CREDO de Mgr Gaume : CHAPITRE XXVII – Une arme offensive par Castille 2013-11-08 00:53:43 |
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I- Annihiler d’un seul coup toutes les objections, tel est le premier, l’immense avantage du fait sur lequel pose le CREDO du chrétien, l’établissement du Christianisme. Les tourner en preuves et en preuves triomphantes, en est un autre. De bouclier et de refuge qu’il était, le CREDO devient revolver et canon rayé. Arme défensive, il se change en arme offensive d’une puissance et d’une précision que rien n’égale. Nous allons le montrer. Assez longtemps l’impie s’est donné libre carrière contre la religion, il nous sera bien permis d’user une fois de représailles et de tourner contre lui ses propres armes. Assez souvent l’incrédule a transformé le chrétien en idiot : l’incrédule peut-il trouver mauvais que le chrétien le transforme en apologiste ?
II- Pour les libres penseurs de toute nuance, panthéistes, matérialistes, socialistes, solidaristes, rationalistes, spirites, le Christianisme n’est pas même un système raisonnable. Ils y découvrent une foule de choses qui ne soutiennent pas la critique, ou qui heurtent le bon sens. Leurs objections contre le dogme attaquent la divinité et même l’existence de Notre-Seigneur Jésus-Christ. Pour les uns, Jésus de Nazareth n’est qu’un homme comme un autre. Pour ceux-là il est simplement un mythe, inventé dans le but de personnifier un système, comme les héros et les demi-dieux de la mythologie.
III- Les douze apôtres sont les douze signes du zodiaque : ou, s’ils ont existé, c’étaient des fanatiques, dupes de leur imagination, qui ont affirmé avoir vu ce qu’ils n’avaient pas vu, entendu ce qu’ils n’avaient pas entendu, touché ce qu’ils n’avaient pas touché. Dans leur ensemble, les mystères du Christianisme forment un tissu de contradiction, d’impossibilités, d’absurdités et de rêveries, dont le moindre degré de science suffit pour faire prompte et souveraine justice.
IV- Quant à la morale, ils soutiennent que c’est un fatras de lois et de pratiques dont les unes sont surannées, inutiles, arbitraires, superstitieuses ; les autres, impossibles à observer, contraires aux penchants les plus impérieux de la nature et aux droits imprescriptibles de la liberté humaine. D’où ils concluent qu’un Dieu infiniment juste et infiniment sage ne peut en être l’auteur. Ainsi, absurdité d’une part, impossibilité ou inutilité de l’autre : voilà le dernier mot des incrédules sur le Christianisme. Il en résulte qu’en l’embrassant le genre humain a été frappé d’hallucination.
V- Basé sur le fait de l’établissement du Christianisme, le CREDO tourne en preuve victorieuse cette double attaque. Par ce qui précède nous avons vu, et bien vu, que même en acceptant le Christianisme comme un système raisonnable, il est impossible d’en expliquer l’établissement par des moyens humains. A moins d’admettre un effet sans cause, il faut de toute nécessité recourir aux miracles, et aux miracles les mieux conditionnés.
VI- Vous venez maintenant nous dire, et vous vous efforcez de le persuader au monde entier, que le Christianisme n’est pas même un système raisonnable ; que son dogme est faux, incroyable, absurde en beaucoup de points. Qu’est-ce que cela ? Sinon augmenter immensément la difficulté, déjà si grande, de le faire accepter, et démontrer avec une force nouvelle l’existence, la nécessité, le nombre et l’éclat des miracles qui l’ont persuadé à l’univers.
VII- Plus vos objections sont fortes, plus elles sont nombreuses, plus aussi vous faites grandir la difficulté de l’entreprise. Par conséquent, plus le miracle vous saisit à la gorge et vous force de confesser la réalité et la puissance de l’intervention divine, qui a fait plier sous le joug de la foi chrétienne les plus fières intelligences, la raison même du genre humain.
VIII- Sans vous en douter, vous vous transformez en apologiste, et devenez pour vous-même un vrai Père de l’Eglise. Bon gré, malgré, vous êtes contraint de vous tenir ce langage : « Mes objections contre les dogmes chrétiens ne sont pas nouvelles. Toutes ont été faites, et d’autres encore, à la naissance même du Christianisme, par les hérétiques, par les philosophes païens, par des négateurs non moins habiles que moi. Pas un dogme de la foi chrétienne qui n’ait été cent fois attaqué par le raisonnement, par la science, par l’histoire, par tous les genres d’objections, et cela avec une supériorité qui n’a point été dépassée. Pas un mystère qui n’ait été travesti, dénaturé, joué sur les théâtres, et livré aux risées d’un monde qui en entendait parler pour la première fois.
IX- «Si donc, malgré mon éducation dans un pays chrétien, malgré l’exemple de tant de grands hommes et de tant de grands peuples qui ont cru ; de tant de personnes, non moins éclairées que moi, qui continuent de croire ; malgré une possession publique de dix-huit siècles, le dogme du Christianisme me paraît si contraire à la raison que je le trouve impossible à croire : que devait-il paraître au monde païen, sinon un scandale à faire trébucher les plus fermes esprits ; une folie à aiguiser tous les sarcasmes, à provoquer tous les rires, à faire hocher toutes les têtes. « Plus je sens la force des objections, plus aussi s’élèvent, à mes propres yeux, ce scandale et cette folie, par conséquent mieux je comprends l’impossibilité absolue où était le monde païen de croire au Christianisme.
X- « Pourtant, ce dogme chrétien, qui m’apparaît comme un système incohérent et qui ne se soutient pas devant ma critique ; comme un mélange ridicule de fables et de contradictions ; comme une montagne d’absurdités et d’impossibilités, l’univers l’a cru. Il l’a cru, sur la parole de douze ignorants. « Il l’a cru, en plein siècle d’Auguste, c’est-à-dire comme je l’ai appris au collège, dans le siècle par excellence des lumières, de la philosophie, de l’éloquence et des arts. « Il l’a cru, malgré les oppositions cent fois renouvelées des libres penseurs contemporains, dont les livres et la plume ne cessaient de lui dire absolument tout ce que je me dis à moi-même. Le dogme du Christianisme est un tissu de conceptions imaginaires, un plagiat maladroit de vieilles traditions orientales et de quelques formules philosophiques.
XI- « Il l’a cru, malgré les maîtres de la terre armés pour le proscrire ; malgré Néron, Domitien, Dioclétien, Galère ; malgré les lions, les tigres, les bûchers, les peignes de fer, employés pour l’empêcher d’y croire. « Il l’a cru, sur tous les points du globe, à Athènes, à Rome, en Orient et en Occident. « Et malgré moi et mes pareils, il le croit encore.
XII- «Quels moyens d’expliquer ce fait impitoyable? «Deux seulement : le DÉLIRE OU LE MIRACLE. «Le miracle, je ne l’admets pas ; si je l’admettais, je serais catholique. «Le délire ; mais qui en est atteint ? Suis-je bien sûr que ce n’est pas moi ? «Suis-je bien sûr d’avoir seul raison contre tout le monde et d’être seul sage, seul éclairé parmi les mortels ?
XIII - Puis-je prendre une confiance raisonnable à des objections qui n’ont rien de solide aux yeux du reste des hommes, et qui peut-être me sembleraient illusoires à moi-même, si mon coeur n’égarait ma raison ? « Je me crois sage ; et, par l’organe de ses grands hommes et de ses grands peuples, le monde entier me dit que je ne suis que dupe, martyr d’une vaine erreur ? « Le monde ne dirait-il pas vrai ? « Me faire apologiste malgré moi, tel est le résultat auquel aboutissent mes objections contre les dogmes du Christianisme. J’ai si bien manoeuvré, que toutes sont devenues des preuves écrasantes ; en sorte que je me trouve enfermé dans un cercle de fer, d’où je ne puis sortir que par deux issues : DÉLIRE OU MIRACLE ; FOU OU CATHOLIQUE. «Pas de milieu».
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