradition. Dans ces cinq années, l’abbé Laguérie, donc, n’a fait que passer, au moins publiquement, de la fanfaronnerie à la réalité de « l’Acte Adhésion » qu’il avait signé en 2006.
Guilherme
São Paulo, le 12 décembre 2013
Version française en ligne le 13 decembre 2013
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